vendredi 31 décembre 2010

Bonne année ? Faites vos jeux !

Oui, bonne année. Fructueuse même, car notre premier devoir est de porter du fruit en tous temps, pour "racheter le temps" (dixit saint Paul) et le transformer en éternité.

Il y a mille et une manières de porter du fruit, mais cela commence toujours à genoux. C'est dans la prière que nous apprenons quelle est notre fécondité, une fécondité unique, qui ne ressemble à aucune autre, qui est notre chemin vers Dieu, notre manière de le louer, de l'honorer, de le servir.

Comme le dit Pascal - c'est peut-être la phrase la plus importante de son fameux pari : "Nous sommes tous embarqués". Il faut jouer... et gagner... Il y en a qui ne jouent pas : par exemple dans la parabole, celui qui va enterrer son talent. Manière de dire au Maître : "Je ne joue plus !" Au fond, si on le lit de près, cet Evangile des talents nous explique que c'est celui qui refuse de jouer qui est condamné.

- Mais, à vous entendre, mon Père, on a l'impression qu'il suffit de jouer pour gagner...

- Je crois que c'est effectivement ce que Pascal veut dire dans ce que l'on a appelé à tort "son effrayant pari". Il suffit de jouer pour gagner, mais il faut jouer ! Jouer le grand jeu de la vie. Pas un de ces minables divertissements qui nous font perdre à tous les coups... Nous sommes dans la société du divertissement - en anglais, on parle d'entertainment et il y a une industrie pour ça. Le paradoxe le plus terriblement pascalien, c'est que ce sont nos jeux (nos consoles de jeux) qui nous empêchent de jouer vraiment en perdant le temps au lieu de le racheter - oui : en nous distrayant de la vie.

Voici pour la nouvelle Année, une pensée de Pascal (Br. 171) qui, je crois fait réfléchir et fait comprendre ce qu'est le Pari. Je sais ce n'est pas "fun"... C'est intitulé Misère...

"La seule chose qui nous console de nos misères est le divertissement, et cependant c'est la plus grande de nos misères. Car c'est celle qui nous empêche principalement de songer à nous, et qui nous fait perdre insensiblement"

L'emploi intransitif du mot "perdre" ici me fait penser que Pascal pense toujours à son Pari.

Mais ne croyez pas que son conseil est austère.

C'est lui aussi, Pascal, qui nous explique - ailleurs - que l'homme ne peut pas se passer de jouer : s'il ne joue plus, il s'ennuie. Le petit joueur vit dans le divertissement. Il a recours au service de l'industrie américaine de l'entertainment. Il perd son temps. Le grand joueur prend le temps au sérieux, il ne cherche pas à fuir, il se sait "embarqué". Il affronte le mystère de sa destinée personnelle. Si il ne triche pas, s'il ne se sert pas intempestivement de je ne sais quel "Joker !", il sort toujours gagnant d'avoir affronté ce mystère. C'est ce... grand jeu, sans Joker, que je vous souhaite à tous pour l'année nouvelle. Faites vos jeux ! Et Dieu misera sur vous.

Pour ceux que choquerait ma chute : "Dieu misera sur vous", ou pour ceux qui la trouveraient "racoleuse", je précise qu'en écrivant cela, je pense à... la grâce efficace. Dieu est un joueur. S'il mise, il n'échoue jamais. Il nous a fait à son image. Si nous acceptons de jouer nous ne pouvons pas perdre.

2011: les voeux du webmestre!

Bonne année, je vous souhaite une bonne, une excellente année 2011! voici pour vous. Et pour nous: 2010 a été un bon cru pour le MetaBlog. Notre audience varie selon l'actualité mais nous avons acquis une base stable. Pour certains d'entre vous le passage par ce blog est devenu une habitude. Pour 2011, je vous espère encore un peu plus nombreux. Il y a pour cela une moyen tout simple, c'est de s'inscrire pour recevoir nos mises à jour: Cliquez, entrez votre adresse, et validez.

