samedi 31 janvier 2009

Ennéagramme (suite) : charlatans et gourous s'abstenir

Très belle session Ennéagramme au Centre Saint Paul aujourd'hui. Un animateur au mieux de sa forme. Des participants très divers. Des explications simples et convaincantes. Des échanges passionnés.

A l'attention de tous ceux qui voient dans l'Ennéagramme un nième truc comportementaliste, un classement à l'américaine, un ouvre boîte pour gestion rapide du personnel, je voudrais dire que ce que j'ai compris, moi qui hésitais à mon propre sujet, entre deux profils, c'est que le fond de l'analyse ennéagramme, qui ne peut être du coup qu'une auto-analyse (et ça c'est rassurant : charlatans et gourou s'abstenir), c'est d'aider chaque personne à identifier ses propres motivations. Comprendre ses motivations, c'est évidemment descendre en soi même. Dans le langage ignacien on dirait : c'est se préparer à faire élection de manière efficace. Rien de mieux pour faire des progrès que de savoir ce sur quoi travailler.

Rien à voir en tout cas avec une analyse des comportements, même si il existe des descriptions de profils. Nous sommes tous capables de tout : la question est de savoir popurquoi nous agissons d'avantage de telle ou telle manière.

Attention, ce que nous a fait découvrir notre Mentor, c'est la souplesse de l'ennéagramme, qui, à travers l'interaction des types les uns sur les autres décrit une personnalité chaque fois unique.

Notre animateur nous a promis... une suite !

vendredi 30 janvier 2009

"Recoudre les fils déchirés du filet du Christ"

C'est ainsi que le cardinal Bertone secrétaire d'Etat, caractérise l'objectif du pape Benoît XVI, dans une déclaration faite aujourd'hui même. Et il précise que pour comprendre le dessein du pontificat, "il faut partir du concile Vatican II" et de la double herméneutique qu'il a suscité.

Vatican II "ne peut pas avoir été une assemblée constituante", visant à "changer la constitution de l'Eglise pour en mettre une nouvelle", parce que "la constitution de l'Eglise vient du Christ" et que nous ne saurions la remplacer par un projet d'Eglise, humain trop humain. L'Eglise n'est pas le mouton du Petit Prince, qui se laisserait dessiner, au gré de l'idée du moment. Hiérarchique et monarchique, ce Royaume de Dieu demeure semblable à lui-même et les contre-façons humaines n'ont pas de prise sur lui.

Si l'herméneutique de rupture ne peut avoir aucun succès, il importe pour le bien pastoral de l'Eglise de s'en tenir à l'herméneutique de continuité. Cette continuité se représente d'abord dans le temps, comme une cohérence foncière entre les différents états de l'Eglise. Elle se représente ensuite dans l'espace, et dans un espace toujours plus large, car c'est la Tradition qui seule est capable de regrouper tous les chrétiens. La Tradition est le meilleur moteur de l'oecuménisme raisonnable et efficace. L'élection du Patriarche Cyrille sur le siège de Moscou pourrait bien réserver des surprises à ceux qui croient que Benoît XVI est un conservateur. Il est indéniable que ce pontificat est animé d'un souffle et d'une espérance que l'on n'avait pas senti depuis plusieurs siècles.

Nécessairement court, hélas, étant donné l'âge du Pontife, après le long pontificat de transition que Jean Paul II nous a fait vivre (de Redemptor hominis, première encyclique à Ecclesia de eucharistia, quoi de commun, 25 ans ont passé), le pontificat de Benoît XVI, avec son herméneutique de continuité, pourrait bien changer considérablement le paysage, en surmontant définitivement, au nom de l'Eglise ce que j'appellerais volontiers la tentation socinienne.

