mardi 8 mai 2012

[conf'] Mgr Athanasios évêque des coptes d'Europe...

Mgr Athanasios, évêque des coptes d'Europe, sera ce soir à 20H15 au Centre Saint Paul pour nous entretenir de sa communauté. Il revient du Caire où il a participé à l'élection du successeur de Chenouda III décédé après quarante ans de règne. Il nous parlera des persécutions qui recommencent contre les coptes et de l'avenir de l'Egypte après le printemps arabe. Notre devoir de catholique est de manifester notre solidarité envers les coptes persécutés par l'islam coranique. La montée des frères musulmans et des salafistes dans l'Egypte d'après Moubarak peut signifier le pire pour les 10 ou 12 % de la population égyptienne qui reste des chrétiens très fervents.
Participation aux frais de 5€ - un verre de l'amitié prolongera la conférence.

lundi 7 mai 2012

Pour en finir avec la politique

Nous avons reçu un message d'Alina Reyes à propos de notre polémique sur le vote. Je vais y répondre parce qu'il va dans le sens de beaucoup d'entre vous. Elle conteste apparemment le fait que j'aie pu qualifier un certain public catho de "stagnant" et de masochiste :
"Parler de masochisme suppose d'avoir lu Masoch. C'est un bon auteur, mais il faut le comprendre. Rien n'est moins masochiste que le fait de ne pas aller voter, si on ne le désire pas. Rien n'est plus sado-masochiste que les relations des Français avec les urnes, avec la République : voyez la Révolution. Sacralisation de la res publica, anathèmes et guillotine. Réclamer des lois éthiques et continuer à vivre dans l'iniquité, l'hypocrisie, la fourberie. Le masochisme, c'est ce goût de demander aux pouvoirs temporels ce qu'on est impuissant à trouver et accueillir en Dieu. Une démangeaison qui n'en finit pas".
J'avoue que je n'ai pas lu La Venus à la fourrure et que je n'éprouve pas d'attrait pour les Domina en tous genres. Je ne connais pas bien la personnalité de Léopold de Sacher Masoch, qui s'est toujours élevé contre le "masochisme" tel qu'il est décrit par les médecins (dont Freud) en disant que cela ne correspondait pas à son idéal de vie. Quant à Alina Reyes, elle a écrit des romans érotiques, puis un livre important sur sainte Bernadette et les apparitions de Lourdes La jeune fille et la Vierge et ensuite plusieurs livres témoignages sur la manière dont elle a découvert la foi. Elle cherche aujourd'hui, autant que je le comprends, à faire partager son expérience spirituelle, ayant discerné dans l'esprit (qui n'est ni le corps ni la psyché) quelque chose comme la vérité de l'existence.

Apparemment nos préoccupations politiques l'ont choqué. Est-ce digne de chrétiens ? Voici ce qu'elle écrivait sur son blog il y a quelques semaines. Je cite ce qui s'apparente à une profession de foi :
"Dans une démocratie, c’est l’Opinion et l’état de fait des mœurs qui dictent leurs lois aux législateurs, pour le meilleur et pour le pire. Des chefs d’État factices comme ceux que nous voyons se succéder n’y peuvent rien. C’est justement pour cela qu’ils sont élus. Le peuple n’est pas plus bête que ses élites. Les uns et les autres forment l’aliment de leurs propres mensonges, esprits cannibales. Mais quelque chose est beaucoup plus puissant que tout ce monde : l’Esprit de vérité qui travaille l’histoire, laissant tomber le pire où il s’entraîne lui-même, ré-agençant les forces dans le monde, sauvant le vivable en l’amenant vers son nouveau visage, sa loi révélée. Vivants, notre vie, nous avons le pouvoir de la donner, et personne ne peut nous la prendre : soyons heureux, nous le sommes".
La perspective d'Alina Reyes, je l'appellerais volontiers augustinienne. Pour elle, il y a la politique ordinaire, qui est un double mensonge (des gouvernés au gouvernant et du gouvernant aux gouvernés). Alina Reyes n'a pas, comme certaine blonde, la tentation de canoniser le peuple (ou de "l'émanciper") avant même de l'avoir entendu. Elle remarque (et cela est typique d'un certain augustinisme... inconscient) que le mensonge du peuple et le mensonge du politique vont à la rencontre l'un de l'autre et se soutiennent, l'un alimentant l'autre.