Les adeptes de FaceBook peuvent rejoindre notre page - vous y êtes 50, ce n'est pas rien, mais enfin! le New Liturgical Movement compte 4.000 "amis". Sans viser ce nombre je me dis que nous avons une petite marge de progression. Merci à ceux qui nous ont rejoint, merci à ceux qui nous rejoindront. Merci surtout à ceux qui pourraient nous faire connaître à leurs 'amis' et nous faire entrer dans la vitalité propre à ce réseau. Les plus branchés nous retrouveront sur Twitter.

Argent, maintenant: Nous ne vous en parlons (presque) jamais, peut-être parce que financièrement ce blog est neutre: pas de pubs, pas de dépenses. Pas de rentrées, pas de sorties. Sachez cependant que le Centre Saint Paul (dont il est une émanation) a des frais, notamment de loyer. Sachez aussi que les dons donnent droit à reçu fiscal. Autrement dit (voir ici pour donner au Centre St Paul) quand vous donnez 30 euros, vous en récupérez 20 sur votre impôt sur le revenu... mais seulement si vous en payez. Merci à tous les donateurs de 2010, et de 2011.

Je finis par une demande plus personnelle, elle concerne l'abbé Berche. Son accident a eu lieu il y a près d'un an. Il continue de remonter (le chemin est encore long) et nous, continuons à prier pour lui!

jeudi 30 décembre 2010

La prophétesse Anne et le rôle des femmes dans le salut

Voilà un personnage dont le moins que l'on puisse dire est qu'elle apparaît dans l'Evangile comme une sorte de météore. Nous sommes au Temple de Jérusalem. Selon la Loi de Moïse, 40 jours après la naissance de l'Enfant, ses parents, Marie et Joseph le présentent au Seigneur. Au Temple, deux personnages attendent le Messie, un homme, Siméon, et une femme, Anne. L'un et l'autre apparaissent comme prophètes. Siméon c'est dans ses paroles : je vous renvoie au fameux Nunc dimitis que l'on chante à Complies : "Maintenant vous pouvez laisser aller votre serviteur dans la paix, parce que mes yeux ont vu votre salutaire, que vous avez préparé à la face des peuples, lumière pour la révélation faite aux gentils et gloire de votre peuple Israël". Pour une prophétie c'en est une, et sans doute encore au moment où ce texte a été écrit et mis en circulation ! Quelle annonce ! D'après plusieurs exégètes, il se pourrait que ce Siméon-là soit un ancien Grand prêtre qui avait exercé le Souverain pontificat pendant de longues années et qui vieillissait à l'ombre du Temple. Il est connu des premiers lecteurs du texte, ce qui fait qu'on ne songe pas à le présenter, comme on présentera Anne tout à l'heure, et il y a justement, un peu avant les Grands Prêtres Anne et Caïphe, bien connus des lecteurs de l'Évangile, un Grand prêtre nommé Simon, qui pourrait être notre homme. Il fallait sans doute être un ancien Grand Prêtre pour avoir ce privilège de vieillir dans le sanctuaire. Face au Messie, Siméon incarne le Temple. Il passe la main : Nunc dimittis...

Venons en à Anne. On ne nous cite aucune de ses paroles, mais elle est appelée "prophétesse" par saint Luc. Elle a en quelque sorte le même statut que Siméon. Avec une première grande différence : elle est femme. Rappelons que le Temple de Jérusalem - je veux dire le sanctuaire, naos en grec, le Saint, est un espace.... réservé aux hommes. Anne se tenait, nous dit saint Luc, "aux abords du sanctuaire" où elle vivait "dans le jeûne et la prière", étant veuve depuis plus de soixante ans. Elle aussi, elle attendait. Et les signes de cette attente sont qu'elle n'a pas voulu connaître un autre homme après la mort de son mari (ce propos de chasteté la rapproche du propos de virginité de Marie elle-même, tel que nous le montre le texte de l'Annonciation) et qu'elle vivait au Temple dans le jeûne et la prière. Elle n'est pas d'une tribu sacerdotale ou lévitique comme Siméon l'était sans doute. On nous précise : "fille de Phanuel, de la tribu d'Aser" : une pure israélite (comme le Christ le dit dans l'Evangile de saint Jean - Jean I - à propos de Nathanaël). Elle fait partie de ces anawim, les pauvres de Yahvé dont parlent déjà les Psaumes, qui à force d'attendre le salut promis, ont compris que Dieu, sa force, sa puissance, sa providence (sa grâce efficace diront les jansénistes et les thomistes avant eux) n'était pas seulement une Loi, mais vraiment le Centre de l'existence de chaque personne. Dieu n'est pas seulement celui qui confère une Justice issue de l'observance extérieure de la Loi. Il est vraiment le coeur de notre coeur, auquel on sacrifie sa vie par la chasteté, la pauvreté le jeûne et la prière. En cet instant, me semble-t-il, Anne représente toutes les religieuses du monde, qui sont des prophétesses par leur vie.

