jeudi 28 avril 2011

Le web est grand – trop grand ?

A une époque l’information était rare, y accéder coûtait cher. Avec internet l’info surabonde, pour pas un rond. Le problème, il est nouveau, c’est qu’on s’y perd, d’un blog à l’autre. Pour le tradi, il y a une solution (ô combien partielle) à ce problème, c’est de cliquer sur leTradi - leTradi est un fil d’information qui publie les mises à jour de quelques blogs d’intérêt. Tenez, j’y suis passé tantôt, ça donne ça :
Un titre vous attire ? vous cliquez sur le lien rouge (typiquement : goo.gl/fb/…) et vous accédez au texte. A l’heure qu’il est, je ne sais pas si c’est un gadget inutile, où si à ça apporte quelque chose – le public en décidera, en appréciant (ou non?) leTradi.

mercredi 27 avril 2011

Divagations autour d'Harnack

En allant célébrer les obsèques de ma grand mère à Nantes, où le curé de Saint-Clément, en mémoire d'elle je crois, m'a servi la messe avec une extrême gentillesse, je me suis plongé dans un livre que je m'étais fait offrir mais dont j'ai longtemps différé la lecture, le Marcion d'Adolf von Harnack.

Chez ce protestant libéral d'origine luthérienne, vivant au début du XXème siècle, je trouve ce bel hommage rendu à la catholicité : "Jusqu'aujourd'hui, la tâche la plus noble des Eglises catholiques fut et reste de maintenir pour la religion chrétienne l'entière plénitude du capital religieux, surtout la complexio oppositorum (l'union des contraires), et ainsi cette universalité religieuse sans exemple. Toute l'histoire des dogmes s'est développé à partir de cette tâche [le garde le dépôt de saint Paul à Timothée] L'ordonnancement du culte et du système d'absolution s'est organisé en fonction d'elle. Tout ce matériau, à aucun degré de son développement ne pouvait devenir religion privée. Un individu si profond soit-il ne pouvait retirer de cet ensemble complexe antithétique que certains éléments susceptibles d'être utiles à sa vie intérieure. Il ne pouvait exprimer que respect et obéissance face à ce tout etc."

La thèse d'Harnack, c'est que Marcion, au IIème siècle, a schématisé et hellénisé ce prodigieux et multiforme dépôt, reflet de ce que saint Paul appelait "la sagesse de Dieu en sa riche diversité" et qu'en cela il s'est contenté de radicaliser Paul. Je crois que l'on peut démontrer aisément aujourd'hui à M. v Harnack qu'il n'y a pas de "christianisme pur" et que moins qu'un autre Paul, rabbin pharisien devenu messianiste, a succombé à cette tentation.

En le lisant, je pensais à l'extraordinaire coming out que nous a fait Bernard Bourgeois à la Sorbonne à l'occasion de cette manifestation qui s'appelle le Parvis des gentils. Voilà un hégélien comme il n'y en a pas ! Et son objectif est de rationaliser le christianisme en le faisant passer par les propylées de sa dialectique nécessitante. On ne sait plus, en l'écoutant attentivement, s'il vaut mieux admirer la conversion de ce grand métaphysicien hégélien ou détester ce passage de la foi dans la moulinette dialectique.

Rendre le christianisme clair et distinct, c'est la grande tentation de tous les temps, celle des Sociniens à la fin du XVIème siècle, celle aussi dans une certaine mesure du concile Vatican II. Ce genre d'adaptation simplification a toujours été un four. Voyez les chrétiens progressifs au début du XXème siècle : ils échouent. Voyez les intégristes, simplificateurs d'un autre genre, ils ne parviennent pas à se faire entendre dans les discussions "doctrinales" parce que ces discussions deviennent idéologiques.

