mercredi 26 mai 2010

Woody Allen et la Pentecôte

Tout à l'heure sur Radio Courtoisie, baptême des ondes en tant que patron d'émission, pour une nouvelle émission Voix au chapître. J'y serai, une fois par mois le mercredi matin à 10 H 45, en direct, en compagnie de Anne Le Pape, mon assistante et néanmoins amie de longue date. Est-ce parce que nous sommes compatriotes, elle et moi, partageant la bretonnitude, que notre rencontre sur les ondes s'est imposée à moi comme "le bon duo" ? Nous avons des goûts bien différents, et tous deux une manière "sans fard" de les exprimer, bref, pour les auditeurs, un cocktail qui sera parfois détonnant. La liberté, quoi. Il y a néanmoins un cahier des charges à respecter : ni religion ni politique, me dit Henry de Lesquen. Culture. Bien entendu la culture embrasse aussi bien des sujets religieux que des sujets politiques, mais pas l'actualité. Cette distance me convient assez bien. Elle permet d'aborder des sujets inattendus. Pour la première, c'est Laurent Dandrieu, chroniqueur cinéma à Valeurs actuelles, qui est venu nous présenter son livre sur Woody Allen : portrait d'un antimoderne (CNRS éditions 20 euros).

Je crois vraiment que l'on tient là une introduction exceptionnelle à l'oeuvre du cinéaste new-yorkais. Le sous titre le dit assez. Antimoderne, Woody ? Ce diagnostic n'a rien à voir avec une quelconque entreprise de récupération. Il s'agit simplement de savoir décrypter une oeuvre dans ses tendances fondamentales. Woody Allen est obsédé par le néant de l'existence. Il prend de haut ses contemporains qu'il met en scène, en en manifestant sans complaisance la superficialité, la fragilité, la vacuité. On peut dire que ce pessimisme sert de toile de fond à l'ensemble de l'oeuvre et que c'est à partir de ce pessimisme fondamental que Woody Allen pose à nouveau frais les grandes questions qui traversent la condition humaine, sans avoir peur de répéter du déjà dit tant ses formules de comique, lorsqu'elles sont bien frappées, ont toujours une musique de "première fois". Exemple très "catholique" tiré du recueil thématique d'aphorismes, en fin de volume : "Rien de plus sexy qu'une catholique déchue". Ca ne vous plaît pas ? Alors entrons dans de l'impersonnel : "Le néant éternel est supportable, pour peu qu'on ait le costume adéquat". Qu'est-ce donc que ce costume de néant ? Ne nous y trompons pas : c'est souvent... un mensonge.

Je voudrais vous faire part d'une discussion hors antenne avec Laurent Dandrieu sur le film : Une autre femme. J'ai trouvé merveilleuse cette façon qu'a Woody Allen de diagnostiquer et de débusquer le mensonge vital dans la vie de Marion, cette femme de 50 ans, prof de philo à l'université, qui a épousé un cardiologue célèbre et à laquelle tout réussit... apparemment. Elle loue un studio pour se donner le temps et l'espace nécessaire pour écrire un livre. Et il se trouve que ce studio communique avec l'appartement voisin, qui est un cabinet d'analyse. Marion ne veut pas entendre, mais elle ne parvient pas, avec deux coussins posés devant le mur, à réaliser une étanchéité correcte entre les deux pièces. Et la voix de ces femmes qui se confessent la trouble. L'une d'entre elles (mia Farrow) surtout. Elle se met elle-même en question très rapîdement et remonte le fil de l'inauthentique dans sa propre existence : la routine conjugale (triste !), sa brouille avec son frère (stupide !), son indélicatesse inconsciente avec son amie Claire à cause de sa volonté (non voulue mais si spontanée) d'occuper tout l'espace, de prendre pour soi seule toute la scène de l'existence... Rien de grave ? Finit par remonter à la surface, dans un rêve, l'avortement qui apparemment l'a rendu stérile, avortement qu'elle a pratiqué sans en avertir son ami de l'époque, ce qui a entraîné leur rupture et finalement... son suicide à lui. Marion regarde en face les "oublis" sur lesquels elle s'est construite. Pour tout simplifier, elle surprend son mari Ken dans une conversation tendre au restaurant avec sa meilleure amie Linda, celle qui s'était proposé d'organiser son anniversaire de mariage. Le décor de sa vie est tombé. Elle n'en veut à personne. Elle est libre pour une autre vie. Ayant identifié tous ses mensonges, elle est devenue "une autre femme", la vraie...

