mercredi 31 décembre 2008

Questions pour temps de Noël (II)

Jean-Vincent avait une deuxième question que je restitue de la manière suivante : le Christ étant appelé par Jean Paul II le nouvel Adam, peut-on dire que le salut est la restauration de l'humanité d'avant la chute ?

Si Jean Paul II appelle le Christ le nouvel Adam, c'est parce que l'expression se trouve dans la Première épître aux Corinthiens. Je crois qu'à elle seule elle répondra à votre question : "Le premier homme, Adam, a été fait âme vivante. le dernier Adam esprit qui fait la vie. Mais ce n'est pas le spirituel qui paraît d'abord. C'est le psychique puis le spirituel" (15, 45).

Ces appellations de "psychique" et de "spirituel" peuvent vous incommoder. Pour les comprendre, il faut faire un petit travail de vocabulaire : psychique remonte à psuché en grec, c'est l'âme comme forme du corps, pourvoyeuse de toutes les connaissances et de toutes les émotions. La théologie scolastique prendra l'habitude d'employer à ce propos le terme de "nature" ou de "naturel". Spirituel ne renvoie pas au grec noûs, l'esprit des philosophes, mais au grec pneuma, qui est incompréhensible si l'on ne remonte pas à l'hébreu rouah. Cet esprit ce n'est pas la fine pointe de l'âme ou une puissance naturelle dans l'homme, c'est le souffle de Dieu qui anime le coeur et l'esprit de l'homme. La théologie scolastique a pris l'habitude (n'en déplaise au cardinal de Lubac) d'employer pour désigner cette dimension ontologique divinement recréée dans l'être humain par le souffle de Dieu de parler de surnature ou de surnaturel. Je sais, ce n'est pas très poétique. mais cela a l'avantage d'être clair : on ne se sauve pas par ses propres forces, mais parce qu'un souffle surnaturel transporte notre existence de mammifère supérieur. L'évangile de saint Jean (chapitre 3) parle à ce sujet d'une nouvelle naissance : nous devenons des membres de la famille de Dieu si l'esprit de Dieu nous anime.

Note importante. Cet esprit ne nous est pas seulement extrinsèque. Il est créé en nous : "Crée en moi un coeur pur, Seigneur et innove dans mes viscères un souffle de droiture" dit le Psaume 50. Cet esprit vient de Dieu, mais il est en nous et il est nous. Les scolastiques occidentaux soutiennent avec la dernière énergie cette doctrine fondamentale de la grâce créée, face à certains Orientaux, qui lorsqu'il voit l'esprit pensent immédiatement à l'Esprit saint...

Et voilà je crois, cher Jean Vincent ce que l'on peut répondre à votre question : le Christ nouvel Adam restaure en quelque sorte la première création. Mais Dieu n'est pas restaurationniste ! Il innove. Il fait de nous des "créatures nouvelles. il faut comprendre cela de la manière la plus réaliste qui soit. La bonne nouvelle de l'Evangile ne nous laisse pas indemnes. Elle nous transforme profondément. Dieu en elle achève sa création, en rendant les mammifères supérieurs que nous sommes "participants de la nature divine" (I Petr. 1, 4). Participants ? Consortes, dans le latin de la Vulgate, est admirablement juste : c'est notre sort commun avec Dieu qui nous transforme en lui.

Le premier Adam, doués de toutes sortes de dons préternaturels qui le rendent parfait dans son humanité (en particulier le don de justice originelle c'est-à-dire la parfaite maîtrise de ses pulsions) ne pouvait pas imaginer un tel "sort commun" avec Dieu. Oh ! il parlait avec Dieu à la brise du soir comme un ami avec son ami, nous dit l'Ecriture. Mais il ne voyait pas Dieu. Et il ne vivait pas divinement.

Nous mêmes, il faut bien reconnaître que cette destinée surnaturelle (ou pneumatique dirait saint Paul) nous effraie un petit peu, et c'est par grâce, non dans un mouvement qui viendrait uniquement de nous mêmes, mais dans un élan de notre nature "pneumatisée" que nous désirons ainsi voir Dieu.