La foi se réfère avant tout à ce qu'Harnack appelle "le capital" des traditions qui le mènent jusqu'à nous. S'en prendre à ce capital baroque des traditions catholiques, rationaliser, se fermer, n'accepter que tel aspect de la foi c'est sortir du christianisme réel.

mardi 26 avril 2011

[Rémi Lélian - Respublica Christiana] Leçon de blasphème

Certes, il est des blasphèmes, du moins des prétendus blasphèmes, qui en réalité semblent bien incapables de s’abaisser à la rigueur démoniaque que cette appellation nous suggère, et qui nous donnent des envies d’actes violents. Cependant, comme c’est déjà pécher que de pécher en pensée et que je répugne au sang versé, le mien comme celui des autres, fussent-ils mes pires ennemis, comme je sais que le Christ insulté ne dresse pas le glaive mais tend l’autre joue, je préfère m’adresser ici directement à l’auteur du désormais fameux « Piss Christ », auquel quelques chrétiens, justement échaudés par cette photographie nulle, viennent d’offrir une malheureuse légitimité. En ce qui me concerne, je préfère donc lui donner, par charité, une humble leçon de blasphème!

Premièrement, pour blasphémer, pour provoquer, il est important de s’adresser au plus grand nombre, d’agresser la majorité et de s’exposer au moins au risque de la ciguë - je n’ose dire à celui de la Croix… Pour ce faire, on conseillera à cet « artiste » en mal de rébellion d’infliger son mauvais goût à quelques idoles plus en vogue aujourd’hui qu’au Dieu de cette religion catholique méprisée, souillée tout le temps et partout, dont les disciples sont même assassinés s’ils n’ont pas la chance d’être nés ici - où ils sont simplement ridiculisés - et devant laquelle les seules représailles à craindre sont celles d’un coup de marteau sur un cadre de verre protégeant une photo. Bref, de préférer, pourquoi pas, aux adeptes du marteau sur la toile, ceux du couteau sous la gorge, par exemple !

Ensuite, nous rappellerons amicalement que pour bien commencer dans le blasphème, il importe de se savoir petit, et de commencer par le commencement avant de vouloir gravir les sommets. Pour la simple raison qu’en tant que Catholique, il me parait difficile d’aller plus loin dans le blasphème que Celui qui, scandale de Vérité, a vaincu la mort par amour pour l’humanité entière, y compris, et peut-être surtout, pour l’auteur du « Piss Christ ». Lequel devrait méditer la phrase de Celui dont il salit le symbole et qui, pour son plus grand bonheur, ne nous fait utiliser les barres de fer et les tortures d'école primaires qu’en pensée seulement, Celui qui proclame contre la loi du Talion : « Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ! ». — Petit joueur, donc, qui croit crawler dans le grand bassin, tandis qu’il n’approche même pas le pédiluve…

Je finirai malgré tout sur des encouragements qui n’engagent que moi et non les chrétiens bricoleurs au marteau léger, qui poussent notre ami sur la voie de l’autosatisfaction quand, comme nous l’avons vu, la route vers le véritable blasphème est encore longue à parcourir pour lui, ni les chrétiens que cette « œuvre » excrémentielle n’indispose pas et qui s’étonnent que les premiers, prenant maladroitement leur foi au sérieux, s’en indignent. Et, afin de conclure d’une phrase ces quelques conseils, parce qu’il n’est jamais bon de rester sur un échec, je dirai à notre impétrant en matière de blasphème : « Encore un effort pour être véritablement blasphématoire — connard [1]

Rémi Lélian

[1] On aura évidemment compris que cette insulte n’en est pas une et, qu’à l’instar du Piss Christ, elle vise juste à circonstancier les rapports troubles qu’entretiennent l’ironie et la colère, le tout bien entendu dans une perspective strictement artistique… De fait, j’ignore si Andres Serrano est effectivement un connard, comme lui-même ignore que le Christ est effectivement Dieu fait homme…

Le 1er mai : Jean-Paul II bienheureux

Longue émission ce soir sur Radio Courtoisie : 3 H sur toutes sortes de sujets religieux du Pisschrist à la béatification de Jean-Paul II. Henry de Lesquen aux manettes et comme d'habitude chez lui des perspectives larges et une culture qui me surprend (cette fois sur l'hindouisme et le bouddhisme à propos desquels... je n'ai pas été brillant ce soir).

Je voudrais revenir sur la béatification de Jean Paul II, à laquelle nous consacrerons une après midi, le 1er mai prochain au Centre Saint Paul. Avec Jeanne Smits, directrice de Présent, Luc Perrin, historien en Contemporaine, l'abbé Baumann et quelques autres (voir programme), nous allons essayer de comprendre de l'intérieur ce Pontificat. Vous êtes tous les bienvenus !

