mercredi 9 février 2011

Un débat passionnant...

La formule du débat contradictoire fait peur ; mais en même temps elle attire. Ce soir, magnifique débat sur une des grandes machines de guerre de la propagande antichrétienne depuis les Lumières : la question de la violence religieuse.

Jean-Pierre Castel a écrit un livre qui porte sur la violence religieuse, mais d'une façon encore plus précise sur le fait que les chrétiens nie qu'elle puisse venir de leur foi. La thèse de notre invité pour ce débat est que l'unicité de la vérité produit mécaniquement la violence, avec le prosélytisme.

On peut se pencher sur des faits historiques, et l'on n'a pas manqué ce soir d'évoquer l'inquisition, les violences coloniales ou la répression antipaïenne. Y a-t-il en tout cela violence purement religieuse ? Difficile à admettre. Jean-Pierre Castel et moi, nous avions cinq minutes chacun et...le débat menaçait de s'enliser dans la banalité. Après ce duel, la salle avait la parole. Magnifique intervention de notre ami Kostas, sur l'inquisition : "En désignant quelques suspects, après enquête, l'inquisition française a évité les pogroms et la diabolisation de toute une population. Vu de ce point de vue, l'inquisition diminue l'intensité de la violence... par une violence très contrôlée. La salle vibrait. Le ton, libre, vraiment libre, était donné pour une soirée non conformiste.

Le débat est devenu plus passionné encore lorsque Jean Pierre Castel a souligné que la tolérance n'existait pas dans l'Evangile, mais qu'elle existait dans l'Empire romain.

J'avoue que j'ai été en dessous de tout : j'ai oublié la parabole du bon grain et de l'ivraie : "Laissez les pousser ensemble jusqu'à la moisson [la fin du monde], de peur qu'en arrachant la mauvaise herbe, vous arrachiez aussi le bon grain". Quel plus bel enseignement sur la véritable tolérance : la tolérance chrétienne et non pas celle de Mr Locke dans ses Lettres sur la tolérance, qui ne supporte, en matière religieuse que les opinions et qui refuse de tolérer les papistes parce qu'ils pensent détenir la vérité.

Je crois en tout cas que ce débat contradictoire a été de part et d'autre une belle illustration de ce qu'est la tolérance : le respect de l'autre et non pas la canonisation de toutes les opinions du moment qu'elles ne sont pas des dogmes.

Je voudrais sincèrement remercier tous les participants (dont certains lisent ce Blog) pour la qualité de chacune des contributions à ce débat. Jean Pierre castel m'avait dit son goût pour le débat sur l'agora. Au Centre Saint Paul, ce soir, nous étions sur l'agora : il n'y eut pas un mot plus haut que l'autre de la part de quiconque.

Je compte donner une suite, un mardi par mois, en continuant à organiser ce genre de débat contradictoire. J'ai déjà ma petite idée sur la prochaine fois.

mardi 8 février 2011

Benoît XVI : le tournant

Vous avez aimé le Ratzinger de droite [condamnation de "l'esprit du Concile" et Motu proprio libéralisant la messe traditionnelle] ; vous allez découvrir le Ratzinger de gauche [Assise III Parvis des gentils et retours sur le préservatif]... C'est le même. Je donnerai une conférence sur ce thème mardi prochain à 20 H au Centre Saint Paul, en reprenant un dossier paru dans le dernier numéro de la revue Monde et Vie. Un peu de débat en perspective. De quoi contribuer, en toute modestie, à l'intelligence de l'Eglise et au rayonnement de sa vérité (voir le post intitulé Dialogue).
 
Mardi 8 février 2011 à 20H15 : Benoit XVI, le tournant - par l’abbé de Tanoüarn - PAF 5€, tarif réduit à 2€ (étudiants, chômeurs, membres du clergé) - la conférence est suivie d’un verre de l’amitié.

[conf'] Demain mardi, un débat contradictoire...

Demain mardi, un débat contradictoire au Centre Saint Paul. Jean-Pierre Castel a écrit un livre publié chez L'harmattan, intitulé Le déni de la violence monothéiste. Les religions monothéistes sont-elles violentes? Excellente question! Mais plus précisément : Le christianisme est-il violent ? Pourquoi convertir ? Notre liberté n'est-elle pas... violentée par la revendication de vérité que l'on trouve à toutes les pages de l'Evangile. Jean-Pierre Castel le pense. Moi pas. Nous aurons donc un débat et ensuite une discussion avec le public (dont j'espère qu'il ne sera pas composé que de cathos!). En ces temps de Pensée unique, rien de tel qu'un débat contradictoire pour se réveiller les neurones! Pour les Parisiens, à demain, 20H15 au 12 rue Saint Joseph!
 