Je communique mon enthousiasme à Laurent Dandrieu en lui disant : pour moi cette démarche représente une sorte de conversion sans la foi. Le critique exigeant qu'est Laurent Dandrieu refuse ce terme de conversion... Il a sans doute raison dans l'absolu et cela montre clairement sa volonté de ne pas "spiritualiser" Woody malgré lui. Mais je crois que dans le singulier indicible d'une pratique, il y a bien là la vérité d'une conversion au sens où René Girard en parle dans la conclusion de Vérité romanesque et mensonge romantique. Me revient à l'esprit cette formule de l'évangile de saint Jean au chapitre 3, que l'on a lu lundi dernier, au lendemain de la Pentecôte : "Tout homme qui fait le mal déteste la lumière, et il ne vient pas à la lumière de peur que ses oeuvres ne soient dévoilées. Mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu'il soit manifeste que ses oeuvres sont faites en Dieu" (Jean 3, 20-21).

Il me semble que cette formule décrit bien comme une première Pentecôte, que l'Esprit de vérité souffle dans chaque coeur humain et dont l'autre, la Pentecôte salvifique qui nous attend tous jusqu'au bout de notre vie, celle qui se donne dans l'eau et dans l'esprit, celle qui se concrétise en un baptême de rédemption, celle qui est le fruit de "la folie de la prédication" n'est que le prolongement et la manifestation.

Je comprends la prudence de notre critique, parce que c'est un critique. Il fait son métier en m'en rappelant la nécessité. Mais quant à moi, je crois que le souffle de l'oeuvre de Woody Allen a été deux ou trois fois dans ses 44 films, un souffle de Pentecôte. Une Pentecôte implicite, mais talentueuse parce que perspicace... Nous avons souvent si peur de cet esprit de vérité. Si peur de nous retrouver nus après son passage. C'est pourtant cette vérité intérieure qui seule peut construire notre foi en nous conduisant, le coeur libre, à saisir ce que j'appelle l'évidence chrétienne.

lundi 24 mai 2010

Le cardinal Vingt-Trois au pèlerinage de Chartres

La présence de l'archevêque de Paris, pour un salut du Saint Sacrement au pèlerinage de Paris à Chartres représente d'ores et déjà un symbole important de la nouvelle époque dans laquelle est entrée l'Eglise de France. Parfois, on m'accuse d'avoir changé... Mais regardez : ce sont les événements qui changent. Ce Salut du Saint Sacrement était impensable... Et voilà qui est fait. On croit toujours que l'histoire avance par une évolution imperceptible. C'est le contraire qui est vrai. Il existe des sauts qualitatifs brusques, quoi qu'en ait pensé Leibniz (natura non facit saltus). Il me semble que, dans l'ordre symbolique tout du moins, un cardinal archevêque de Paris discutant avec les pèlerins et se rendant accessible à tous, c'est une date. Dans l'histoire de ce pèlerinage il y aura un avant et un après ce geste.

Les mots qu'a utilisé le cardinal - et que je récupère tout bonnement sur notre Tradinews pour vous les communiquer - sont choisis avec soin et ils comportent... oui... une sorte d'engagement. Les voici :

"Je vous considère comme des membres de ma famille (...) Une famille se constitue de membres qui ne se choisissent pas, mais qui sont liés de façon indéfectible (...) Nous sommes membres de la même Eglise (...) Nos relations sont des relations de fraternité et de communion (...) A vous qui vous interrogez sur le sens à donner à votre vie, demandez-vous non pas ce que vous voulez faire, mais ce que le Seigneur attend de vous (...) Il ne s'agit pas seulement d'un pèlerinage pour ces trois jours mais d'un sens à donner à toute votre vie (...) Je vous demande surtout, chacun, de prier pour votre évêque."

Je souligne d'abord que l'évêque se remet à la prière de chaque pèlerin. Ce n'est pas sans une vraie reconnaissance de la beauté de cette prière collective que constitue le pèlerinage.

Il parle de l'essentiel - le sens de la vie - et ne vient pas en "garde chiourme" rappeler l'obéissance en soi et pour soi des brebis au Pasteur.