Notre premier effort sera de sortir des stéréotypes. Aujourd'hui on accuse un peu vite Jean Paul II d'être l'homme des médias, par opposition à Benoît XVI, que l'on imagine plus austère et donc plus vrai. j'ai eu la chance en allant à Radio Courtoisie de tomber sur Mgr Boccardo, l'ami de ce qui fut notre Maison de Rome... Il parlait de Jean Paul II qu'il a côtoyé longtemps, puisqu'il organisait les JMJ. Et lui insistait surtout sur les qualités spirituelles de ce pape. Jean Paul II est capable de prier, devant un million de personnes comme si rien n'existait autour de lui... Benoît XVI a d'immenses qualités intellectuelles, mais il n'a pas ça... Ca, c'était une grâce exceptionnelle pour un pape d'exception.

On peut reprocher beaucoup de choses à ce pontificat, qui, après la catastrophe atomique des années 70, est évidemment un pontificat de transition. Mais la piété de Jean Paul II, sa force personnelle, en particulier dans l'épreuve où il expérimente ce qu'il appelle lui-même "la douleur salvifique" paraît évidente.

Henry de Lesquen trouve qu'un pape béatifié par son successeur, cela ressemble à ce qu'on appelle aujourd'hui un conflit d'intérêt. Sans doute. Mais les béatifications et canonisations dans l'Eglise, avant Benoît XIV pape rationaliste, pape des Lumières, pape autour de 1750 qui fixa la procédure à ce sujet, étaient souvent très rapides. Quant au miracle retenu pour Jean-Paul II, la guérison de Soeur Marie Pierre, une Française atteinte de la même maladie que lui, un Parkinson détecté en 2001, il faut bien reconnaître que nous nous trouvons devant un signe sérieux. Comme dit ma consoeur et néanmoins amie Claire Thomas, dans le dernier numéro de Monde et Vie, "c'est une béatification sérieuse".

Il faut en parler. Certes il y a le numéro de L'Homme nouveau hors série, le numéro du Figaro Hors série et le petit brûlot de Monde et Vie, que je vous recommande vivement... Ce que je vous propose au Centre Saint Paul, dimanche prochain de 14 H à 18 H, c'est un véritable débat. En live, comme on dit aujourd'hui. Je crois que Jean Paul II aurait aimé.

On oppose Jean-Paul II pape moderne et Benoît XVI pape réac... je crois qu'il faut y regarder de plus près. En réalité, à certains moments durant son pontificat, Jean Paul II s'est trouvé diabolisé (je pense à sa visite en France à l'occasion du quinzième centenaire du baptême de Clovis). Il était d'ailleurs à ce moment là politiquement sur une ligne plus réac que Benoît XVI (voyez le discours de Benoît XVI à Westminster Hall, passionnant, mais très en deçà de la pastorale wojtylienne)...

Et en même temps Jean Paul II est le pape d'Assise, le sommet mondial des religions en 1986, tout ce que Paul VI, pape classique lui, mais dévoré par la mauvaise conscience, n'aurait pas osé imaginer. Bref il faut essayer de tenir la balance égale et de comprendre en profondeur, avec tout notre amour, ce qui est en question aujourd'hui pour l'avenir de l'Eglise, car parlant de Jean Paul II au Centre Saint Paul, nous ne cèderons ni à la facilité des discours tout faits dans un sens ou dans l'autre, ni au goût un peu morbide de la rétrospective (ce mot en toc) et nous réfléchirons à notre avenir, au visage de l'Eglise demain.

A-t-on le droit, en tant que catholiques, de parler librement du pape ?

J'aime beaucoup sur ce sujet le ton du Dictionnaire amoureux du catholicisme, récemment publié par Denis Tillinac chez Plon. Voici comment il définit la papauté : "Un long feuilleton historique fertile en tragédies, avec des épisodes picaresques, d'autres grotesques, du sublime, de la truculence, de la grandeur, du merveilleux à foison [la guérison de soeur Marie Pierre]. Plusieurs saints, pas mal de coquins durant les seize premiers siècles. Pérennité miraculeuse d'une Institution dont les fondements reposent sur une phrase de Jésus à Pierre ("Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise") Un bail de vingt siècles dans le chaos de l'histoire. Aucun notaire n'a enregistré cela, aucun auteur de science fiction ne l'avait imaginé".