Le Christ, fils de Dieu venant sur la terre, a le premier reconnu le chemin. Il l'a fait en sens inverse, de Dieu à l'homme. Il nous assure que la voie est libre. Allons donc sans hésiter bien plus loin que le premier Adam, aussi loin que nous porte le désir nouveau que Dieu a mis en nous. Noël est ainsi vraiment la fête d'un désir sans limite et qui doit croître en nous au fur et à mesure que nous nous approchons du terme.

lundi 29 décembre 2008

Questions pour temps de Noël

Jean Vincent me pose magnifiquement deux questions que mon incompétence en informatique m'empêche de transporter ici (voyez les commentaires donnés au post : la foi, une évidence, ci-dessus). Antoine lui a offert de très belles réponses, mais je souhaitais prendre occasion des sujets qu'il aborde pour essayer d'approfondir notre théologie, en cette veille de Réveillon, tant il est vrai qu'il n'y a pas que la foie gras qui compte, même s'il a sa part.

Première question de Jean-Vincent : si la Vierge est immaculée dans sa conception, ne serait-elle pas immaculée dans sa maternité ?

Depuis les origines du christianisme, les chrétiens professent la doctrine de la virginité de la Vierge jusque dans l'enfantement et donc de la naissance miraculeuse de Jésus. L'abbé Belon, professeur de patrologie à Courtalain que je ne désespère pas d'attirer sur ce blog, vous donnerait certainement quantité de témoignages des Pères de l'Eglise sur ce sujet. Je dois dire que c'est le Père Ignace de La Potterie, jésuite, et c'est son livre Marie dans le mystère de l'alliance qui ouvre l'aperçu le plus spectaculaire sur ce sujet.

Pour cet éminent exégète, l'évangéliste Jean (celui auquel la Vierge a été confiée par le Christ du haut de la Croix cf. Jean 18) évoque d'une manière cryptée ce que les théologiens scolastiques appelleront plus tard "la virginité in partu" de Marie, sa virginité dans l'enfantement.

Trop fort ? Le raisonnement s'effectue en deux temps.

Premier temps : nous ne possédons pas actuellement dans la version la plus couramment utilisée le texte authentique de la fin du prologue de jean, mais une déformation gnostique de ce Prologue. (Les gnostiques étaient d'ailleurs coutumiers du fait). Nous lisons aujourd'hui : "Mais à tous ceux qui l'ont reçu, Il (le Verbe) a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, eux qui ne sont pas nés du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté d'un homme mais de Dieu".
En réalité Tertullien, à la fin de son De carne Christi attribue cette leçon du texte johannique à des marcionites. Pour lui le texte authentique est le suivant : "Mais à tous ceux qui l'ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, LUI QUI N'EST PAS NE du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté d'un homme mais de Dieu". Les hommes que nous sommes sont tous nés de la volonté de la chair (il s'agit vraisemblablement d'une manière un peu misogyne de désigner la femme) et de la volonté d'un homme. Ce sont les gnostiques qui nient la réalité de cette volonté charnelle pour tous ceux qu'ils nomment les parfaits. Tertullien a donc raison de subodorer du marcionisme. Et Tertullien écrit entre 190 et 210. Son témoignage est bien antérieur aux manuscrits conservés de ce passage, qui datent du Vème siècle. Or il témoigne de l'existence de la leçon que nous avons reçu, mais aussi d'une autre leçon, objectivement meilleure, car tout à fait réaliste : le Christ n'est pas né de la volonté de la Vierge Marie (qui, souvenez vous, a tout fait pour décourager l'ange Gabriel). Il n'est pas non plus né de la volonté d'un homme puisque Joseph, père légal de l'enfant, a d'abord pensé à renvoyer sa fiancée en constatant l'événement.

La Bible de Jérusalem a donc adopté désormais cette version au singulier comme étant scientifiquement la plus probable. Fin de la première manche.

Deuxième temps : si l'on adopte la version au singulier, qui apparaît comme la plus ancienne dans la tradition du texte, il faut aller plus loin et essayer de comprendre l'expression : "Lui qui n'est pas né du sang". Soulignons pour compliquer l'analyse que le texte grec porte un pluriel, aimasi, scrupuleusement conservé par saint Jérôme, non ex sanguinibus (et non ex sanguine). Ce pluriel ne correspond à rien, ni en latin, ni en grec. Il ne signifie rien. En revanche, en hébreu, les sangs au pluriel, cela désigne toujours le sang menstruel. Le Christ n'est donc pas né "des sangs". Il est né, miraculeusement, en protégeant l'intégrité de sa mère. Les théologiens diront : préservée du péché originel, Marie ne devait donc pas accoucher dans la douleur.