L'Enfant survient, avec ses parents, déjà passablement étonnés ["dans l'admiration"] de l'accueil qu'ils ont reçu de la part de Siméon. Et voilà Anne qui se met à "louer Dieu" et à parler de cet Enfant à ceux qui l'attendaient comme leur délivrance. L'observation de la Loi ne remplissait pas son coeur. Ce qu'elle attendait, elle, c'est le Salut. Salut est justement le nom de cet enfant, nom qui lui a été donné au huitième jour de sa naissance, selon l'ordre de Dieu. Jacqueline Genot Bismuth, dans un livre déjà ancien intitulé justement Un homme nommé salut insiste sur le fait que l'on traduit trop souvent Jésus par "Dieu sauve". Le prénom Yehoshua signifie effectivement "Dieu sauve". Mais ce n'est pas le nom que Joseph a donné à cet enfant selon l'ordre de Dieu. Yeho- est une forme "lisible" du tétragamme sacré que les Juifs ne prononcent pas. Le Christ ne s'appelle pas Yehoshua ; il ne s'appelle pas "Dieu sauve". Selon l'ordre de Dieu, il se nomme Yeshua : salut.

Salut ? C'est le nom propre de cet enfant, qui le qualifie dans ce qu'il est d'unique. Mais ce nom, avant même de savoir que c'était celui d'un petit enfant, - à l'image de Marie elle-même - , Anne fille de Phanuel l'avait conçu dans son coeur, à travers cette vie de retrait du monde et de privation. Ayant depuis longtemps conçu ce nom, au plus profond d'elle-même, ayant compris que l'homme ne se sauve pas lui-même, fût-ce par l'observation d'une Loi, si sainte soit-elle, elle attendait la délivrance du peuple de Dieu, une délivrance dont son genre de vie fait comprendre qu'elle en a saisi depuis longtemps la nature spirituelle - et non politique. Il était juste qu'elle reconnaisse cet enfant nommé Salut comme étant Celui qui délivre justement.

Et nous dans tout ça ? Eh bien ! si nous, nous ne parvenons plus à reconnaître le Christ comme celui qui sauve, n'est-ce pas parce que l'idée même de salut donné par Dieu nous fait horreur ? Nous voulons nous sauver nous-mêmes. Nous nous prenons tous pour "Yeshua", nous ne voulons pas que notre salut vienne d'un autre que nous-mêmes. Et c'est pourtant l'essence du salut, une essence que l'on peut expérimenter avant même la venue du Christ, comme l'a fait Anne de la tribu d'Aser, que d'être un DON venu d'ailleurs. Notre salut, nous avons tendance à l'oublier, comme les Pharisiens du temps de Jésus, ne vient pas de notre justice, de nos performances, de ce que nous soyons meilleurs que les autres. il vient de la sincérité de notre attente et d'une grâce de Dieu qui est forcément efficace, puisqu'elle nous transforme.

Notre salut vient de ce que nous savons attendre cette transformation nécessaire d'un autre, et que sachant cela, nous reconnaissons Jésus, l'homme nommé salut, comme cet autre.

La force de Siméon, c'est de nous le DIRE dans son Nunc dimittis : "Mes yeux ont vu votre salutaire" traduit saint Jérôme : salutare tuum. Il a raison. Ce salut n'est pas une abstraction, c'est une personne. On peut donc dire aussi (si l'on suit Jacqueline Genot-Bismuth) : "Mes yeux ont vu votre salut", en nous souvenant qu'un homme a été nommé "salut" : Yeshua.