Fausto Socin est un Italien qui vit à la fin du XVIème siècle. il est hélas trop peu connu. On peu considérer que, plutôt que Luther et Calvin, c'est lui le véritable père de la modernité chrétienne, c'est lui l'ancêtre des protestants libéraux. Renonçant délibérément à tout ce que la foi peut comporter de mystérieux (à commencer par le Mystère de la Sainte Trinité : un seul Dieu en trois personnes), il réduit le christianisme à une morale de l'amour du prochain et à une foi minimale dans le principe divin, au nom duquel le Christ s'est exprimé. Parmi les plus célèbres adeptes de Socin, le juif christianisant Spinoza n'hésitait pas à écrire que le Christ est la bouche de Dieu (Traité théologico-politique) ; mais il refusait résolument toutes les formes du mystère et toutes les expressions du surnaturel (la prophétie comme les miracles).

La grande hérésie du XXème siècle (le modernisme) succombe à cette tentation : Alfred Loisy, exégète, figure emblématique du modernisme, devient même agnostique tout en demeurant "mystique". C'est un disciple involontaire de Socin, par Renan qui, lui, se rattache explicitement à Spinoza.

Au Concile, toute une frange de l'Eglise, au nom de la foi comme simple expression de la conscience du croyant, a cru trouver une nouvelle forme d'universaliuté et comme un nouveau catholicisme (catholique= universel). Cette perspective est celle que les docteurs du Nouvel Israël ont appelé dans les années Soixante dix "la foi adulte" (par opposition sans doute à la foi de ceux qui acceptent de redevenir comme de petits enfants selon le précepte de l'Evangile, la foi adulte est une foi qui ne s'en laisse pas compter et met en cause tant l'authenticité des miracles que l'infaillibilité des prophéties). On a vraiment cru, dans les années Soixante dix que c'est autour de cette foi adulte que l'on "recoudrait les fils déchirés du filet du Christ". On a pensé que cette "foi adulte", partagé par tous les esprits raisonnables, favoriserait l'oecuménisme et le dialogue interreligieux. On a imaginé que cette foi adulte allait séduire les Etats, en rapprochant la croyance de l'Eglise du noyau laïc sur lequel se construit la vie politique occidentale. On s'est terriblement, on s'est tragiquement trompé. Cette foi adulte est stérile. Elle n'engendre pas dans le Christ. On a voulu "refaire chrétiens nos frères" : peanuts !

Benoît XVI est le premier a prendre acte publiquement de ce ratage dans le discours à la Curie romaine du 22 décembre 2005. Il est le premier à comprendre que pour "recoudre les fils déchirés du filet du Christ", c'est à l'enseignement du Christ, dans son authenticité fontale qu'il importe de revenir, car c'est cet enseignement, et rien d'autre, qui fera l'unité. Mais l'enseignement du Christ ne nous est accessible que par la tradition qui l'a fait parvenir jusqu'à nous. Des clercs, fatigués de la foi des anciens jours, avaient rêvé d'une assemblée constituante qui, selon l'idée émise semble-t-il par Jean XXIII lui-même d'une "nouvelle Pentecôte", serait pour l'Eglise comme un nouveau commencement. Les papes successifs, sans admettre cette idée, ont sacrifié à cette rhétorique. Benoît XVI lui, entend, dans les quelques années que dureront son Pontificat, donner le coup de barre qui empêchera définitivement la barque dont il a la responsabilité de s'embrocher sur les récifs du socinianisme contemporain. Il le fait à travers des gestes forts, parce qu'il sait bien qu'il ne dispose pas d'un quart de siècle comme son prédécesseur. le premier vise à réaliser l'unité des catholiques, en indiquant à tous que le centre de gravité de leur équilibre spirituel est la Tradition, toujours respectable, en liturgie comme en théologie.

Mais qui sait si le pontificat que Malachie appelle "la gloire de l'olivier" ne nous réservera pas d'autres surprises, dans le sens de la Tradition comme ferment de l'unité des chrétiens ? L'élection du Patriarche Cyrille à Moscou, qui de notoriété publique est philo-romain, constitue certainement un signe. Oui : un vrai signe des temps, pour "recoudre les fils déchirés du filet du Christ".

jeudi 29 janvier 2009

Dossier Monde&Vie: « Le pape qui dit oui à la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X »

« Le pape qui dit oui à la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X » - c'est sous ce titre que Monde&Vie de janvier propose un dossier assez roboratif:

Un entretien avec Mgr Bernard Fellay, Supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, que vous lirez ci-dessous

« La fin de l’illégalité pour la Fraternité Saint-Pie X » - entretien avec M. l’abbé Grégoire Celier, porte-parole du District de France de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X

... et quelques réactions (substantielles) recueillies par Daniel Hamiche:

« Un pape qui voit plus loin que les tempêtes médiatiques du moment » (Abbé Vincent Ribeton, supérieur du district de France de la FSSP)

« Une route claire, sûre et balisée pour aujourd’hui et pour demain » (Abbé Philippe Laguérie Supérieur de l’Institut du Bon Pasteur)

« Finies les discussions sur le sexe des anges » (Mgr Gilles Wach, Prieur Général de l’Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre)

... suivies d'une analyse de Claire Thomas:

« Face au geste prophétique de Benoît XVI - Mais que vont donc faire nos évêques ?»

[Monde&Vie] Entretien avec Mgr Bernard Fellay, Supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X

Propos recueillis par Olivier Figueras - Monde & Vie n° 806 - 31 janvier 2009 - page 17

On devine que le supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X est surchargé en ce moment. Durant le bref entretien qu’il a pu nous accorder, au cours de son passage à Paris, son téléphone n’arrêtait pas de sonner. Mais il livre ici l’essentiel de ce qu’il faut savoir pour comprendre ce que sera la suite des événements. Une réintégration pleine et entière de la FSSPX dans la hiérarchie romaine semble désormais à portée de main.


Vous attendiez-vous, Monseigneur, à cette levée de l’excommunication vous concernant?

Je m’y attendais depuis 2005, depuis la première lettre de demande de levée de l’excommunication que j’avais adressée à la demande de Rome même. Parce qu’il est clair que Rome ne demandait pas cette lettre pour refuser de lever l’excommunication. Quant au moment où cela s’est passé, je ne m’y attendais pas. Ces derniers mois, après l’affaire de l’ultimatum, même après qu’elle ait été résorbée, nous étions plutôt en froid. Puis j’ai écrit la lettre du 15 novembre, qui est mentionnée dans le décret et dans ma lettre aux fidèles…

Ce décret est-il un signe de la volonté du Pape?

Je l’attribue d’abord à la Sainte Vierge. Voilà le signe manifeste, avec une réponse presque immédiate. Je venais juste de décider d’aller à Rome pour porter le résultat du bouquet de chapelets que nous avions lancé à Lourdes avec cette intention explicite, lorsque j’ai reçu un appel de Rome m’invitant à passer.

Le contentement que vous manifestez aujourd’hui est-il tempéré par le reste du chemin à parcourir?

C’est encore trop tôt pour le dire. Il vient de se passer un acte de très grande importance dont nous sommes vraiment reconnaissants, mais c’est assez difficile de l’évaluer pour l’instant. Nous n’en voyons pas encore toutes les implications. Il y a encore beaucoup de travail, mais nous avons vraiment une grande espérance d’une restauration de l’Eglise.

A quand remonte ce changement dans vos relations avec Rome?

Al’arrivée du pape actuel. J’ai d’abord évoqué la Sainte Vierge, mais, sur le plan humain, il ne faut pas avoir peur d’attribuer à Benoît XVI ce qui vient de se passer. C’est le début de quelque chose, qui a déjà commencé avec le Motu proprio. Je pense que le Pape estime le travail que nous faisons.

Dans cette histoire, ce mouvement, certains ont estimé que vous partiez trop tard. Pensez-vous aujourd’hui que d’autres, en particulier à l’intérieur de la Fraternité Saint-Pie X, puissent estimer que vous partez trop tôt?

Je ne peux pas tout exclure, mais, s’il y a des séparations, elles seront extrêmement minimes.

Pensez-vous que votre situation va se régler d’abord sur un plan pratique?

Jusqu’ici notre ligne de route a été d’éclaircir d’abord les problèmes doctrinaux – même s’il ne s’agit pas d’absolument tout régler, mais d’obtenir une clarification suffisante – sinon on risque de faire les choses à moitié. Ou que cela finisse mal.