Nous possédons, semble-t-il, dans ce fragment du prologue de l'Evangile de Jean une allusion claire à la virginité "in partu" de la Vierge Marie. Si certains trouvent cela "trop fort", qu'ils cherchent un autre sens à donner au pluriel de "sang" utilisé ici par Jean. Il n'existe à ma connaissance aucune autre explication de ce texte.

samedi 27 décembre 2008

Hommage à l'abbé de Tanoüarn

Non! non! je ne rends pas ici hommage à l'abbé de Tanoüarn, je ne fais partie d'aucun fan club et quand bien même, ce serait hors de propos. Non. Hommage (en quelque sorte) à l'abbé de Tanoüarn et à la cohérence de sa position... par un prêtre sédévacantiste, suite à l'article sur la légitimité de la messe. En gros, nous dit ce prêtre, soit l'on croit que Paul VI est pape et dans ce cas sa messe est légitime (et réciproquement), soit l'on croit qu'il n'est pas pape et l'affaire est réglée.

Voici la chose, diffusée par Virgo Maria, site à géométrie variable pour ce qui est du sérieux des textes.
“Globalement je crois que l’abbé de Tanoüarn dit plein de bonnes choses quant aux principes : il nettoie beaucoup de poussières accumulées depuis 40 ans dans les consciences des tradis. Notamment en disant qu’un rite du Pape est nécessairement légitime.

Finalement il ne reste que deux alternatives : se rallier, ou dire que Benoît XVI n’est pas Pape. La position de la FSSPX n’existe pas, elle est d’ailleurs un non-sens théologique, elle voudrait occuper un vide mais comment occuper “le vide” ?! Soit dit en passant, l’abbé de Tanoüarn bouscule aussi les ralliés qui ont gardé la mentalité de la FSSPX : ceux qui suivent l’IBP sans admettre la légitimité du NOM.

Mais ma critique de fond à ces lignes de l’Abbé de Tanoüarn, si elle ne touche les principes, touche leur application : le NOM. En réalité la critique fondamentale des tradi sur le NOM n’est pas qu’il est moins bon, mais aussi qu’il est mauvais, qu’il fait du mal (en soi, même si bien célébré), qu’il diminue en soi la foi. Et l’abbé de Tanoüarn l’admet lui-même : voir ses dernières lignes (”le rite de Paul VI transmet mal aux fidèles le Mysterium fidei dont il est chargé et que l’Eglise souffre chaque jour dans ses chairs exsangues, des équivoques de ce rite qui avait été pensé pour être le rite de tous les chrétiens, quelle que soit leur conception du sacrement et du sacrifice. Je suis convaincu que tant que l’Eglise ne redira pas clairement le caractère propitiatoire (ou simplement : réel) de son sacrifice, dans le monde a-religieux qui est le nôtre, la crise de la pratique religieuse continuera et le désert spirituel s’étendra”). Or le Pape ne peut rien donner de mauvais aux fidèles, c’est là l’affirmation la plus catholique qui soit (NDLR: Passage marqué en gras).

En réalité, contrairement à ce que dit l’abbé de Tanoüarn, on peut vraiment vraiment douter qu’un Pape puisse révolutionner toute la liturgie. C’est à dire qu’un Pape, chef de l’Eglise, reçoit pour mission de transmettre le dépôt révélé, de l’expliciter, de le préciser, de le défendre… jamais de le changer, de la travestir, de le nier. D’où la question : peut-on juger théologiquement une révolution liturgique comme celle de Paul VI (dans le fond, indépendamment des circonstances… même si les circonstances sont une aggravante et une résonance du fond) autrement que comme une atteinte au dépôt révélé ?

C’est à dire un vrai Pape peut-il changer toute la liturgie comme il l’a fait ? Si l’on considère que les protestants acceptent le NOM comme valable pour eux, si l’on se souvient des hérésies protestantes sur la Messe, et toutes les autres en matière de liturgie, si l’on pense à l’adage Lex Credendi, Lex Orandi, si l’on se souvient surtout que le Très Saint Sacrifice de la Messe est l’écrin le plus précieux de l’Eglise, le poumon du Corps mystique du Christ (poumon au sens où la grâce qui le fait vivre passe essentiellement par la célébration quotidienne de la Messe, et l’abbé de Tanoüarn l’a bien compris, ses lignes citées plus haut en témoigne) le doute laisse place à la certitude : un vrai Pape ne peut cautionner cette réforme liturgique.