Par ailleurs, en tant que chrétienne, elle en appelle à "l'esprit de vérité". Oui l'Esprit saint travaille dans l'histoire, il est l'unique facteur - facteur occulte - d'un progrès moral de l'humanité, sans cesse compromis, mais irréversible, qui repose sur la révélation de la personne (ou si vous voulez de la responsabilité du sujet) et sur la révélation de la charité (l'inverse du désir naturel : consommateur ou cannibale).

Ces deux perspectives sur le mensonge universel et sur le progrès inéluctable, l'une "pessimiste" et l'autre "optimistes" se complètent comme les deux vérités contraires souvent invoquées par Pascal. La vie est faite de ces vérités contraires... Comme disait Bossuet dans le même sens : "Il faut tenir les deux bouts de la chaîne" (Je ne résiste pas à dire qu'Eugène Green a magnifiquement filmé cette thèse des deux vérités contraires sans accomplissement dialectique, sans la trop fameuse fumeuse synthèse hégélienne, dans son film Le Pont des arts).

La politique est ainsi la chose la plus importante du monde, celle où se décide le bien commun (quelque chose de supérieur à notre petit bien propre). Les militants politiques sont parfois des saints par l'oubli d'eux-même dont ils font preuve... Mais la politique est en même temps la chose la plus sale et la plus artificielle. N'est-ce pas Machiavel qui disait que l'oeuvre des politiques consiste à faire croire. Il faut donc admettre la politique, mais dans son ordre, admettre l'importance de la politique, mais avec la vérité contraire qui nous permet de maintenir la politique dans son ordre et de ne pas demander aux politiques des choses qu'ils sont incapables de nous donner.

Décidément, il ne faut pas confondre l'Etat et la Providence, ne pas jouer à être le patron d'un Etat providence. Mais cette confusion n'est-elle pas tout un certain socialisme ?

Cette démarche "socialiste" (humaine trop humaine) de providentialisme laïcisé est-elle du masochisme, comme le suggère Alina Reyes ? Elle me semble en tout cas aussi artificielle que les jeux de rôle de ce bon Léopold. Aussi fausse. Rien pour le coeur, rien pour la vie. Il faut en finir avec cette politique là.

dimanche 6 mai 2012

Mgr de Germiny communique... pour le 6 mai

Juste pour ceux qui estiment que les prêtres n'ont pas à se mêler du devoir citoyen qui est celui de tous. Voici ce qu'explique Mgr de Germiny, évêque de Blois, à ses diocésains, et qui, par la magie d'Internet peut être communiquer aussi aux lecteurs de Métablog.
J’estime de mon devoir d’évêque d’appeler, une fois encore, les électeurs à être cohérents avec leur foi.

Blois, le 4. V. MMXII

Chers amis, bonjour.

Le mois de mai est de retour. Avec la nature qui s’épanouit, chacun peut se nourrir d’espérance, la favoriser, la faire aboutir.

Le mois de mai, c’est le mois de Marie qui culmine au diocèse de Blois avec la fête de Notre Dame des Aydes, le 24 mai.

Le mois de mai, c’est la période où beaucoup reçoivent le sacrement de confirmation pour devenir les apôtres capables de répondre aux défis de l’heure.

Le mois de mai 2012, dans notre pays la France, revêt une tonalité particulière à cause des élections présidentielles. A juste titre les enjeux socio-économiques ont été fortement exposés par les deux candidats demeurés en lice. En revanche, silence total lors du dernier débat sur les droits fondamentaux de la personne humaine.