Mardi 1 février 2011 à 20H15 : «Le christianisme est-il violent? Oui… Non…» - débat contradictoire entre Jean-Pierre Castel et l’Abbé de Tanoüarn - PAF 5€, tarif réduit à 2€ (étudiants, chômeurs, membres du clergé) - la conférence est suivie d’un verre de l’amitié.

lundi 7 février 2011

A propos d'Assise III : un sondage dans le Parisien

36 % des Français croient en Dieu : C'était dans le Parisien-dimanche : deux pages dossier sous la houlette d'Anne-Cécile Juillet, à l'occasion de la prochaine sortie en salles d'un film de Anne Giafferi : "Qui a envie d'être aimé ?". Anne Giafferi, à la ville, est l'épouse de Thierry Bizot, dont elle adapte ainsi le livre "Catholique anonyme". Adaptation sensible et respectueuse, on s'en doute, puisque tout cela se passe en famille.

Je reparlerai sans doute du film, qui sort mercredi. Le livre m'avait paru d'une grande justesse de ton, malgré son titre énigmatique. Que nous dit-il ? Thierry Bizot, que j'ai eu l'occasion de rencontrer personnellement, a suivi pendant quelques mois la pédagogie du Chemin néocatéchuménal. Il commence par se moquer des quelques personnes avec qui il entame ces "stages" d'un genre nouveau. Et puis finalement il prend ou reprend goût à cet enseignement de la foi et découvre que cette foi, qu'il avait oublié un peu vite, il ne peut pas s'en passer.

Eh bien ! Le Parisien nous apprend que d'après un sondage réalisé sur un panel Louis Harris de 1051 individus, 36 % des sondés déclarent qu'ils croient en Dieu et 22 % affirment qu'ils se posent la question. 34 % déclarent ne pas croire en Dieu (ce qui est énorme) et 8 % affirment qu'ils ne se posent jamais la question. Cela fait 42 % des gens qui "résistent" à la foi.

Cela pose une question simple et même basique : la croyance en Dieu est-elle naturelle à l'homme ?

Si je réponds : oui à cette question, je suppose qu'un bon tiers de mes concitoyens est composé de... dénaturés ! Si je réponds : non, je suis obligé de concevoir que la croyance en Dieu n'est qu'une construction de la raison humaine, pas forcément fausse mais criticable, contestable comme tout ce que la raison construit hors de l'expérience sensible (Kant a bien expliqué cela).

Que me reste-t-il ? Dans le même sondage, 44 % des personnes interrogés déclarent que le sujet "est trop intime" et qu'"elles ont du mal à en parler". Je crois que ce détail peut nous mettre sur la voie. Si la religion est un sujet "intime", cela signifie qu'il touche non seulement la raison mais l'affectivité, le coeur. Je ne parle pas de je ne sais quel sentimentalisme ou de je ne sais quel "sentiment religieux". Avec le coeur, je parle d'une dimension constitutive de l'esprit.

Jean Laporte, interprétant Pascal explique que pour l'auteur des pensées le coeur est "l'organe" de la foi. Si tant de gens déclarent aujourd'hui avoir du mal à parler de Dieu, qui est pour eux un sujet "intime (sujet qui concerne aussi le monde entier) n'est-ce pas parce que, quoi qu'on en dise et même si on roule les mécaniques, ce sont les coeurs qui, aujourd'hui comme encore et toujours, sont touchés ou blessés par cette question ? (à suivre)

dimanche 6 février 2011

Assise III : le risque d’une nouvelle stratégie

Article paru sur Monde & Vie
Ça y est, c’est officiel : le pape Benoît XVI, nous l’annoncions dans notre dernier numéro, a fait savoir sa volonté d’organiser une grande réunion interreligieuse à la fin de l’année à Assise. Objectif : commémorer le geste de Jean-Paul II, convoquant pour la première fois une réunion interreligieuse dans la même ville d’Assise, il y a 25 ans. Quelle est la signification de cette annonce, faite en grande pompe le Premier de l’An neuf ?

La question de la signification de ce projet d’anniversaire se pose d’autant plus aisément que le cardinal Ratzinger passait pour l’un de ceux qui, dans la Curie de Jean Paul II en 1986, avait émis des critiques ou des doutes au sujet du bien fondé de cette convocation des religions du monde à « être ensemble pour prier ». On ignore bien sûr la teneur exacte de ce que se sont dit Jean Paul II et le futur Benoît XVI à ce sujet. Mais dans son ouvrage Foi, Vérité, tolérance, le pape régnant revient sur le dialogue interreligieux. Il est assurément critique sur ce chapitre, en soulignant le danger de relativisme inhérent à de telles tentatives, le caractère d’exception dont elles sont revêtues et en insistant sur les précautions à prendre (voyez l’encadré).