Légitimité de Paul VI et légitimité de la réforme liturgique ne font qu’un : en voyant le NOM, je le refuse, et donc je comprends que Paul VI n’est pas Pape (ou au moins le doute me vient). Une fois certain de l’illégitimité de Paul VI (aussi par d’autres voies : liberté religieuse, œcuménisme, personalisme, etc.) alors toute la réforme liturgique perd toute légitimité à priori. N’est-ce pas là le cheminement du Père Guérard des Lauriers : du Bref Examen Critique à la thèse de Cassiciacum ?”

vendredi 26 décembre 2008

Sculpter l'émotion

Lendemain de fête : repos. Au programme, une exposition sur les Vierges à l'Enfant à la Cité de l'architecture et du patrimoine, Palais de Chaillot (anciennement : le Musée des Monuments Français). Rencontre inopinée (et peu loquace malgré mes bonnes intentions) avec toute l'équipe pastorale de Saint-Nicolas du Chardonnet, en visite guidée.

Je ne suis pas un spécialiste, mais ce qui est particulièrement touchant dans ces moulages, tellement précis qu'ils sont comme identiques aux originaux, c'est l'émotion des visages de Vierge, une émotion saisie par le ciseau du sculpteur, et qui reste palpable aujourd'hui sur le visage de la Vierge de Dampierre par exemple.

La statuaire grecque a produit des chefs d'oeuvre d'équilibre et de grâce. Elle n'a jamais su saisir cette émotion qui transparaît dans la sculpture médiévale, tout comme d'ailleurs et de tout autre manière dans la sculpture baroque du Bernin (Oh ! Le rapt de Proserpine ou Daphné transformée en laurier).

Cette émotion de la Vierge qui sait quel enfant elle porte, parce que son corps de Vierge le lui rappelle sans cesse, fait de Marie la première chrétienne, celle qui nous apprend ce que croire veut dire. Elle n'a pas besoin des anges portant la bonne nouvelle aux bergers. Elle est celle qui a cru, comme le lui dit Elisabeth sa cousine. Son exemple nous montre comment les fêtes de Noël sont par excellence les fêtes de l'émotion.

Le problème d'aujourd'hui c'est de croire que l'on rejoint l'émotion de Noël par la consommation, alors que la seule émotion vraie est celle qui vient de l'intérieur. Noël, fête de l'émotion, est une fête de l'âme.

Oh ! Cela n'empêche pas le foie gras. Ca le rend encore meilleur !

samedi 20 décembre 2008

La foi, une évidence ?

Elle est forte, oui trop forte celle là me dit en substance Serge, le séminariste polonais de notre convict romain. La foi une évidence ? Comment est-ce possible ?

Réfléchissons. La foi ne peut être qu'une évidence pour le martyr et peut-être plus encore, car son témoignage est quotidien et il dure longtemps, pour le missionnaire, ce géant de la foi qui au XIXème siècle, s'en allait de l'autre côté du monde, vers l'inconnu, sans espoir de retour. Le saint ? Le martyr ? La foi fait partie de sa vie au point qu'il préfère la mort à la tiédeur ou au reniement. Vous me direz : mais ce sont des êtres et des situations exceptionnelles, que nous ne connaissons pas dans notre petite vie ordinaire. Est-ce si sûr, que nous soyons condamnés à l'ordinaire, au banal ? Un chrétien peut-il se contenter d'une espérance banale ? D'un amour minimum ? D'une foi au rabais ? La demi-foi, ça n'existe pas ! La foi, surnaturelle dans sa source comme dans son terme, est nécessairement extraordinaire. Ou bien elle n'est pas. J'ai été très frappé par le mot de Martin Mosebach dans L'hérésie de l'informe (p. 34) : "La foi, c'est ce que nous faisons comme une évidence". Ce qui m'a frappé dans cette phrase, c'est que Mosebach dit "nous", comme si nous devions tous accéder à ce degré de foi qui nous fait entrer dans l'évidence... L'évidence, c'est sans doute ce que la foi possède d'extraordinaire (en théologie on préciserait : ce qu'elle possède de surnaturel)

Et pourtant Serge a raison de me résister sur ce coup-là. Je le lui ai dit du reste, non sans envie pour la liberté de sa remarque. Saint Thomas d'Aquin lui-même explique que croire et savoir sont deux actes différents et que la foi n'est pas un savoir. Que vais-je lui trouver d'évidence, s'il est vrai, comme l'expliqua naguère Descartes que toute évidence procède du savoir, dont elle constitue comme une sorte d'abrégé triomphant ? Parce que la foi n'est pas un savoir, elle a partie liée avec le doute. Le doute, loin d'empêcher la foi la signale un peu comme les querelles dénoncent les amoureux. Alors ? Que va-t-on chercher d'évidence en tout cela ?

