jeudi 14 août 2014

Bulle/s [2] [par RF]

Vous êtes identifié comme ‘bleu’? vous n’aurez pas
toute l’info bleu... mais vous n’aurez plus qu’elle!
[par RF]
Ce post fait suite à Bulle/s [1] posté hier.
J’échange quelques mots sur FB avec Bruno, il s’étonne de ce qu’une information marquante passe inaperçue sur internet (il s’agissait en l’occurrence du communiqué par lequel la Grande Mosquée de Paris exprime sa solidarité avec les chrétiens irakiens, et condamne le mauvais sort qui leur est fait). Alors que tournent en boucle les images, les récits, et les interrogations («pourquoi un tel silence?»), voila qu’un élément majeur reste largement ignoré. 

Peut-être s’agit-il d’un banal phénomène de «bulle de filtres», pour reprendre le titre du livre du journaliste Eli Pariser. De quoi s’agit-il? L’information que nous consommons passe par des systèmes (google news, twitter, facebook, etc) qui la filtrent et nous fournissent ce qu'ils ont déterminé que nous voulons consommer. On cite fréquemment l’exemple de la recherche sur EXXON: un étudiant va tomber directement sur les méfaits environnementaux de cette société pétrolière tandis que son père (c’est une histoire américaine) tombera sur les cours de l’action. Ce qui enferme chacun un peu plus dans sa bulle. 

Autrement dit, si vous êtes gauchiste, vous serez nourri et abreuvé d’images de textes et de commentaires qui alimenteront votre gauchisme…. ou votre droitisme si vous êtes de droitiste, votre progressisme si vous êtes progressiste, etc. Et cela selon une boucle qui se nourrit et se renforce d’elle-même. Un classique phénomène de milieu auto-référent, de bocal hermétique, aggravé par l’illusion de bénéficier désormais de ‘toute l’info’. 

Dans notre exemple, peut-être que l’information (la Grande Mosquée solidaire des Chrétiens irakiens) ne correspondait pas à ce qu’attend une partie de nous-mêmes, d’une fraction de notre sphère, prompte à récuser tout geste musulman qui ne conforterait pas une vision exclusivement noire de l’islam. 

La «bulle de filtres» technique (exposée plus haut) peut très facilement être amplifiée par notre propre choix, par nos ‘follows’ et de nos ‘likes’. Rien de mieux pour cela que de voir un ‘infiltré’, un ‘provocateur’ ou un ‘idiot utile’ derrière toute contribution que ne colle pas avec nos représentations. Rapidement on bénéficie du confort d’une pensée «ready made» (il y en a pour tous les goûts) à laquelle il n’y a plus qu’à contribuer. 

A contrario, on peut choisir d’enrayer la «bulle de filtres» si l’on accepte de ‘suivre’ ce que disent un Michel Onfray, un Jean Pierre Denis ou un Pierre-Henri Gouyon (exemples choisis au hasard, sans valeur prescriptive!). Il faut pour cela se faire à l’idée qu’il puisse y avoir des hommes de qualité(s) chez nos adversaires. C’est alors qu’il faut renoncer à lire le monde selon cet axe unique «eux/nous», où «eux» ne sont pertinents qu’à mesure qu’ils se rapprochent de «nous».

mercredi 13 août 2014

Bulle/s [1] [par RF]

Les chats de Pallas (du nom d’un zoologue)
ont les pupilles rondes – ce sont cependant
des félins non pas à part, mais bien à part entière.
[par RF] Je discute avec deux amis, que j’appellerais ici Pierre et Dominique, l’un catholique progressiste et l’autre traditionaliste. Les deux observent que sur tel ou tel sujet, mon opinion n’est pas nécessairement celle attendue d’un tradi. Ce qui ravit l’un inquiète l’autre, et réciproquement. Au final l’un pense que je blague, et l’autre que je cherche à provoquer, quand ce n’est pas le contraire. Je voudrais ici rassurer tous deux… à moins que je ne les inquiète plus encore : ce que je dis, je le pense, y compris les sottises que je professe éventuellement.

C’est pourtant simple : je n’ai pas acquis l’ensemble de la panoplie traditionaliste, qui comporte aussi bien un volet politique, sociétal, que religieux. Je n’ai pas ingéré l’ensemble du code. Pour avoir échangé avec pas mal de gens je crois même pouvoir dire que cette «panoplie» ne concerne dans sa version complète qu’une modeste fraction des traditionalistes.