Pourquoi convoque-t-il une telle réunion, alors qu’il est si clairement opposé à la dynamique perverse que revêtent de tels gestes, non seulement pour ceux qui assistent à ces réunions, comme il le précise, mais pour tous ceux qui en sont informés d’une manière ou d’une autre ?

Il me semble qu’il y a deux explications, aussi importantes l’une que l’autre : une explication circonstancielle et une explication fondamentale. Les circonstances ne sont pas moins importantes que les raisons abstraites : ce sont elles qui les font venir au jour.

L’un des actes les plus controversés de Benoît XVI, c’est, à l’occasion de sa visite en Turquie, en décembre 2006, sa présence à la Mosquée bleue, où il s’est retrouvé dans une position de prière familière aux musulmans. Le Discours de Ratisbonne venait d’avoir lieu. Le pape avait évoqué le risque de violence inhérent à un certain islam. Il avait déclenché une tempête de protestations. C’était en septembre. En décembre il était à Istanbul. A l’époque, Mustafa Cagrici, Grand Mufti d’Istanbul et amphitryon du pape en la circonstance, avait déclaré à la presse turque : « La prière de Benoît XVI est encore plus significative qu’une excuse [pour le discours de Ratisbonne]. Avec sa posture [familière aux musulmans : mains croisées sur le ventre, les yeux fermés, les lèvres mi-closes], il a donné un message à tous les musulmans ». Benoît XVI lui-même, quelques jours plus tard, place Saint Pierre, avait expliqué ainsi sa prière : « En m’arrêtant quelques instants pour me recueillir en ce lieu de prières, je me suis adressé à l’Unique Seigneur du Ciel et de la terre, Père miséricordieux de l’humanité tout entière ».

Les circonstances et la doctrine sont ici mêlées : Benoît XVI, lors de ce voyage en Turquie, donnait des gages à la Bienpensance universelle, en montrant son aptitude au dialogue interreligieux, pour faire oublier la saillie de Ratisbonne. Mais en même temps, il élaborait, l’air de rien, une nouvelle doctrine et une nouvelle pratique de la prière interreligieuse (et non pas seulement multireligieuse, ce qui, dans la terminologie du pape, aurait supposé des lieux de prière différents), doctrine et pratique assez différentes somme toute de ce que l’on peut lire dans Foi, Vérité, tolérance.
Pour le cardinal Ratzinger, dans Foi, Vérité, Tolérance, on ne peut prier ensemble que si l’on a la même conception de Dieu. Pour le pape Benoît XVI aujourd’hui, on ne peut prier ensemble que selon une conception de Dieu qui nous est commune. Il a donc prié, avec Mustafa Cagrici, « l’unique Seigneur du Ciel et de la terre ». A ce jeu, je le signale, les chrétiens, qui ont la foi la plus compréhensive et la plus riche, sont toujours perdants : ils adorent le Christ, mais, nous dit-on, ils peuvent bien prier « le Seigneur du Ciel et de la terre »… en faisant abstraction du Christ. Inconvénient d’une telle pratique : on fait oublier que toute prière passe par le Christ, qu’il n’y a pas de prière agréable à Dieu sans le Christ. La prière est prononcée en son nom. Même le Notre Père, qui s’adresse au Père, on peut dire que c’est lui, le Christ, qui nous l’a apprise. Elle est d’une certaine façon sa prière.

Il est clair que la vérité chrétienne a beaucoup à perdre dans cette gesticulation programmée. L’abbé Lorans, dans Dici, généralise encore la crise doctrinale qui s’annonce. Il explique le lien étroit qui existe, dans la prédication pontificale, entre liberté religieuse et dialogue interreligieux. La liberté religieuse fait, en cette année 2011, le fond du « Message pour la paix », traditionnellement délivré par le pape le 1er janvier de chaque année ; et c’est en ce même premier jour de l’an que s’est faite, de manière hautement symbolique, l’annonce d’Assise III, relançant le dialogue interreligieux. L’abbé Lorans, réfléchissant à cette occurrence, écrit : « On voit comment s’établit, pour le pape, un lien étroit entre son Message pour la paix et l’annonce de sa présence en octobre à Assise, entre la liberté religieuse et le dialogue interreligieux, entre la laïcité et la paix. Cette paix doit être obtenue par la reconnaissance du pluralisme laïque, au nom de la liberté religieuse qui autorise le dialogue interreligieux. La Vérité révélée se trouve alors ravalée au rang des autres « convictions religieuses » ».