Non seulement la foi n'est pas un savoir scientifique (scientia dit saint Thomas), mais la foi semble souvent défier les certitudes modestes qui forment la trame de notre vie quotidienne. Un exemple ? La sagesse de monsieur Prudhomme professe couramment que "l'argent ne fait pas le bonheur mais il y contribue". L'Evangile nous enseigne : "Heureux les pauvres car le Royaume des Cieux est à eux", "Il est plus difficile à un riche d'entrer dans le Royaume des Cieux qu'à un chameau de passer par le trou d'une aiguille" etc. Dieu ne mâche pas ses mots ! Il ne nous propose pas, en guise de credo, les certitudes au rabais que peut nous laisser le Journal de 20 H. Les augures, pensifs, en déduisent : la foi est devenue bien difficile à notre époque. Penses-tu, à notre époque ! Tertullien disait déjà au IIème siècle : "Je crois parce que c'est absurde (ineptum)". Chaque époque connaît sa difficulté de croire...

Mais alors d'où vient l'évidence ? Dans le beau livre plein d'humanité qu'elle a intitulé Le sourire de Dieu (éditions du Rocher 2008), Irina de Chikoff, qui, au Figaro déjà possédait le don de nous émouvoir, cite cette belle formule de Michel Serrault, qui peut nous aider à débroussailler un peu notre sujet : "La foi fait partie de mon existence. Si on ne l'a pas pour récupérer, pour transformer le sens de la vie, tout devient un peu dérisoire et même pathétique".

Comment ce qui fait partie de mon existence, comment ce qui transforme ma vie ne serait pas évident ?

Il y a deux sortes de vérité, ai-je répondu à Serge. Il y a la vérité scolastique, la vérité scientifique, dont la formule est "l'adéquation de l'esprit et de la chose". Cette vérité-là est immédiatement accessible à la conscience. Elle est l'objet d'un savoir, que ce savoir soit hautement spéculatif ou bassement pragmatique. Mais justement (c'était du reste l'objet de notre cours) : la foi ne relève pas de je ne sais quelle conscience religieuse. Ni non plus d'ailleurs, par ricochet de la liberté de cette conscience religieuse. Ce serait un délire, disait déjà le pape Grégoire XVI, d'imaginer que la foi relève de la conscience humaine. Elle vient forcément de bien plus haut et, à cause de cela, elle ne se laisse pas juger par la conscience.

Et puis il y a une autre vérité, celle qui nous transforme en elle, celle qui transforme notre vacuité en plénitude, ou, si ces mots vous semblent trop fort (n'en ayez pas peur !), celle qui permet de "transformer notre vie" (mais oui Michel Serrault), de transcender sa texture toute animale en la gonflant du souffle de Dieu, qui est l'esprit, tellement supérieur à la chair.

Je cite souvent une formule de Michel Foucault, qui indique que même un agnostique, un douteur professionnel, grand coupeur de cheveu en huit, même un sceptique patenté comme lui avait deviné que l'évidence de la foi provient, en nous, de l'intuition de la nécessité d'une vérité transformatrice. Citons cette formule magnifique, tirée du dernier volume de Dits et Ecrits (p. 535) : "Je sais que le savoir a le pouvoir de nous transformer, que la vérité n'est pas seulement une manière de déchiffrer le monde (...) mais que si je connais la vérité, alors je serai transformé et peut-être sauvé. Ou alors je mourrai, mais je crois de toute façon que c'est la même chose pour moi".