Pour décrire un milieu ou un phénomène (quel qu’il soit) on cherche ses traits saillants, ses caractéristiques marquantes; on place très haut le curseur ‘contraste’ pour que l’image soit immédiatement lisible. Le danger, pour l’observateur externe comme en interne, est de croire ensuite que ce tableau à grosse brosse (ce ‘cliché’) rend compte des réalités individuelles. Pourtant un territoire ne correspond pas en chacun de ses points à la carte qui nécessairement le schématise.

samedi 9 août 2014

[Verbatim] «…un contentement de soi unanime et carnavalesque» - Philippe Muray / chronique de janvier 1998 [mis en ligne par RF]

[mis en ligne par RF] Philippe Muray a repris en les augmentant divers chroniques qu’il avait publiées dans La Revue des Deux Mondes. Il en a fait un livre magistral (Après l’histoire – 2000) où l’on lit ceci au détour de divers considérations:
«[…] On n’a pas eu tellement tort, l’été dernier, lors des Journées Mondiales de la Jeunesse, de parler de Catho Pride. Si l’Eglise et son histoire ont vraiment disparu, c’est peut-être durant cet épisode d’apparente euphorie. Tout cela s’est dissout dans la fierté d’être catholique, dans un contentement de soi unanime et carnavalesque, d’où le concret humain (le désaccord avec le monde donnée) s’était déjà retiré sans doute depuis longtemps. La messe s’est engloutie dans la kermesse ; et l’ancien catholicisme, comme tous les autres cultes, dans cette mystique des temps nouveaux qu’il faut désormais appeler panfestivisme. L’apparition de cette religion nouvelle se fait bien entendu aux dépens de toutes les autres, dont elle conserve d’ailleurs certains traits, tout en les privant de leur valeur essentielle (conflictuelle). A l’occasion de ces JMJ, l’Eglise n’a pas davantage renoué avec les masses qu’elle ne fait l’apprentissage des médias quand l’épiscopat décide de discuter d’internet avec l’académicien séraphique Michel Serres, dispensateur suprême de la cyber-pommade des temps multimédias. Dans l’un et l’autre cas, cette espèce d’aggiornamento n’est que l’acte d’allégeance d’une institution deux fois millénaire au nouveau maître hyperfestif. […]»
Et puis cet autre bref extrait, un peu au hasard car je voudrais vous en donner 1.000:
«Les gardiens de la nouvelle orthodoxie sont ceux-là mêmes qui ont mis à bas l’ancienne orthodoxie. Pas fous, ils tiennent à se poser en grands transgresseurs, en ennemis du ‘politiquement correct’ ou de la ‘pensée unique‘. Tout en diffusant le moralisme le plus hideux, chacun se veut immoral, libertin, héritier pétulant de Bataille, petit-fils de Sade, cousin des hurlements d’Artaud à la mode de Bretagne.»

lundi 21 juillet 2014

Le traditionalisme n’est pas la droite de l’Église! [par Hector]

[par Hector] Il y a bien des lieux communs qui affectent l’Eglise et dont l’opinion se nourrit. On les connaît. Ils tiennent autant aux faits historiques (Inquisition) qu’aux institutions (célibat des prêtres, etc.). Le mouvement traditionaliste, tel que perçu par le grand public, peut à lui seul résumer l’esprit de ces lieux communs dont l’Eglise est victime. On peut dire qu’à ce jour sa nature reste peu ou mal analysée. Peu analysée, car les jeunes générations ont une culture et une perception de plus en plus parcellaire du milieu ecclésial ; mal analysée, car dans la tentation de la classification, le traditionalisme serait la transposition au catholicisme romain d’attitudes politiques situées à droite de l’échiquier. Au même titre que le FN, encore situé à l’extrême-droite, ou que l’UMP, située malgré tous ses doutes, à droite, le traditionalisme, ce serait logiquement la droite, voire l’extrême-droite de l’Eglise.