"Ce que le Seigneur attend de vous" : le cardinal fait appel aux vocations qui sommeillent certainement dans les coeurs, parmi ces milliers de jeunes (moyenne d'âge 21 ans) qui font le pèlerinage. Il ne refuse pas leur zèle mais il leur explique qu'il compte sur eux.

Pour caractériser "les relations" qui existent entre les pèlerins et leur Pasteur, le cardinal Vingt-Trois utilise la notion (non métaphorique mais analogique) de famille. L'Eglisde est une famille spirituelle : c'était aussi l'dée de départ des organisateurs du pèlerinage, groupant les pèlerins sur le thème : "L'Eglise est notre mère". Si l'Eglise est notre mère, il y a entre les membres de l'Eglise une véritable "fraternité". le mot est très fort. il fait penser aux études savanbtes du jeune abbé Ratzinger sur ce thème. Soulignons que le terme plus juridique de "communion" est en quelque sorte étayé, renforcé et interprété à travers cette déclaration de fraternité. Au sein de cette fraternité (dans le cadre de cette turbulente fratrie), on peut dire que l'évêque a un rôle paternel à jouer. Le cardinal Vingt-Trois n'emploie pas ce terme de "père" pour se désigner lui-même. On peut le supputer à partir du moment où ce qui se constitue ce n'est pas seulement une organisation juridique, mais une famille.

Certes "une famille se constitue de membres qui ne se choisissent pas". Avec une rude franchise, le cardinal souligne que tout n'est pas résolue par le langage que l'on utilise et que même la conscience aigüe d'appartenir à une seule et même Eglise ne règle pas tous les problèmes.Et en même temps il indique que ce n'est pas lui qui choisira le conflit. Une chose est sûre : des frères finissent toujours par se retrouver. En tout cas, ils ne peuvent pas se perdre.

vendredi 21 mai 2010

[conf'] «Pierre Boutang. Une philosophie française» par Rémi Lélian

Dimanche 23 Mai à 18H00 : Conférence pour le mois de Marie : "Notre-Dame de la Pentecôte. Marie, épouse du Saint-Esprit", par M l'abbé de Tanoüarn.

Mardi 25 mai à 20H00 au Centre Saint Paul (12 rue Saint Joseph - 75002 Paris), «Pierre Boutang. Une philosophie française» par Rémi Lélian - PAF 5€, tarif réduit à 2€ (étudiants, chômeurs, membres du clergé). - La conférence est suivie d'un verre de l'amitié.

Dimanche 30 Mai à 18H00 : Conférence pour le mois de Marie : "Notre-Dame de la Trinité. Marie, mère de notre foi", par M l'abbé de Tanoüarn.

Mardi 1er juin à 20H00 au Centre Saint Paul (12 rue Saint Joseph - 75002 Paris), «Anagni : Quand les Français mettaient le Pape en prison» par Guillaume de Thieulloy - PAF 5€, tarif réduit à 2€ (étudiants, chômeurs, membres du clergé). - La conférence est suivie d'un verre de l'amitié.

mardi 18 mai 2010

L'abbé Berche demande des visites...

J'en viens. Je crois que cela lui fait très plaisir d'avoir des visites. Ma collaboratrice à toutes épreuves Micheline, qui l'a vu hier, vient de son côté de m'envoyer ce mail, que je transmet à tous ceux qui sur ce Blog ont connu l'abbé Berche, même de loin.
Voici des renseignements que l'on pourrait peut-être diffuser sur votre blog afin qu'Alexandre puisse recevoir davantage de visites, ou écrire, à l'Hôpital Raymond Poincaré, 104 boulevard R. Poincaré à Garches (92380).

Du lundi au vendredi : visites de 15h15 à 20h ;
les samedi et dimanche : de 13h à 20h.
Son n° tél. direct : 01 81 80 38 80.
Pavillon Netter, porte 416 (1er étage, chambre [104]).
En voiture, pas facile de se garer [mais si c'est possible].

Si vous allez à Garches par métro + bus, de votre quartier (XV°Arrdt) cela ne devrait vous prendre qu'à peine une petite heure puisque vous êtes sur la ligne de métro n° 10 qui dessert la station Pont de Saint-Cloud. Ensuite, prendre le bus n° 460 jusqu'à l'arrêt "Hôpital de Garches" (en face de l'hôpital).


Horaires du bus 460 du Pont de Saint-Cloud à "Hôpital de Garches"(env. 15 min de route) :

- du Lundi au Vendredi : 14h19, 14h57, 15h27, 15h52, 16h20, 16h48,17h18, 17h44, 17h59 ; 18h24, 18h44 ; 19h09, 19h43 ; 20h10, _20h?5_ (à vérifier).

