vendredi 15 avril 2005

Création du Centre Saint Paul - article dans Le Mascaret

Chacun sait que la Fraternité Saint Pie X traverse une crise grave depuis le 15 juillet 2004. Cette crise ne consiste pas seulement en “un éternuement à Bordeaux” comme certains ont souhaité le faire accroire. Les nombreux contacts que j'entretiens avec différents confrères me portent à penser que Bordeaux n'a été qu'un révélateur. Cette crise sera longue, elle durera au moins jusqu'à l'élection du nouveau supérieur en 2006. Elle est globale. Elle se manifeste comme une sorte de langueur, procédant d'une absence sentie de toute véritable finalité dans notre action ecclésiale. Au lieu de nous fixer sur de vrais combats, on nous a dressé les uns contre les autres et on a tenté de faire de nous des fonctionnaires du culte, des prêtres autocentrés, sans autre motivation que la régularité de leur service. Beaucoup de prêtres de la FSSPX souffrent en silence de cette situation, plusieurs prêtres déjà, parmi les plus audacieux, ont été exclus de notre société et l'hémorragie pourrait bien se poursuivre.C'est dans ce contexte douloureux pour nous tous que le 8 mars dernier, Mgr Bernard Fellay mettait fin arbitrairement à mes engagements dans la Fraternité Saint Pie X. Que faire alors ? Le prêtre n'est pas prêtre pour lui-même. Sa fonction est éminemment sociale. Il me fallait trouver une nouvelle manière de servir l'Eglise et de lutter pour que s'accentue toujours plus le mouvement de retour vers la Tradition, amorcé par la résistance de Mgr Lefebvre et qui, depuis, s'est poursuivi de mille manières dans la Catholicité.

Me rallier sans condition à un évêque diocésain ? Cela m'est apparu comme prématuré. Nous sommes fils de saint Pie X et nous devons rendre témoignage à la vérité, comme l'a fait ce grand pape. Un prêtre n'est pas un marchand, tâchant de caser son tapis de prière au meilleur prix ! La négociation intra-ecclésiastique ne me semble pas constituer un but en soi pour une vie sacerdotale. En revanche, notre combat pour les formes de la Tradition catholique, formes vitalisantes, formes revigorantes de la foi, est le plus beau combat qui soit sous le Ciel. J'entends bien le poursuivre, ce qui signifie que je dois garder une vraie liberté de critique du Concile et de ses oeuvres. L'élection de notre pape Benoît XVI permettra, d'ailleurs, je pense à cette critique constructive de sortir de l'underground où elle est tenue confinée depuis 40 ans et de se renforcer pour le plus grand bien de l'Eglise.

Dans cette perspective, que pouvais-je faire ?

Soutenu depuis le début par un groupe de laïcs généreux et compétents, j'ai décidé de créer un Centre culturel chrétien au coeur de Paris, le Centre Saint Paul. Providentiellement, nous avons trouvé un local ad hoc, au 12 de la rue Saint-Joseph. Et, puisque saint Joseph, patron de l'Eglise universelle et chef de la famille de Dieu nous a fait ce premier signe, il nous est apparu que le dimanche 1er mai, où nous le célébrons solennellement, était une belle date pour inaugurer ces locaux.
M. l'abbé Aulagnier m'annonce sa participation active à cette belle aventure. Il célèbrera donc, à 11 H, la grand messe d'inauguration. Un autre prêtre nous a d'ores et déjà promis son concours.

Je reviendrai très bientôt sur les objectifs que nous assignons à cette oeuvre, indissolublement liturgique et théologique, qui représente notre contribution au grand combat pour que “ la Tradition retrouve ses droits ” dans l'Eglise de Dieu.

Abbé G. de Tanoüarn

dimanche 6 mars 2005

Allocution de l’abbé de Tanoüarn - à l'issue de sa quatrième conférence de Carême - Paris

Je voudrais vous dire simplement que je n’ai aucune aigreur de ce qui s’est si mal passé ces derniers mois, je ne vais pas en refaire la genèse pour la n-et-unième fois, je crois que le passé est le passé. « Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n’est pas digne de moi », comme dit le Christ. J’étais en train de vous dire que du mal peut sortir un bien, par la charité. Je crois donc que ce qui arrive à la Fraternité aujourd’hui est un défi. Bien entendu d’abord pour moi, pour beaucoup, qui partagent mon infortune : l’abbé Laguérie, l’abbé Héry, l’abbé Aulagnier aussi (applaudissements), et je crois que ce mal est un défi pour toute la Tradition, et une sorte de mise en demeure d’avoir à montrer une véritable maturité dans les difficultés. Il me semble que nous commencions, si vous voulez, à être un peu comme ces juifs dont parle le prophète Jérémie, qui, alors que tout va mal, se contentaient de répéter « le Temple du Seigneur, le Temple du Seigneur, le Temple du Seigneur », c’est-à-dire : Nous avons Jérusalem, nous avons le Temple, rien ne peut nous arriver. Nous avons la Fraternité Saint Pie X nous sommes les meilleurs, nous sommes au-dessus de ce que souffre l’Eglise, rien ne peut nous atteindre. Eh bien je crois que ce qui nous atteint montre que nous ne sommes pas au-dessus de ce qui arrive à l’Eglise, que nous participons à notre manière à cet immense malaise que traverse le Corps mystique du Christ, que nous partageons les souffrances de ce Corps mystique. Il ne faut pas en faire tout un plat, c’est normal. Mais aussi que, eh bien, nous trouverons sûrement dans cette épreuve, une et plusieurs, je dirais mille et une opportunités pour rebondir. Car enfin, oui, allez, je le dis : il y a une vie après la Fraternité Saint Pie X. (applaudissements) Pour être plus précis, et pour éviter que cette parole soit éventuellement colportée et simplifiée, je dirais qu’il y a une vie après la Fraternité Saint Pie X mais qu’il n’y a pas de vie sans elle. Et que le service signalé qu’elle a rendu à l’Eglise de Dieu doit demeurer toujours dans nos mémoires, avec, pour moi en tout cas qui n’y suis plus, pour vous qui assistez – pour beaucoup d’entre vous- aux offices, avec un infini respect pour ce que cette Fraternité représente. Mais, je crois vraiment, que le monopole que la Fraternité avait de fait, va devoir aujourd’hui se transformer. Les hommes étant les hommes, les difficultés de gouvernement ayant été ce qu’elles ont été ces derniers mois, je crois qu’il y aura simplement une offre plus riche, je suis désolé d’utiliser peut-être un terme trop directement lié à notre vie quotidienne et économique, mais enfin, cet enrichissement de l’offre dans le monde de la Tradition ne peut être, me semble-t-il, à court terme, que bénéfique. Il ne s’agit donc pas de se lamenter, mais d’agir, et de savoir que si nous agissons avec force, Dieu confortera notre cœur. Viriliter agite et confortetur cor vestrum. La confiance en Dieu est vraiment ce qui doit nous faire entreprendre, pour la gloire de Sainte Eglise, et pour le salut d’un nombre toujours plus grand d’âmes, qui se sauveront pas la parole de Dieu transmise. (applaudissements)