Ne nous pressons pas de mettre la papauté immobile, dans le formol, comme quelque chose qui serait absolument parfait. La papauté, pour l'Eglise, dans les années 70 on disait que c'était une institution dépassée. Aujourd'hui on se rend compte que dans l'Eglise d'Occident c'est quasi la seule chose qui marche.

La papauté ? Mais c'est la vie. Son infaillibilité ? Ne soyons pas victime de l'esprit infaillibiliste de Vatican I. L'infaillibilité du pape c'est une ou deux fois par siècle : quand toutes les conditions énumérées dans la constitution Pastor aeternus sont réunies. Et quand ce n'est pas le cas ? Chaque chrétien doit être vis-à-vis du pape libre et fidèle. C'est notre programme le 1er mai prochain.

PS : Je vous rappelle que vous pouvez aussi venir dîner avec nous, pour fêter le 6ème anniversaire du Centre Saint Paul. C'est le même 1er mai prochain, et c'est aux Noces de Jeannette, rue Favard, à cinq minutes du CSP. Prix 25 euros par personne. Une seule remarque : réservez sans retard (même si vous payez plus tard) auprès de Micheline 06 10 27 53 16.

[conf'] "La transmission orale des Évangiles en langue Araméenne"

Mardi 26 avril 2011 à 20H15: "La transmission orale des Évangiles en langue Araméenne" - par le Père Frédéric Guigain - PAF 5€, tarif réduit à 2€ (étudiants, chômeurs, membres du clergé) - la conférence est suivie d’un verre de l’amitié.

lundi 25 avril 2011

[Michel Houellebecq / extrait] «...pour qui ne partageait pas leur croyance…»

«La carte et le territoire» est le dernier livre de Michel Houellebecq, paru en septembre 2010. Je vous  en cite les pages 98 et 99
[...] Plusieurs fois par la suite il avait repensé à ce prêtre, physiquement il ressemblait un peu à François Hollande, mais contrairement au leader politique s'était fait eunuque pour Dieu. Bien des années plus tard, après qu'il se fut lancé dans la «série des métiers simples», Jed avait envisagé à plusieurs reprises de se lancer dans le  portrait de l'un de ces hommes qui, chastes et dévoués, de moins en moins nombreux, sillonnaient les métropoles pour y apporter le réconfort de leur foi. Mais il avait échoué, il n'avait même pas réussi à appréhender le sujet. Héritiers d'une tradition spirituelle millénaire que plus personne ne comprenait vraiment, autrefois placés au premier rang de la société, les prêtres étaient aujourd'hui réduits à l'issue d'études effroyablement longues et difficiles qui impliquaient la maîtrise du latin, du droit canon, de la théologie rationnelle et d'autres matières presque incompréhensibles, à subsister dans des conditions matérielles misérables, ils  prenaient le métro au milieu des autres hommes, allant d'un groupe de partage de l'Évangile à un atelier d'alphabétisation disant la messe chaque matin pour une assistance clairsemée et vieillissante, toute joie sensuelle leur était interdite, et jusqu'aux plaisirs élémentaires de la vie de famille, obligés cependant par leur fonction de manifester jour après jour un optimisme indéfectible. Presque tous les tableaux de Jed Martin, devaient noter les historiens d'art, représentants des hommes ou des femmes exerçant leur profession dans un esprit de bonne volonté, mais ce qui s'y exprimait était une bonne volonté raisonnable, ou la soumission aux impératifs professionnels vous garantissait en retour, dans des proportions variables, un mélange de satisfactions financières et de gratifications d'amour-propre.

Humbles et désargentés méprisés de tous, soumis à tous les tracas de la vie urbaine sans avoir accès à aucun de ses plaisirs, les jeunes prêtres urbains constituaient, pour qui ne partageait pas leur croyance, un sujet déroutant et inaccessible. [...]