On peut penser ce qu’on veut des intentions du pape que nul ne connaît avec certitude. On peut se fier à ce que le cardinal Ratzinger écrivit en 2002 sur les difficultés d’un Sommet interreligieux (voir encadré). Mais il est clair que l’on ne maîtrise pas forcément toutes les conséquences de ce genre d’événements, par hypothèse ultra-médiatisé.

Et puis, s’il advient qu’au mois d’octobre prochain, toutes les religions se réunissent pour la paix, sans distinction de croyances et sans la moindre prière commune, comme certains le pensent ou le souhaitent, la question de l’islam coranique se trouvera à nouveau posée. Oh ! C’est vrai qu’elle ne se pose pas dans les pays occidentaux, pas encore. Mais en Égypte ? En Irak ? Au Nigéria ? Au Pakistan ? Aux quatre coins du monde musulman, cette question de la violence envers les non-musulmans se pose. Elle est posée par le Coran (voyez ne serait-ce que la sourate 9).

La tenue d’un sommet interreligieux n’a jamais été aussi difficile qu’aujourd’hui. Il ne peut plus revendiquer la nouveauté et l’audace. Il affronte une situation géopolitique extrêmement tendue. Il faudra au pape toute sa diplomatie, toute sa douceur, tout son courage et toute sa science pour que « le tournant » ne se termine pas dans un précipice…

Abbé G. de Tanoüarn

mercredi 2 février 2011

"Bons Prêtres & Mauvaise Impression"