C’est pourquoi j’estime de mon devoir d’évêque d’appeler, une fois encore, les électeurs à être cohérents avec leur foi et ce sur deux points non négociables :
  • Droit des personnes âgées, malades ou dépendantes d’être accompagnées et soignées jusqu’au terme naturel de leur vie, sans acharnement thérapeutique ni euthanasie.
  • Droit des enfants d’être conçus et élevés par un père et une mère.
Relisez les programmes et décidez-vous.
Ne succombez pas à la tentation du vote blanc.
Que votre non à une culture de mort soit non.
Que votre oui à l’amour de la vie soit oui.
Chers amis, à bientôt. 
+ Maurice de Germiny
évêque de Blois



Ce message n'est pas ouvert à commentaire, son auteur s'intervenant pas sur le MetaBlog.

vendredi 4 mai 2012

Voter n'est pas tuer...

Je me serais bien dispensé de répondre à ces quelques catholiques abstinents anonymes, clercs ou laïques, qui viennent à grands trémolos et petits effets d’érudition, nous prêcher l’abstention, mais je ne m’en sens pas le droit. Depuis que j’ai l’âge de réfléchir, j’ai lutté contre les syndromes du désengagement sous quelque forme que ce soit. L’élection de dimanche est un excellent prétexte pour continuer.

Je viens de lire un curieux appel à l’abstention, qui se termine sur une considération littéraire : « Quand on demande à Dieu la souffrance, on est toujours sûr d’être exaucé » disait Léon Bloy paraît-il. Je fréquente peu cet auteur hoquetant. Il est trop personnel pour qu’on puisse prétendre qu’il est intéressant – à moins d’être soi-même dévoré de subjectivisme. Cette fois, il a excellemment caractérisé le masochisme. Celui qui pousse le manque d’instinct jusqu’à vouloir avoir mal, il ne mérite pas que la vie le protège et que Dieu s’occupe de lui. Je crois que ceux qui n’iront pas voter dimanche prochain pourront se répéter cette phrase bloysienne. Elle définit parfaitement le comportement maladif de ceux qui ne font rien pour éviter le mal présent et qui seront les premiers à jouer les victimes hoquetantes – après.

Quand on ne sait plus distinguer le mal et le pire, c’est qu’on a renoncé à vivre. La vie propose constamment ce choix. Ne pas être capable de le poser s’apparente au suicide. Exemple ? il vaut mieux avoir trop chaud que mourir de froid. Il vaut mieux mal manger que ne rien manger du tout etc. Pour cette élection il y a d’un côté un libéral et de l’autre un libéral socialiste. Vouloir vivre, c’est choisir ce qui fera le moins de mal. Si vous pensez que le moins mauvais est le libéral socialiste, eh bien ! Votez donc libéral socialiste. Mais ne vous en lavez pas les mains ! Ca sent la mort.

Sur le Salon beige, c’est un clerc anonyme, qui se sert de sa cléricature putative pour exhorter à l’inaction. L’inaction est le réflexe séculaire des catholiques en politique. Il suffit d’encourager ce vaste public stagnant dans ses vieilles habitudes de consentement à tout et d’inaction résolue.

L’abstinent ne voit pas que le vote en démocratie c’est comme le salut en religion. On ne peut pas ne rien faire. Ne rien choisir, c’est encore choisir : choisir celui qui est donné pour majoritaire, le laisser accéder au pouvoir, en l’y aidant par son non-vote.

Pour effrayer le bourgeois et le forcer à rester chez lui dimanche (la solution la plus facile d’ailleurs), le clerc putatif et anonyme, convié par La Hire sur le Salon beige, nous raconte une histoire de nazi. Voter, pour lui, c’est comme tuer une petite fille pour ne pas provoquer l’exécution de 100 otages. Et omnes rigolaverunt. Puisqu’il s’agit semble-t-il d’un clerc, je peux bien parler le latin de cuisine qu’utilisent les clercs entre eux. Talleyrand, clerc et mondain, aurait dit, lui, en parfait français : « Tout ce qui est excessif est insignifiant ».