Une telle vue est réductrice. Ce qu’une telle description oublie, c’est la question spirituelle. Or, ce qui est évacué par une certaine pastorale ecclésiale, c’est bien cet aspect, qui au demeurant n’est nullement politique! Si des fidèles franchissent les portes de chapelles, prieurés et autres modestes lieux de cultes, approuvés, tolérés ou récusés par l’évêque, c’est d’abord pour des raisons spirituelles, pour des raisons de foi. Prier, s’interroger sur la fin de sa vie, se poser des questions sur sa destinée est une chose ; adopter une position politique, définir un projet de société, dans des circonstances données, en est une autre. On peut aussi le dire d’attitudes dérivées : s’agenouiller à la messe, se confesser à un prêtre est une chose ; distribuer des tracts politiques, signer des pétitions ou faire du phoning en est une autre. En politique, on est davantage dans l’ordre de l’immédiat, des choix pratiques, qui s’appliquent à des situations données, nullement dans un rapport à son âme indépendamment de tout contexte.

Or, curieusement, si les fidèles ont rejoint les rangs de ce qui allait devenir le mouvement traditionnaliste, c’est bien parce qu’ils redoutaient une réduction du message spirituel à des options purement politiques et temporelles. Si la crise de l’Eglise a fait souffrir beaucoup de fidèles, c’est avant tout parce que des confusions avaient été faites entre des attitudes spirituelles et des démarches temporelles (faire la révolution, vouloir changer la société, etc.) avec réduction des premières aux secondes. Les fidèles n’ont pas supporté que les homélies soient tournées en prêche politique ou que le militantisme politique (et/ou syndical) soit érigé comme l’étalon de la vie spirituelle. Sous prétexte d’aller de l’avant ou d’ouverture au monde, des traits de la vie spirituelle furent évacués : confession, dévotions, adoration du Saint-sacrement, etc. Sous prétexte d’esprit évangélique, des notions comme la vie éternelle, le péché originel – quand ce n’est pas le péché tout court -, la loi naturelle ou l’appartenance à l’Eglise furent vidées de leur sens ou reléguées. Enfin, sous prétexte d’humilité et de simplicité – attitudes qui mériteraient d’être mieux précisées et non soumises à des interprétations démagogiques -, la visibilité de l’Eglise par rapport au monde profane, donc temporel, a été atténuée : abandon de la soutane et de tout signe religieux, dépouillement des églises, transformation de la célébration liturgique en réunion associative ou festive, etc. Si les réformes des années 1960 et 1970 n’ont pas été supportées par des fidèles qui ont préféré faire le choix d’une résistance, c’est tout simplement parce qu’elles évacuaient toute référence au surnaturel.

La question est plus simple : les notions de péché, de rédemption, de contrition, etc., sont-elles de droite ? La transcendance de Dieu et la permanence de l’Eglise peuvent-elles être annexées à un camp politique donné ? Au temps des premiers chrétiens, bien des concepts politiques actuels étaient clairement inopérants (la démocratie parlementaire, la séparation des pouvoirs, la notion de représentation, le concept de parti politique, etc.). En revanche, les notions de péché, de grâce, de mort ou de rédemption étaient déjà d’actualité. Hier, comme aujourd’hui. Ces notions sont de tout temps. De tout temps ? C’est justement le propre de la… Tradition. Et de tout temps aussi, les hommes se sont posés les mêmes questions sur la vie, la mort et le sens de leur existence. Ils avaient beau vivre sous des latitudes différentes, dans des milieux différents ou exercer des professions différentes : ce sont bien les mêmes appels qu’ils ont reçu, les mêmes tristesses qu’ils ont éprouvé et les mêmes espérances qui les ont nourris.

Comme il existe une gauche hostile à tout aspect surnaturel, il existe aussi une droite qui ne goûte guère au dépouillement évangélique. De même qu’il existe une gauche qui récuse toute prière, il existe aussi une droite pélagienne qui refuse de voir que Dieu reste le seul et véritable maître des temps et qui se réfugie dans l’activisme, etc. De même qu’il existe une gauche qui rejette la morale comme un  carcan, il existe une droite pour qui la morale n’est qu’affaire d’utilité et de calcul, pour qui le mal ne saurait être notion objective, et ce indépendamment du sujet qui le commet. Pour avoir vu suffisamment d’esprits de droite dégagés de toute référence religieuse, je m’interroge sur la pertinence qui tend à comparer les traditionalistes aux militants de mouvements politiques, dont les comportements - outre le fait d’être de moins en moins politiques… – sont encore moins religieux.