Né en 1951, l’abbé Anthony Cekada a été ordonné en 1976 par Mgr Lefebvre. Il s’en est ensuite éloigné – l’abbé ne voulait pas adopter le missel de Jean XXIII (trop moderne!), il y avait aussi des divergences doctrinales. Concrètement, l’abbé Cekada est sédévacantiste, c’est-à-dire qu’il ne reconnaît pas Paul VI, Jean Paul I, Jean Paul II ni Benoît XVI comme papes de l’Eglise catholique. Le sédévacantisme est une opinion assez terrible qui n’est certes pas celle du MetaBlog. Je mentionne qu'elle est celle de l’abbé Cekada à seule fin de montrer qu’il n’est a priori ni libéral ni mou-du-genou. Or c’est ce prêtre, plutôt hardline, qui a écrit en 1994 un texte («Why Do Good Priests Leave Bad Impressions?») que j’ai envie de partager avec vous. Certains pourront le lire en anglais sur internet. Pour les autres voici un extrait, en traduction plus ou moins libre:
Quelle impression donnons-nous, nous les prêtres traditionnels, aux personnes qui se rendent pour la première fois dans nos centres de messe ? Pour en donner une idée, imaginons ce petit scénario :
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Imaginez que vous soyez un jeune laïc catholique avec une femme et deux petits enfants. Vous n’aimez pas ce que vous voyez dans votre paroisse locale, Saint-Teilhard. A peu près tout ce que vous y trouvez vient contredire ce que vous savez être l’enseignement catholique. … Vous en avez assez, et vous lisez une annonce pour une messe en latin traditionnelle. … Vous vous levez tôt ce dimanche, le centre de messe est à une demi heure, vous entassez dans la voiture votre femme qui est sceptique, votre gamin de 6 ans qui trépigne, et votre nourrisson qui s’agite – et c’est parti. – Vous entrez dans la chapelle, vous installez au fond. Un type pas très sympa arrive avec un napperon en dentelle, le jette à votre femme en disant «voilà !». La messe est prévue à 9H00, elle commence avec 15 minutes de retard, il parait que le prêtre terminait de confesser. La messe commence, vous êtes impressionné par l’aspect révérencieux du rite, mais vous ne comprenez pas ce qui se passe. – Le prêtre va à l’ambon, suivent toute une série d’annonces. Le prêtre explique qui est interdit de Communion, c’est long et compliqué, quelque chose à propos des baptêmes douteux, des mariages invalides et du Novus Ordo (késako?) – Il se lance ensuite dans un sermon qui attaque les «parents libéraux» qui n’envoient pas leurs enfants à son école, et reproche à tous l’insuffisance de leur soutien financier. Quel sermon! Ou plutôt, vous pensiez que c’était le sermon. Viennent l’épître et l’évangile en anglais. Apres quoi le prêtre s’embarque pendant 25 minutes dans une dénonciation du Novus Ordo (encore cette expression zarbi) et du pape (je pensais que c’était un type bien!), le tout ponctué par de terribles menaces qui toute personne liée à l’un ou à l’autre ira probablement directement en enfer. – A un moment, le prêtre s’arrête net et vous dévisage : votre nourrisson, sans doute, a fait un peu de bruit. …. Enfin, après 45 minutes à l’ambon, le prêtre retourne à l’autel. Vous êtes impressionné par le déroulement de la messe… jusqu’à la Communion. Vous recevez la Communion mais le prêtre s’arrête à votre femme : «vous n’êtes pas habillée comme il faut, et je ne vous donne pas la communion» lance-t-il. Ca vous surprend : elle porte un pantalon baggy et un chemisier à col haut sans manche – comparée aux femmes à Saint Teilhard, votre épouse s’habille comme la reine Victoria. Elle s’éloigne de la table de Communion. – Quand le prêtre finit par quitter l’autel, il est 10h40, une heure et quarante minute après le début théorique de la messe (vous apprenez ensuite qu’il ne s’agit que de la messe basse et vous vous demandez combien durerait la messe au nom menaçant de grand’) – Vous sortez, espérant attraper le prêtre et lui poser quelques questions. Dommage vous dit un responsable : il est déjà parti, en route vers une autre messe. Vous cherchez quelque chose qui vous expliquerait ce qui s’est déroulé. Sur un présentoir, tout ce que vous trouvez sont quelques vieux livres de neuvaines. – La plupart des gens vous ignorent, sauf une dame qui vous alpague. Après quelque brefs préliminaires, elle vous met en garde : le prêtre est un vrai monstre. Elle est rejointe par une autre dame qui tente d’être d’une grande aide pour expliquer la situation dans l’Eglise depuis Vatican II. Ça parle de soucoupes volantes, et du pape qui est en fait un robot contrôlé par un ordinateur du nom de ‘666’, à Bruxelles. Elle vous confie qu’elle a appris cela tandis qu’elle était prisonnière de David Rockefeller dans le donjon de la Chase Manhattan Bank. – Sur un jeu de mot vous quittez les lieux avec votre femme pour prendre un petit-déjeuner.
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J’aimerais vous dire que j’ai inventé ces horreurs pour illustrer mon propos – Hélas ! soit je les ai perpétrées moi-même à certains moment de ma vie sacerdotale, soit je les ai laissées avoir lieu dans les centres de messe que j’ai desservis, peut-être pas toutes le même jour, espérons-le. Nous, les prêtres qui célébrons la messe traditionnelle, nous exerçons parfois notre ministère sans trop nous soucier des laïcs catholiques «non-convertis» qui ne se satisfont pas de la nouvelle religion, mais qui ne savent pas encore trop que faire, en pratique. Ces âmes peuvent entendre parler d’une messe traditionnelle près de chez eux et décider de venir voir. Ils savent probablement que l’ establishment conciliaire nous considère comme des renégats. C’est un grand pas pour eux de pousser la porte d’une chapelle traditionnelle un dimanche matin. S’ils le font, ça peut être notre seule chance de les convaincre. Si ces nouveaux venus ont une mauvaise impression la première fois (que nous sommes sectaires, bizarres, etc.), nous ne les verrons plus jamais, à défaut d’un extraordinaire miracle de grâce divine. – Comment pouvons-nous améliorer cette première impression ? tout d’abord, les prêtres traditionnels devraient considérer ce qui se passent dans leurs chapelles du point de vue d’une personne qui assiste pour la première fois à la messe traditionnelle. Dans notre scénario, peut-être penser que ce père de famille va revenir ? c’est peu probable. Alors qu’il est parti d’un bon a priori envers la foi catholique traditionnelle et qu’il a fait un gros effort de son point de vue pour travailler la chose, à peu près tout ce qu’il a trouvé le dissuade d’aller plus avant. Les laïcs qu’il rencontre sont bizarres ou impolis. Il n’a reçu aucune information sur le déroulement. Il a entendu des règles bizarres exprimées de manière peu familière. Le tout semblant mal organisé. Les annonces et le sermon sont de longues tirades. Le prêtre humilie sa femme et ses enfants. Et le tout dure bien trop longtemps. Bref : tout lui indique de retourner à Saint-Teilhard. – Ce sont là autant de ratages en matière de communication, de bonnes manières, de bon sens et de charité. Le prêtre en charge d’un centre de messe néglige d’apporter l’information qu’il faut à un «converti» potentiel, ou permet qu’on le traite comme un lépreux.. [...]
Voici donc l'extrait du texte de l’abbé Cekada. Comme je sais que chacun d’entre nous peut avoir la tentation d’y aller de sa petite anecdote, et comme je pense que ce genre de choses ne s’améliorent pas via internet, je ferme ce message aux commentaires.