La comparaison, avec sa prétention à porter les choses à l’absolu, avec sa curieuse pratique de la reductio ad Hitlerum, voudrait nous faire croire que voter est un acte intrinsèquement mauvais. Mais voter est en soi un acte indifférent, d’autant plus que ne pas voter constitue un autre acte, tout aussi indifférent en soi. Je suis au regret d’avoir à écrire de pareilles lapalissades, mais enfin : voter n’est pas tuer. Tuer est un acte intrinsèquement mauvais, ce qui n’est évidemment pas le cas du vote. Quand on a à ce point perdu le bon sens, il est compréhensible de garder l’anonymat. Mais pourquoi polluer Internet et les réseaux de ses considérations pseudo-théologiques ? Et pourquoi citer Jean-Paul II et sa critique du conséquentialisme moral, alors qu’on ne sait pas soi-même discerner entre un acte qui peut être mauvais et un acte qui l’est intrinsèquement ?

jeudi 3 mai 2012

Si vous n'êtes pas polarisés par l'élection présidentielle...

...venez, samedi prochain, à 17H00, au Centre Saint Paul assister à une lecture concert : Edith Stein sous le signe de la Croix. Edith Stein est interprétée par Clémentine Stepanoff (qui joue en ce moment - dans le rôle titre - Ondine de Giraudoux au théâtre du Nord Ouest) et Marie Lussignol (qui tourne dans un film de Cyril Moreau, Insupportable).

Juive devenue chrétienne, philosophe devenue carmélite, déportée à Auschwitz et exterminée dans les chambres à gaz, Edith Stein, en religion soeur Thérèse-Bénédicte de la Croix, a porté le magnifique témoignage de l'exigence du Logos. Beaucoup cherchent la sagesse comme un refuge. C'est sous le signe de la Croix et de sa folie d'amour, sous le signe d'une quête absolue de la vérité et du salut qu'Edith Stein a accompli sa philosophie au Carmel. Interdite d'enseignement par les Allemands, elle répond à cette interdiction par un don total d'elle-même. Partant en déportation, elle déclare à nouveau qu'elle offre sa vie "pour son peuple". Elle a été canonisée par Jean-Paul II en tant que martyre. "Le combat entre le Christ et l'antéchrist est ouvertement engagé, écrivait-elle dans ses Cahiers, en s'exhortant elle-même. Si tu te décides pour le Christ, cela peut te coûter la vie".