Et pensez-vous que, au-delà de Rome, vos contacts vont s’intensifier?

C’est le but, comme je l’ai expliqué à Rome, en disant que la situation telle que nous la proposons est certes provisoire, mais qu’elle est pacifiante, et qu’elle permettra, lentement, de pouvoir recoller avec toutes les âmes de bonne volonté. Cela se fera donc graduellement. Et cela dépendra aussi des réactions de l’autre côté. Mais il n’y a pas d’à priori, le seul à priori c’est celui de la Vérité et de la Charité.

[Monde&Vie] Comme la chute d'un Mur de Berlin spirituel... - Alain Hasso

Monde & Vie n° 806 - 31 janvier 2009 - page 17

Nous vivons un moment historique. Quelque chose comme la chute d’un Mur de Berlin spirituel. L’audace de Benoît XVI, levant par un décret du 21 janvier dernier l’excommunication des quatre évêques sacrés en 1988 par Mgr Lefebvre, ouvre une époque nouvelle pour l’Eglise catholique. De manière profondément moderne, le Pasteur universel a compris que l’unité des chrétiens n’adviendrait pas par les actes répétés d’une autorité tatillonne, voulant, à elle seule, établir les conditions de vie du troupeau des fidèles. Il a accepté – c’est très évangélique – de mettre de côté l’arsenal répressif dont il dispose en tant que souverain pontife. Sa stratégie? Il lève unilatéralement et sans contrepartie les sanctions portées par son prédécesseur à l’encontre des traditionalistes, pour créer une dynamique nouvelle, au terme de laquelle ce n’est pas une restauration qui se profile (Benoît XVI n’est pas un pape traditionaliste). Mais on assiste, sous sa houlette à une restitution des biens spirituels dont les fidèles avaient été privés par la Révolution culturelle qui a suivi dans l’Eglise le concile Vatican II. Qu’est-ce que cette levée d’excommunication? Dans son sens le plus large, c’est une initiative du pape qui entend faire rentrer ceux qui avaient été spoliés dans leurs droits de fils et de filles de l’Eglise. On tâche – à droite et à gauche - de diminuer l’importance de ce geste sans précédent. On n’empêchera pas les faits de parler plus haut que tous ceux qui ne pensent qu’à conserver des situations considérées comme acquises. Il faudra s’y faire : avec Benoît XVI, ses petits pas et ses coups de poker, l’Eglise a définitivement tourné la page du funeste XXe siècle.

mercredi 28 janvier 2009

Mgr Williamson aura-t-il réussi son coup ?

Tout le monde connaît l'opposition viscérale de Mgr Williamson à la signature d'un véritable accord entre Rome et la fraternité Saint Pie X. En s'exprimant pour la télévision suédoise le 1er novembre, jour où il conférait l'ordination sacerdotale au Pasteur Sandmark,l'évêque anglais a intentionnellement brouillé les cartes. Oh ! Je ne dis pas qu'il ait agi avec préméditation. Il a répondu aux questions qu'on lui posait. Mais il a sciemment mélangé deux combats qui sont inconciliables : un combat mythologico politique, qui soutient l'insoutenable, à force de se vouloir différent et un combat religieux, le plus beau qui soit sous le Ciel, celui qui défend et diffuse les formes de la Tradition catholique, détruite par la tempête de Mai 68.

Lorsqu'on mélange l'insoutenable et le divin, la monstruosité d'une fausse comptabilité macabre et l'élan surnaturel vers cette image créée du Vrai et du Bien qu'est la liturgie catholique, on ne peut que tomber dans l'absurde et se trouver hors jeu. Mgr Fellay a heureusement condamné ces extravagances inadmissibles. Il faut que Mgr Williamson choisisse : veut-il être évêque catholique ou veut-il être le chevalier ténébreux de la défense de l'insoutenable. C'est l'un ou l'autre. Par son insouciance scandaleuse, Mgr Williamson a radicalisé le dilemme qu'il se pose à lui-même et qu'il pose lui-même à tous les traditionalistes, qui étaient eux à mille lieux de ses folies.