- le Samedi : 12h04, 12h38, 13h13, 13h40, 14h26, 15h02 , 15h32, 16h12, 16h47, 17h15, 17h35 ; 18h07, 18h40, 19h00, 19h37, 20h08, 20h43.

- le Dimanche : 11h04 ; 14h14 ; 17h24 ; 20h34.

Micheline

Horaires du bus 460 de l'"Hôpital de Garches" au Pont de Saint-Cloud :

- du Lundi au Vendredi : 14h10, 14h31, 15h10, 15h37, 16h07, 16h35, 17h00, 17h15, 17h39; 18h04, 18h29; 19h00, 19h34, 19h49.

- le Samedi : 14h24, 14h54 ; 15h34, 15h59, 16h29, 16h54, 17h29, 18h04, 18h24 ; 19h00, 19h30, 20h07.

- le Dimanche : 13h42, 16h52, 20h02.

LE LUNDI 24 MAI : HORAIRE DU DIMANCHE. Ces horaires sont valables jusqu'au 04/07/2010.


Depuis la Gare Saint-Lazare : prendre la direction Saint-Nom La Bretèche (toujours à gauche quand on est face aux quais) et descendre à Garches-Marne la Coquette (20mn de train environ). En face de la gare, arrêt du bus 360 ou 460 qui amène à l'hôpital en 5 mn.
Changement de chambre : 104.

Polémiques sur le voile catholique

On parle beaucoup du voile islamique, y compris sur ce blog. Mais on oublie le voile... catholique, celui dont parle saint Paul au début du chapître 11 de la Première aux Corinthiens.

Les dix versets qui concernent cette question et qui enjoignent aux femmes de se couvrir la tête lorsqu'elles participent à des prières publiques sont difficiles à comprendre, ou même "incompréhensibles" s'il faut en croire certains exégètes... Essayons d'éclaircir un peu cette difficulté. Autant le commentaire du Père Spicq dans Pirot Clamer me semble pour cette fois insuffisant. Autant le vieux commentaire du Père Allo me semble pertinent. J'y ajouterai bien sûr quelques considérations - toujours ad rem - de Cajétan. Je n'ai malheureusement pas le temps de mettre la main sur un commentaire plus récent. L'article de Rosine Lambin sur Internet (1995) me semble de nature à embrouiller la question plus qu'à l'éclairer. il contient une bibliographie intéressante.

S'agit-il de voiler les chrétiennes dans ce texte de Paul ? Non. Comme le soulignait déjà Cajétan,"Paul livre un nouveau texte de référence au sujet du voile sur la tête, parce que chez les Corinthiens les femmes (comme les hommes) apparaissaient dans la lecture publique et la lecture, la tête non voilée pour des actions de vénération. Le fait de prier en public, de lire en public ou d'enseigner en public n'avait pas encore été enlevé au sexe féminin, comme en témoignent les récits des femmes de ce temps là [acta martyrum ?]. Telle semble être d'après la lettre du texte, la raison pour laquelle Paul prend sur lui cette charge d'expliquer aux Corinthiens la distinction à faire entre l'homme et la femme priant en public ou prophétisant, à propos du fait de se voiler la tête". L'interprétation est très claire. Il ne s'agit pas de voiler les femmes en toutes circonstances, ni même à l'église, mais seulement lorsqu'elles remplissent une fonction publique de prière.

Pourquoi les femmes doivent-elles se voiler la tête lorsqu'elles conduisent la prière ? Saint Paul est gêné pour répondre à cette question parce qu'il a lui-même expliqué aux Corinthiens que dans le Christ, "il n'y a plus ni homme ni femme" [comme il l'écrit dans l'Epître aux Galates 3, 28] et que, par conséquent, il existe une égalité fondamentale entre l'homme et la femme. Tout se passe comme si Paul ici tente de mettre de l'eau dans son vin sur un point précis, relevant de l'ordre des cérémonies religieuses.