Plus précisément, le traditionalisme a été une résistance à un vaste mouvement de sécularisation affectant l’Église, qui s’exprime à une époque où certains mouvements politiques actuels n’étaient pas sur le devant de la scène. Pour nous limiter à l’exemple français, le mouvement traditionaliste apparaît à une époque où le paysage politique (années 1960) reste marqué par un condominium exercé par les gaullistes et les communistes. Il se structure à une époque où le Front national - qui n’apparaît qu’en 1972 - existe à l’état groupusculaire et réalise des résultats électoraux microscopiques (années 1970). Enfin, il s’étend dans des régions qui restent souvent imperméables aux succès électoraux du FN (années 1980), à tel point que même Golias (dans un numéro spécial sorti en 1991) dut reconnaître que la portion géographique du territoire français la plus favorable au traditionalisme révèle une faible implantation du FN. Enfin, le développement actuel du FN (début des années 2010) se fait encore dans des régions où la mouvance traditionaliste (Nord, Picardie, etc.) est peu présente.

Quant aux exemples étrangers, ils sont encore plus criants : la corrélation droite/traditionalisme est encore plus vidée de son sens, car, outre l’absence de liaison entre les deux variables, on est en peine de trouver une droite comparable à son homologue française. Comment expliquer le développement de messes Ecclesia Dei, puis Summorum pontificum, dans un pays (les États-Unis) étranger aux cristallisations françaises de ces deux derniers siècles ? On peut descendre dans l’hémisphère sud. Comment expliquer aussi le développement d’apostolats de la FSSPX dans un pays (les Philippines) où peu de gens savent qui est Charles Maurras et l’Action française ? Enfin, comment expliquer le succès de la FSSPX ou de l’ICRSP dans des pays (d’Afrique noire) où l’on reste étranger aux préoccupations de la survie l’Occident chrétien ? Le mouvement traditionaliste mériterait d’être analysé à partir des préoccupations qu’il exprime, non de phénomènes périphériques et conjoncturels, sans rapport avec la Tradition. C’est un peu comme si on liait l’essor du mouvement traditionaliste à telle mode musicale ou vestimentaire. À coup sûr, on friserait le ridicule.

samedi 19 juillet 2014

Du rififi à venir, à la droite de la FSSPX [par RF]

[par RF] Il y a une crise de l’Eglise et la FSSPX se voit comme une barque de sauvetage, qui n’a pas toutes les cartes en main, mais qui permet –dans l’attente d’une accalmie– à quelques centaines de milliers de fidèles de maintenir leur religion catholique dans toute sa pureté. La question d’un accord avec Rome a secoué cette organisation ces dernières années, et une grosse poignée de prêtres qui refusent cette perspective ont quitté la FSSPX, souvent de leur plein gré, parce qu’ils la pensent en danger. Dans cette optique, ces prêtres sont comme la bouée de sauvetage du canot de sauvetage.

Cette situation n’est guère confortable, et il est bien naturel que leurs partisans et eux-mêmes aient connu quelques tâtonnements. Et déjà, comment s’appeler? FSSPX canal historique? de stricte obédience? Le terme de «Résistance» semble s’imposer. Et comment s’organiser? Il y a eu un premier regroupement aux USA sous la houlette de l’abbé Joseph Pfeiffer, il y a eu cette conférence de Mgr Williamson qui estimait la chose impossible («Vous rendez-vous compte que commander les prêtres résistants, c’est comme essayer de dresser des chats?»). Et cette semaine a été crée une «Union Sacerdotale Marcel Lefebvre» chez les dominicains d'Avrillé, en la présence aussi bien de l’évêque Williamson que de bénédictins brésiliens, de prêtres américains français ou allemands.

Est-ce à dire que le paysage se recompose? Au moment même où une partie de la «Résistance» se place sous ce vocable, d’autres «résistants» publient sur leur blog un texte très pugnace dont il ressort que «si nous voulions, sachant ce que nous savons à présent, continuer à fonder notre combat anti-ralliement sur la fidélité à la pensée de Mgr Lefebvre, nous bâtirions sur des sables mouvants».