Longtemps assistante de Edmund Husserl, le grand animateur du mouvement phénoménologique en Allemagne, elle a eu le temps de développer une philosophie de l'Absolue et une anthropologie du féminin.On sent qu'elle a longuement médité les leçons des deux Thérèse, la grande Thérèse d'Avila, dont la lecture avait provoqué sa conversion dès 1922 et la nôtre (qui n'est pas petite) : Thérèse de Lisieux Voici un texte d'elle, qui me rappelle invinciblement le Manuscrit B de L'histoire d'une âme. Souvenez-vous, Thérèse de Lisieux : "Dans le coeur de l'Eglise ma mère, je serai l'amour et ainsi je serai tout". Voici comment soeur Thérèse-Bénédicte de la Croix, philosophe et mystique, comprend l'exclamation de la jeune carmélite normande et la développe :
"Lève les yeux vers le Crucifié. Si tu es son épouse, dans la fidèle observance de tes vœux, son précieux sang sera aussi le tien. Liée à lui, tu seras présente partout, comme il l'est aussi. Non pas ici ou là, comme le médecin, l'infirmière ou le prêtre, mais sur tout les fronts, en chaque lieu de désolation - présente, dans la force de la Croix. Ton amour compatissant, l'amour qui vient du Cœur divin, te portera partout et partout répandra son sang précieux - qui apaise, qui guérit, qui sauve"
 "Tu seras présente partout" : soif du coeur qui aime. Comment être présente partout et à tous ? En étant avec le Crucifié. Il y a là comme une dimension cachée du psychisme : "Mes études en psychologie m'avait convaincue que la psychologie est une science qui en est encore à ses balbutiement" écrit-elle dès 1933 dans son un essai autobiographique (Vie d'une famille juive). A travers la Croix, soeur Thérèse-Bénédicte a certainement cherché cette dimension nouvelle, à travers laquelle nous sommes tous renés et recréés. Voici ce qu'elle en écrit dans une étude sur Thérèse d'Avila :
 "La grâce confère à sainte Thérèse la parfaite santé de l'âme, ce qui se manifeste dans sa sérénité inébranlable, face à laquelle les psychologues naturalistes, qui considèrent les grâces mystiques comme des états d'hystérie, voient leurs théories rigoureusement réduites à l'absurde"
Edith Stein est une de ces héroïnes de la Croix, qui nous rappellent cette dimension nouvelle à laquelle nous sommes appelés, au-delà des resserrements, des étranglements, des angles morts de notre psychisme. Entendre ses poèmes samedi prochain, cela signifie essayer de partager cet élargissement du champ de vision, qui nous fait voir les choses non comme elles nous paraissent, mais comme elles sont : Spinoza aurait dit Sub specie aeternitatis : sous l'aspect de leur éternité. Sommes nous capables de voir ainsi le monde sauvé par la Croix, ou bien nous résignons nous à la mort ?

Un dernier mot : les actrices ont tenu à ce que l'entrée soit libre...

mercredi 2 mai 2012

Si je votais pour un discours (deuxième tour)

Grand rassemblement populaire:
l'Esplanade du Trocadéro était remplie.
En ce premier Mai, j'ai fait l'effort d'écouter Nicolas Sarkozy jusqu'au bout (son talent m'a rendu la chose aisée). J'ai essayé de faire la même chose pour Marine Le Pen, je vous avoue que je ne suis pas parvenu à la fin de son propos. Je n'ai pas pu... Dans les deux cas, je ne parlerais ici que du discours, je ne discuterais que des textes entendus, ainsi qu'on m'a appris à le faire pour les grands auteurs. Je sais bien : la différence entre un auteur et un politique, c'est que l'auteur est tout entier dans son texte, le politique non. Aussi bien, je ne fais pas de politique, je ne chercherais pas ici à sonder les intentions, à spéculer sur les applications futures, à prendre la main dans le sac ces prestidigitateurs du verbe que sont les politiques en démocratie. Ce n'est pas mon problème, ce n'est pas mon métier. Mais je vais essayer de dire ce qui m'a frappé dans ces deux discours bleu blanc rouge.

Le premier, celui de Marine Le Pen était, autant que je l'ai entendu, un discours de gauche, avec référence dès les premières minutes à Jean-Jacques Rousseau. Citation : "Jamais on ne corrompt le peuple, mais souvent on le trompe". Le "peuple trompé", c'est un vieux classique de la Parole droitière : "Ah bas les voleurs !" criait-on en février 34. Mais le peuple qui n'est pas corrompu, le peuple incorruptible, c'est nouveau, ça vient de sortir, je veux dire : ça vient de sortir à droite.

Est-ce Marine Le Pen qui évoque le peuple en le qualifiant d'incorruptible, ou bien est-ce moi qui tire cette expression du mot de Jean-Jacques qu'elle ne fait, elle, que citer ? Certes, elle ne parle pas en propres termes du peuple "incorruptible", mais elle emploie une autre expression, qui y fait fâcheusement penser. A deux reprises, à deux moments différents de son discours (deux moments au moins), elle a évoqué "la grande mission d'émancipation du peuple" que remplirait son Parti. Le peuple trompé par l'UMPS, mais non corrompu, n'attend que Marine (elle n'emploie pas l'expression "Front national") pour s'émanciper et régner de nouveau.