Il me semble que c'est à cet enseignement qui lui est propre dans la primitive Eglise qu'il se réfère lorsqu'il commence en disant : "Je vous loue d'ailleurs de ce qu'en toutes choses vous gardez mon souvenir et vous tenez à mes [le possessif est dans la Vulg.] traditions à la manière dont je vous les ai transmises". Il loue les Corinthiens de pratiquer entre eux cette égale dignité des sexes qu'il leur a enseignée. Mais il craint les débordements que sa prédications de la liberté chrétienne peut produire chez des esprit binaires, et il leur rappelle aussi la tradition de l'Eglise universelle ou plutôt de l'ensemble des Eglises (ai ekklesiai tou theou au verset 16) que les chrétiens "n'ont pas coutume de mettre en discussion". C'est cette tradition à propos du voile des femmes dirigeant la prière publique dans une Eglise qu'il entend rappeler et, en quelque sorte, ajouter, pour que l'ordre règne, à sa propre tradition de liberté.

Pour expliquer cet ajout, il tente de mobiliser les principes les plus fondamentaux, d'une part en remontant à sa doctrine du Christ tête (qu'il développe au chapitre 12) et d'autre part en montrant que le voile, chez les Grecs signe de bourgeoisie ou de noblesse et caractéristique des citadines, est "une gloire" pour la femme, comme l'est sa chevelure.

1- La doctrine du Christ tête

Pour saint Paul, on le verra aussi au chapître 5 de l'Epître aux Ephésiens, l'idéal chrétiens du service est universel : "Soyez soumis les uns aux autres. Femmes soyez soumises à vos maris... Maris aimez vos femme, comme le Christ a aimé l'Eglise et s'est livré pour elle à la mort". On ne peut pas dire que la femme soit plus "au service" que l'homme. Et le Christ lui-même qui est la tête est aussi le serviteur de tous. La pensée de saint Paul dans les premiers versets du chapitre 11 de la Ière aux Corinthiens me semble être également celle du service universel. Si la femme sert l'homme, l'homme sert le Christ et le Christ sert Dieu. Différence entre l'homme et la femme ? La femme sert le Christ en servant son mari. L'homme sert sa femme en servant le Christ. Mais tous partagent le même idéal du service. Cela dit, lorsque la femme sert le Christ, elle doit se couvrir la tête pour ne pas être au service de l'homme auquel elle plaît plutôt qu'au service du Christ auquel elle veut plaire."La femme est la gloire de l'homme", elle doit cacher cette gloire pour s'approcher du Christ. L'homme n'est pas de la même façon la gloire de la femme, il peut donc être la gloire du Christ tête découverte. Les Juifs portaient ils le talith déjà à cette époque ? Ce n'est pas impossible. La coutume juive était donc que les hommes prient la tête couverte. La coutume chrétienne est à l'inverse parce que, hommes et femmes, nous sommes destinés à voir Dieu "visage à visage" (I Cor. 13).

C'est ce que l'on découvre dans un autre passage, tiré de la Deuxième Lettre aux Corinthiens. Saint Paul, sans faire de différence entre l'homme et la femme parce qu'il ne s'agit pas d'acte du culte public mais de la destinée humaine, s'écrie : "Et nous tous, le visage dévoilé, nous reflétons la gloire du Seigneur..." (II Cor. 3, 18). Le fait que la femme se couvre la tête dans le culte public est donc uniquement un fait humain, lié au rapport de séduction entre les sexes. C'est aussi une tradition humaine dans l'Eglise, qu'il faut accepter sans discuter (sous entendu : même si le raisonnement un peu tarabiscoté que je vous tiens moi Paul ne vous convainc pas) - à ce seul titre que c'est une tradition : "Si quelqu'un se plaît à contester, nous n'avons pas cette habitude et les Eglises de Dieu non plus" (v.16)

2- Le voile est une puissance (exousia) pour la femme

Cette expression de saint Paul au verset 10 a fait couler beaucoup d'encre. La plupart des traduction (j'ai la TOB sous les yeux) traduisent par... une antiphrase : "La femme doit porter sur sa tête la marque de sa dépendance à cause des anges...". Il faut reconnaître que l'on se demande ce que les anges viennent faire là. Mais la marque de dépendance, c'est du pur fantasme ! Je rappelle que le mot exousia en grec chrétien acquiert ses lettres de noblesse dans le Prologue de l'Evangile de Jean : "A tous ceux qui ont reçu [le Verbe], il a donné la liberté de devenir enfants de Dieu". Dans le lexique grec latin du Nouveau Testament, le grec exousia est souvent traduit par le latin potestas : "Je suis constitué dans un pouvoir" sub potestate constitutus dit le centurion dont le serviteur a été guéri. Dans toute la première Epître aux Corinthiens, saint Paul l'emploie au sens de ce que donne la liberté chrétienne. Pourquoi inverser ce sens ici, moyennant des raisonnements tortueux (voir C. Spicq dans Pirot Clamer par exemple)?