Bref: la situation n’est pas si décantée que cela. Prévoir un (gros) stock de rustines pour la bouée de sauvetage. Mais au fond, la situation étant complexe, pourquoi la solution devrait-elle être simple et évidente?

vendredi 18 juillet 2014

Nicolas Malebranche ? Ce n'est pas un extraterrestre

Je suis comme d'habitude en cette période de l'année... au frais derrière les murs épais du petit manoir de mes parents en Bretagne. Et après avoir bouffé les semaines précédentes du Spinoza et du Leibniz, j'en suis à Malebranche : quel génie! Et quelle langue, oui, quel français! Notre benoîte maîtresse d'école - avec laquelle figurez-vous je me suis récemment découvert un breton cousinage dans une bonne brasserie parisienne où nous avons continué nos échanges - n'y trouverait rien à redire, tant le rythme des mots et celui de la pensée s'identifient, toujours vivace, allegro. Oh! Ca ne vaut pas Thérèse d'Avila (publiée en Pléiade il y a un an ou deux)... Mais quelle puissance pour désigner ce que tant et tant de chercheurs ont voulu découvrir : "l'essence" du christianisme. Et quelle fièvre de philosopher, comme s'il pressentait l'avènement des Lumières, qui éteindrait bientôt toutes les évidences de sa philosophie. Ou plutôt qui tenterait d'y parvenir... Né en 1638, mort en 1715, Nicolas Malebranche est le presque exact contemporain de Louis XIV. Il y a de la grandeur dans sa philosophie.

Denis Diderot, qui ne l'aimait pas, reconnaissait sa puissance spéculative de façon paradoxale: "Une page de Locke contient plus de vérité que tous les volumes de Malebranche ; mais une ligne de celui-ci montre plus de subtilité, d'imagination, de finesse et de génie peut-être que tout le gros livre de Locke". Locke, rappelons-le, est celui qui tenta de ramener l'entendement humain au domaine des vérités sensibles, ce qui représente l'exact opposé de la démarche de Malebranche, prêtre, oratorien et champion de l'esprit, de sa clarté et de sa lumière. Il a fallu mettre "les" Lumières, au pluriel, pour faire oublier Malebranche... Mais au fait, quel est ce pluriel? Naturellement nous rappellent les auteurs du Grand siècle, Descartes, Pascal ou Malebranche, notre lumière est celle de l'esprit. Nous n'en avons pas d'autre à portée de la main. La lumière de la foi? Elle est surnaturelle.

Mais c'est d'elle que je voudrais laisser Malebranche nous parler. J'ai trouvé un beau texte de ce très grand chrétien, souvent incompris par ses adversaires, dans le Quatorzième entretien sur la Métaphysique. Oui... Il me transporte. Je vous l'offre tel quel: antilibéral, c'est vrai, mais aussi profondément compréhensif puisque le néant lui suffit pour constater que se font des enfants de Dieu.
"Il n'y a que les chrétiens à qui il soit permis d'ouvrir la bouche et de louer divinement le Seigneur. Il n'y a qu'eux qui aient accès auprès de sa souveraine Majesté. C'est qu'il se comptent véritablement pour rien, eux et tout le reste de l'univers, par rapport à Dieu, lorsqu'ils protestent que ce n'est que par Jésus-Christ qu'ils prétendent avoir avec lui quelque rapport. Cet anéantissement où leur foi les réduit leur donne devant Dieu une véritable réalité. Ce jugement qu'ils prononcent d'accord avec Dieu même donne à tot leur culte un proix infini. Tout est profane par rapport à Dieu et doit être consacré par la divinité du Fils pour être digne de la sainteté du Père, pour mériter sa complaisance et sa bienveillance. Voilà le fondement inébranlable de notre sainte Religion".
Pour ceux qui aiment chiner, je suggère que c'est sans doute en de tels textes que Bonald, grand lecteur de Malebranche, a dû découvrir la nécessité de son principe de ternarité. Entre le Fini de notre expérience et l'Infini où nous entraîne nécessairement "la lumière naturelle de notre raison" , il faut un médiateur. Il nous est donné (et il ne peut que nous être DONNE) dans le Christ. "Nul ne vient au Père que par moi" dit Jésus en saint Jean... C'est ce que nous explique Malebranche en en tirant toutes les conséquences logiques: pour accepter de venir au Père par le Fils, il faut d'abord que l'homme accède à son néant et c'est dans cette accès -véritable accession- qu'il trouve sa vérité et... en même temps en quelque sorte la vérité du christianisme : "cet anéantissement où la foi dans le Christ nous réduit nous donne (seul) devant Dieu une véritable réalité"