L'évidence de la foi n'est pas objectivable, comme le serait l'évidence scientifique. C'est une évidence transformatrice, une évidence qui se saisit dans l'action : "ce que nous faisons avec évidence" dit Mosebach. Non ce que nous pensons. ce que nous faisons. L'évidence de la foi est essentiellement opérative. Elle procède de l'autorité du Dieu qui, se donnant à nous, nous remet en marche. L'évidence de la foi n'est donné qu'à ceux que la théologie appelle très bien : viatores, ceux qui marchent. Du reste, comme le remarquait saint Paul, ceux qui ne marchent plus, cette foi, ils ne l'ont plus. Ils ont la vision de ce qu'a été leur marche. Vision de gloire. Vision d'horreur ?

Nous autres chrétiens, viateurs, nous sommes tous comme Diogène, obsédés par le mouvement, et nous prouvons la vérité en marchant.

Quant à ceux qui ne veulent pas de cette évidence ambulatoire ? ils marchent quand même, c'est la vie, mais alors, comme dit le Psaume, ils tournent en rond : in circuitu impii ambulant. Michel Serrault avait raison tout à l'heure de trouver ces rondes de l'impie (de l'homme sans foi)... "un peu dérisoire et même pathétique".

vendredi 19 décembre 2008

« Génération Benoit XVI, espérance de demain » - Entretien avec l’abbé Spinoza

Le metablog reprend ce texte cet article du n°6742 de Présent du samedi 20 décembre 2008

— Pourquoi cet ouvrage ?
Après de nombreuses années d’expériences comme enseignant et éducateur, je me suis rendu compte qu’il n’y avait plus d’ouvrages simples qui présentent à la fois une introduction générale à la vie spirituelle mais également une apologétique chrétienne pour les adolescents de notre époque. La principale difficulté que j’ai rencontrée était d’arriver à construire des questions-réponses autour d’un personnage fictif, Jean, qui symbolise le jeune chrétien du XXIe siècle. C’est donc un récit vivant avec une histoire suffisamment réaliste dans laquelle le lecteur est impliqué directement.
Jean est un adolescent de 14 ans. Il est catholique de tradition familiale, convaincu, mais maladroit par manque de formation.
Ainsi, il va voir en rêve successivement saint Augustin, saint Grégoire le Grand, saint François de Sales, et enfin saint Thomas d’Aquin.
— Cela signifie-t-il que ce livre ne s’adresse qu’aux garçons à partir de 13 ans ?
Non. A la suite des conseils donnés par mes différents correcteurs, j’ai élargi le public en incluant également les filles de cet âge. Plusieurs d’entre elles m’ont contacté par courriel pour me faire part de leur satisfaction. Il en est de même pour les garçons. Je m’adresse surtout aux adolescents de tradition chrétienne qui souvent, durant cette période de leur vie, se posent des questions existentielles qui demandent des réponses précises et simples.
— Mais pourquoi le proposer également aux parents ?
Je reprendrai une réponse communiquée par une de mes correctrices : « C’est une bonne lecture, qui rafraîchira la mémoire des parents, et ouvrira l’intelligence des jeunes en les amenant à réfléchir correctement sur des sujets accaparés par le relativisme intellectuel de notre temps : la vérité, la liberté et l’amour. » Les parents pourront ainsi appréhender avec leurs enfants des questions fondamentales comme celle de l’amour humain et du lien qu’il y a à établir avec l’amour divin, principe et fin de l’action humaine pour tout chrétien. Une chose est sûre : il est facile d’accès pour les adolescents bien que les sujets traités soient complexes.
— Vous mentionnez qu’il s’agit du tome 1, pourquoi ?
Tout simplement parce que, en moins d’un mois, la première édition est presque épuisée. Les parents et adolescents en sont contents et attendent davantage. Aussi, avec mon éditeur, Lionel Marcilleau, nous sommes convenus de créer la collection « Adolescents aujourd’hui, saints de demain » pour les 12-17 ans qui a pour fin de renforcer la foi des jeunes gens et de la mettre en œuvre. Dans la continuité du tome 1, il s’agira de donner aux adolescents des réponses pratiques adaptées à la psychologie de cet âge. Le tome II est prévu pour la rentrée 2009.
— Comment se procurer cet ouvrage ?
Le mieux est de l’acheter dans vos librairies catholiques ou de les commander directement à la Barque des Apôtres, la maison d’édition (internet) ou auprès de DPF. Il est en vente un peu partout même sur librairie catholique.com ou sur Amazone.fr. J’invite les parents et les grands-parents à l’offrir à leurs enfants et petits-enfants pour Noël.
Propos recueillis par François Franc
Article extrait du n° 6742 de Présent, du Samedi 20 décembre 2008