Le voile est donc le pouvoir, la liberté, la gloire de la femme. Je crois que je n'extrapole pas (même si je fais sursauter les exégètes poussièreux) lorsque je dis que pour saint Paul, le voile est l'hommage que rendent les femmes à leur beauté, à leur "gloire" cette gloire qui a tellement d'effets sur l'homme. Loin d'être un signe de soumission, c'est une marque de noblesse, y compris d'ailleurs au sens social du terme. Il est "avantageux" (opheilei) aux femmes de la porter quel que soit leur milieu social d'origine. Les prostituées ou les petites marchandes en tous genres que saint Paul a converties à Corinthe sont priées de s'habiller comme des grandes dames lorsqu'elles veulent avoir un rôle à l'Eglise. Voilà me semble-t-il ce que dit le verset 10.

"A cause des anges..." : les anges sont présents au cours de la cérémonie liturgique (Apoc 8, 3). Chacun doit donc se trouver présent avec la meilleure image qu'il puisse donner de lui-même. Pour les femmes "la chevelure est une gloire" (I Cor, 11, 15), le voile est "avantageux" (v. 10). Nous savons par Plutarque que les femmes grecques à partir d'un certain milieu social étaient voilées (marquant par ce voile qu'elle ne se rendait qu'à un seul homme)
Et si les femmes ne veulent pas paraître ainsi à leur avantage,dans l'assemblée des chrétiens, explique saint Paul, "elles n'ont qu'à se faire tondre". Mais "s'il est honteux pour une femme d'être rasée ou tondue, qu'elle se couvre la tête". Il me semble que la seule manière raisonnable de comprendre ce petit pétage de plomb paulinien, c'est celle que je propose : le voile est le signe social de la dignité de la femme libre. Il n'est pas porté par l'esclave. Eh bien ! Femmes libres ou esclaves, conformément à l'habitude sociale des femmes libres, portez toutes le voile comme une exousia, une liberté, et sinon faites vous tondre ! La dignité des anges présents invisiblement durant la cérémonie requiert votre propre dignité. Qu'importe le rang et les habitudes vestimentaires qui sont les vôtres ! Soyez élégantes pour Dieu. Vous dont l'homme est la tête (v. 3), ou qui avez l'homme en tête... dans la prière, libérez-vous de cette préoccupation ou de cette sujétion par le voile qui ainsi fera votre gloire devant Dieu.

Conclusion : 
 
Il me semble que bien des femmes ressentent encore les choses ainsi lorsqu'elles prient en public : il ne faut pas mélanger les genres, séduction et contemplation ou du moins prière active. C'est aussi la signification du voile que portent les religieuses, non pas comme un signe de sujétion à l'homme, ainsi que le rabache la TOB (quel homme ?) mais comme "une liberté"(exousia) ainsi que le note saint Paul, qui leur permet, lorsqu'elles prient, de faire abstraction du regard des hommes et, paradoxalement grâce à leur voile, d'aller elles aussi vers Dieu "de gloire en gloire à visage découvert" (II Cor. 3, 18)
Il se trouve que c'était une règle non paulinienne que saint Paul impose à la turbulente communauté de Corinthe au nom de l'usage universel. Mais Paul cherche à montrer justement que ce n'est pas un signe de sujétion vis à vis de l'homme auquel la femme est en quelque sorte nativement attachée ("Ton désir te portera vers ton mari mais il dominera sur toi" dit la Genèse abruptement"). Il a en tête ce passage de la Genèse puisqu'il le cite : "La femme est tirée de l'homme" (c'est la fameuse côte d'Adam). Mais il ajoute (bien avant Aragon) que la femme est l'avenir de l'homme : "L'homme existe par la femme". Et il insiste : Ni la femme n'est à part de l'homme ni l'homme à part de la femme dans le Seigneur". Cajétan commente ce "dans le Seigneur" de façon magnifique : "dans le Seigneur, c'est-à-dire selon l'être chrétien, selon la foi, l'espérance et la charité, selon l'être agréable à Dieu, l'homme et la femme sont égaux : pares sunt vir et mulier, comme le montre le fait qu'ils se produisent réciproquement l'un l'autre", l'un de sa côte, l'autre de son sein.