La force d'Anne, qui manifeste l'étrange accointance existant depuis le commencement entre Dieu et les femmes, c'est de VIVRE cette attente, de nous montrer par sa vie comment c'est non pas la Loi mais Dieu même qui est devenu le centre. Bref c'est d'avoir conçu le salut avant de le recevoir.

En évoquant Anne, je parle de la complicité des femmes avec Dieu, cette étrange accointance. Il en a toujours été ainsi ! Voyez bien sûr Genèse 3, 15 : "Je mettrai une inimitié entre toi et la femme" dit Dieu au Serpent diabolique. Voyez aussi Gen. 4, 1 : "Adam connut Ève sa femme : elle conçut et enfanta Caïn, et elle dit : "J'ai acquis un homme, grâce à Yahvé". L'associé d'Ève pour la vie, ce n'est pas Adam, c'est... Yahvé lui-même. Et Ève s'exprime ainsi après et malgré le péché originel, cet acte d'orgueil qui lui a valu... la porte du Paradis terrestre. Vitalement, elle n'a pas totalement rompu avec Dieu. La vie, dont les femmes sont porteuses, est toujours l'ambassadeur de Dieu !

Anne, attendant dans le jeûne et la prière la délivrance d'Israël, est bien une fille d'Eve. Elle a deviné le salut, avant qu'il n'arrive et sa vie, depuis son veuvage intervenu "sept ans après sa virginité", a été une longue matérialisation de ce pressentiment.

mardi 28 décembre 2010

"L'orgueil est-il un péché de faiblesse?" - Abbé de Tanoüarn

Chers amis, voici une vidéo sur un sujet facile, histoire de me faire la main. C’est mon ami Laurent le coupable! Il m’a proposé de réaliser une série de petits films à mettre sur Daily motion, comme il en circule beaucoup sur le web. Encore un moyen de transmettre? Et pourquoi pas? Il a suffi que j’en parle à des amis restaurateurs libanais. Et nous voilà dans un cadre solide, ce n’est pas le Caveau de la Huchette, mais enfin pas très loin… Laurent filme impeccablement. Et l’on peut multiplier les courtes mises au point de ce genre, quitte à aborder parfois l’actualité la plus brûlante. Bientôt une vidéothèque du Centre Saint Paul sur Internet? Il faudra que l’abbé Baumann, l’abbé Neri et les laïcs qui le souhaitent viennent compléter la collection...

lundi 27 décembre 2010

Dans les diocèses: «… la relève n’est pas là …»

La Croix s’entretient aujourd’hui avec Marie-Françoise Godard, l’assistante sociale que le diocèse de Rennes emploie, «pour apporter une aide aux prêtres âgés». Il s’agit de les accompagner «sur le plan matériel comme sur le plan de leur santé». Et ce n’est pas une mince affaire : Les «500 prêtres» de 2001, ne sont plus que «340» mais leur moyenne d’age est passée de 69 à 74 ans. Une des missions de l’assistante sociale est d’établir un «tableau de bord trimestriel avec le nombre de prêtres actuel et prévisionnel, la pyramide des âges», qui aide l’évêque dans ses nominations. Vues les circonstances, celles-ci «deviennent plus difficiles».

Autre difficulté, pour les prêtres : Retraités «à 60 ans» pour les caisses de prévoyance, ils restent en activité jusqu’à 75 ans et peuvent alors «demander à être déchargés de leurs fonctions: ils sont alors ‘retirés’». Demande qu'ils ont du mal à faire: «le sacerdoce, c’est toute leur vie». Et «ils voient bien que la relève n’est pas là». Quitter leurs ouailles? mais pour les confier à qui! Se pose aussi la question des moyens financiers: «Pendant leur séminaire, on leur a dit qu’ils seraient toujours pris en charge». L’assistante sociale prend en compte leurs désirs, mais doit «voir avec eux ce qui est possible».