Le populisme de Marine Le Pen, comme l'expliquait Frédéric Rouvillois dans Causeur, est ici un démocratisme de gauche. Quand elle tonne contre les communautarismes (islamiques en particulier), elle a raison. Mais c'est pour y substituer quoi ? Un communautarisme national, un populisme de contrat social. Il ne s'agit pas seulement, dans la vague Marine, de permettre aux institutions juridiques de recevoir et d'exprimer la protestation et la colère du peuple, comme on l'a toujours imaginé à droite. Non ! Il s'agit de constituer le peuple, de lui rappeler son incorruptibilité native, de "l'émanciper" et de lui rendre le pouvoir.

Nous fêtons le troisième centenaire de la naissance de Rousseau (1712), mais ce n'est pas une raison pour le réhabiliter dans un populisme mythologique, qui, mis en pratique, ferait courir à la France des risques insensés. J'ai écouté volontiers le discours de Marine Le Pen à Ajaccio, j'ai écouté volontiers sa prestation au Forum Elle de Sciences Po, et je me disais : quel talent ! (avec quelques bémols sur le fond quand elle parlait de l'avortement mais aussi un coup de chapeau pour avoir obligé tous les candidats à revenir sur "les avortements de confort"). Mais là je me dis que les hommes (et les femmes) les mieux intentionnées peuvent devenir des victimes de l'idéologie qu'ils développent. Marine Le Pen veut le pouvoir, elle le dit et le redit. Mais quel prix est-elle prête à payer pour cela ?

Quel contraste avec le discours républicain de Nicolas Sarkozy. Je sais, c'est un discours, et un discours de campagne, qui plus est. Mais ce qui est dit est dit : aux cathos d'en faire leur miel, pour peu qu'ils commencent à se bouger.

Le président candidat avait déjà parlé des racines chrétiennes de la France. C'était dans les murs de Saint Jean de Latran, à Rome, lors d'une cérémonie honorifique au cours de laquelle il recevait son titre de "chanoine du Latran" (titre attaché traditionnellement à la fonction royale, puis à la fonction présidentielle). Cette fois, les mêmes paroles ont retenti en plein vent devant des dizaines de milliers de personnes, qui ont applaudi à tout rompre. Les voici, en français dans le texte : "Nous avons reçu de nos parents comme un trésor des territoires où se dressent partout des cathédrales et des églises. Personne ne nous interdira de revendiquer nos racines chrétiennes".

Je n'en cite pas davantage, voulant m'en tenir à ce qui me concerne directement. Les chrétiens se laisseront-ils impressionner plus longtemps par le black out révisionniste sur l'histoire chrétienne de la France ? Un (petit) exemple récent : le sixième centenaire de la naissance de Jeanne d'Arc a été retiré de la liste des commémorations nationales, au motif que le sujet était... confessionnel. Il a fallu (déjà) la visite d'un certain Nicolas Sarkozy à Domrémy pour sortir Jeanne de son placard de sacristie.

Entre le boniment dont certains accents sont contre-révolutionnaires et l'imposture d'un populisme révolutionnaire... mon choix d'électeur est fait pour dimanche. Le vôtre ? Pour vous laïcs, un espace est à prendre.

Si j'avais, dans 20 ans, à faire entendre à des jeunes un discours authentiquement français, je crois que le discours de Nicolas Sarkozy conserverait des valeurs pédagogiques indéniables sur cette France qui nous unit, que nous avons tous en commun. Le discours de Marine le Pen apparaîtra toujours plus comme marqué au fer rouge de l'idéologie, son populisme étant une des formes de la révolution rousseauiste, de l'insurrection rousseauiste contre le réel. Encore une fois, je ne parle pas ici des personnes, mais des discours, dans leur objectivité dérangeante.