Il n'y a donc pas deux lois dans le Seigneur (comme c'est le cas dans la charia musulmane), la loi du Christ est la même pour tous... Mais il faut accepter les différences sociales pour les dépasser et parvenir à cette égalité du Royaume des Cieux.

Que les femmes soient donc socialement femmes pour être libres de leur féminité, tel me semble être le premier message de Paul dans ce texte embrouillé [je citerai sur ce point le moment où Paul prend à témoin son lecteur ou sa lectrice sur ce qui se fait et sur ce qui se fait en milieu grec (car pour les Hébreux les cheveux longs ne sont pas forcément déshonorants pour l'homme comme le montre la coutume du nazirat) : "Jugez par vous même : est-il convenable qu'une femme prie Dieu sans être voilée. Et la nature elle-même ne nous enseigne-t-elle pas qu'il est déshonorant pour l'homme de porter des cheveux longs".

Le deuxième message peut paraître en contradiction avec le premier : parce que la femme est (qu'elle le veuille ou que, féministe, elle le rejette) "la gloire de l'homme", le voile est pour elle une liberté (exousia). Il me semble que les religieuses du monde entier, dans la mesure où elles renoncent à être la gloire d'un homme, ont compris cela. Pas question ici de pratiques sociales, mais d'une liberté supérieure (le célibat), dont Paul indique bien en I Cor. 7 qu'elle est optionnelle.

Il y a enfin un troisième paramètre : la tradition (paradosis) des Eglises, que Paul veut imposer à cette Eglise de Corinthe qu'il a comme refondée.
Mais, imposant cette tradition universelle, à la fois pour des raisons d'ordre public (le chapitre 10 qui précède, portant sur les beuveries qui marquent les agapes corinthiennes, montre que de loin Paul a été mis au courant : il y a eu dans l'assemblée corinthienne, un problème d'ordre public. De là à imaginer plus que des scènes de soulographie...) et à la fois pour des raisons d'ordre ecclésial (verset 16 déjà cité : "ce n'est pas notre habitude de contester ce genre de tradition"), il n'en maintient pas moins son enseignement sur l'égalité de l'homme et de la femme, comme le montre les versets 11 et 12 de notre texte, commentés plus haut. Notons d'ailleurs que l'épitre aux Galates qui insiste sur le fait que dans le Royaume de Dieu il n'y a plus ni homme ni femme est bien postérieure à la Ière aux Corinthiens, qui au chapitre 12 verset 13 dit déjà que dans le Royaume il n'y a ni juif ni grec ni esclave ni homme libre, mais ne mentionne pas le "ni homme ni femme" que l'on trouvera dans Galates 3, 28.

En pratique :
 
Faut-il, à cause de ce texte de saint Paul, que les femmes se voilent quand elles vont à l'église aujourd'hui ? Je dirais que la première raison, sociologique, est complètement tombée (les femmes ont aujourd'hui d'autres moyens que le foulard Hermès pour être élégantes), que la deuxième raison concernent celles - saint Paul les souhaitaient nombreuses - qui ne veulent pas dépendre d'un homme ne concerne vraiment que quelques femmes attirées par la perfection d'une vie céleste sur la terre, et enfin que la tradition ecclésiale s'est interrompue. Les femmes sont donc parfaitement libres me semble-t-il, de se voiler la tête dans l'action liturgique ou de ne pas le faire.
Certes le voile des femmes dans l'action liturgique est une tradition de la primitive Eglise. Je signale aux grincheux que si l'on reprenait toutes les traditions de la primitive Eglise, il faudrait tous s'abstenir de steak et de viande saignante, conformément à la disposition du concile de Jérusalem, déclarant : "Il a plu au Saint esprit et à nous que vous vous absteniez de la viande étouffée et du sang" (Ac. 15).

[conf'] «Nouvelle synthèse sur le mystère de l’image du Suaire» par Michel Moubèche

Mardi 18 mai à 20H00 au Centre Saint Paul (12 rue Saint Joseph - 75002 Paris), à l’occasion de l’ostension du Suaire « Nouvelle synthèse sur le mystère de l’image du Suaire »Michel MOUBÈCHE - PAF 5€, tarif réduit à 2€ (étudiants, chômeurs, membres du clergé). - La conférence est suivie d'un verre de l'amitié.