Certains diocèses font appel à des bénévoles pour cet accompagnement des vieux prêtres. Mais le métier  ne s’improvise pas, et les évêques commencent à recourir à des assistantes sociales professionnelles: «En 2001, nous étions six… aujourd’hui, nous sommes 14». Inévitablement, «le thème des prêtres âgés sera débattu lors de la prochaine Assemblée plénière des évêques à Lourdes».

Voici donc ce que dit l’article. Il témoigne de ce que l’Eglise de France s’évapore. Force est de constater qu’à ce sujet, un ricanement imbécile s'élève parfois de nos rangs: Il y aurait d’un côté les «conciliaires» qui n’ordonneraient plus grand monde -- de l'autre côté nos séminaires traditionalistes, qui seraient pleins.  Eh bien... c’est une erreur d’optique.

Prenez un diocèse classique: 20 ou 30 ordinations annuelles dans les années cinquante, 2 ou 3 aujourd’hui. Auxquels s’ajoute un jeune formé dans une Fraternité et ordonné «pour la messe traditionnelle». Nous, traditionalistes, pouvons nous réjouir: ce nouveau prêtre c'est «1 sur 4» voire «1 sur 3»! Dans le même temps nous reprochons aux «conciliaires» d’avoir décroché de 90%. A y regarder de plus près... c'est aussi imbécile et injuste que si des «conciliaires» nous objectaient que le sacerdoce sous sa forme traditionnelle attire aujourd'hui  un seul jeune, c'est à dire 20 ou 30 fois moins que dans les années cinquante.

L’Eglise de France ordonne une petite centaine de prêtres chaque année. Pour maintenir le clergé à 25.000 (étiage des années 70) il faudrait 500 ordinations annuelles. Nos séminaires traditionalistes ne sauraient à eux seuls en fournir plus qu’une fraction, quelque bonnes que soient les perspectives.

La souffrance de l’Eglise de France est notre souffrance.

dimanche 26 décembre 2010

[Laurent Tollinier - Respublica Christiana] Noël, naissance et renaissance


Le mystère de Noël a quelque chose d’un clair-obscur formidable et métaphysique. Ténèbres et lumière dans leurs expressions radicales! Devant la lumière éclatante de gloire divine qui accompagnait le message de l’ange, les bergers de la campagne de Bethléem semblent avoir perçu, avec leur faculté intacte d’émerveillement, la portée hors du commun de ce contraste lumineux : au cœur de la nuit la plus longue de l’année, en plein solstice d'hiver, le jaillissement de la « Lumière du monde», le Christ. Mais aujourd’hui, qu’évoque un tel contraste pour notre temps qui ne sait plus vraiment voir les symboles ? Certes, les scintillements qui animent nos villes à longueur de boulevards, les soirs de ce temps de Noël, manifestent encore un certain symbolisme et témoignent confusément de son origine, mais c’est en définitive sous un mode platement festif. Les guirlandes clignotent plus pour le consommateur affairé que pour l’homme face à son destin.

C’est pourtant à ce dernier que s’adressent le Créateur et les signes révèlant Ses actes. Au moment où naît Son Fils dans une modeste étable, cette opposition entre la lumière par excellence et la nuit la plus dense renvoie au « Fiat lux » de la Création. Tout commence et tout recommence par une lumière absolue surgie dans la nuit. Oui, la Nativité apparaît comme le second acte de cette Création. Dans un monde assombri par le péché et avec pour horizon certain la mort, « salaire du péché » (Rom 6, 23), elle constitue un nouveau départ.

En effet, l’avènement du Sauveur est une victoire sur la mort, excusez du peu. Cette naissance divine est riche d’une promesse inédite. Rompre le cycle fatal de l’alternance vie/mort dans l’existence de l’humanité. Mettre fin au mécanisme millénaire de la Chute, qui fait de la mort un mode de régulation du vivant. En suivant librement le Christ, l’homme retrouve son destin, à rebours de tout « être pour la mort ». L’Histoire prend un autre sens. Aussi, bonne nouvelle entre toutes, c'est bel et bien la renaissance de l’humanité urbi et orbi qui a débuté en cette vallée de la Mer Morte, dans la petite ville de Bethléem.

Laurent Tollinier