mardi 4 octobre 2011

Rectificatif

Jacques de Guillebon a dû reporter sa participation à la conférence ce soir sur Frédéric Ozanam. C'est moi qui vous parlerai donc ce soir à 20 H 15 au Centre Saint Paul de La démocratie chrétienne une idée neuve. Ca tombe bien : Benoît XVI en a parlé à Westminster House et tout récemment au Bundestag. Il y a vraiment du neuf ! Vous ne serez pas déçu.

lundi 3 octobre 2011

Rendre viste à l'abbé Berche

Micheline nous communique les coordonnées de l'abbé Alexandre Berche, victime en janvier 2010 d'un terrible accident.

MAS St-Jean-de-Malte (Maison d'Accueil Spécialisée)
60 rue d’Hautpoul, 75019 Paris
(la station de métro la plus proche est : "Ourq" ; ou le bus 75)
Tél : 01 53 19 21 21 (MAS) Tél. mobile : 06 12 61 12 73
Adresse courriel : alexandre.berche@laposte.net (son adresse sur Free n'est pas opérationnelle car il en a oublié le code d'accès).

Les visites se font du Lundi au Dimanche inclus, de 13h30 à 19h (19h est l'heure du dîner pris en commun avec les autres pensionnaires). Toutefois, il faut noter que : - du Lundi au Vendredi, de 15h à 16h30 : séances de kinésithérapie, - Mardi : l’après-midi est réservé à 3 activités (pétanque, kiné, sarbacane) donc pas de visite ; - le Mercredi de 17h30 à 19h : séance avec l'orthophoniste.

Attention : Le 11 Octobre prochain, la MAS St-Jean-de-Malte organise une journée au bord de la mer à Cabourg : il y participera et fera du char à voile ! Autre joie pour l'abbé Berche : il y a une piscine au MAS Saint-Jean-de-Malte, et il compte bien en profiter !

Important : S’il est accompagné, il peut sortir et aller se promener (par exemple, aux Buttes Chaumont très proches). VOITURE : Les visiteurs venant en voiture peuvent se garer dans le parking privé de la MAS, juste à côté de l’entrée principale (il suffit d’avertir la dame à l’Accueil pour l'ouverture).

jeudi 29 septembre 2011

Métablog fait un Mégabuzz sur la Porte Latine

J'aurais fait un mégabug dit l'abbé Patrick de La Rocque de la FSSPX. "Énorme bourde"? "L'affaire est en tout cas lourde de sens" explique-t-il d'emblée, sans présenter la moindre preuve à l'appui... J'avoue que je n'ai spontanément aucun goût pour le pilpoul théologique. Mais on me signale ce texte de l'abbé de La Rocque, en réponse à la réfutation du texte de l'abbé de Cacqueray paru il y a trois semaines sur ce blog (12 septembre). Ne disposant pas moi même d'un si long temps pour y répondre, je m'exécute immédiatement, n'ayant qu'un regret, c'est que ces pinaillages théologiques fassent passer au second plan notre projet de commémoration de la naissance de Jeanne d'Arc. Je cède aux arguties et délaisse un moment cette évidence chrétienne, qui animait la sainte et qui doit nous animer, nous, si nous voulons réussir notre vie, c'est-à-dire être des saints. Je vous renvoie donc en priorité au texte qui précède et dont vous retrouverez des résonances sur ce Blog tout au long de l'année.

Dans le texte publié le 12 septembre et intitulé Assise III : ceux qui crient avant d'avoir mal, je donnais entre autres une liste de cinq précautions prises par Benoît XVI pour que Assise III ne ressemble pas à Assise I. Vos lecteurs n'en sauront rien... Au lieu de me suivre dans l'interprétation claire et non forcée que je donne des paroles de Benoît XVI, vous voulez tirer de mes propos une doctrine de l'abbé de Tanoüarn sur les religions non chrétiennes. Le deal est ambitieux. A mon avis excessif. Mais enfin soit... Vous picorez à droite et à gauche pour reconstituer cette doctrine en... trois points (Aïe !).

Premier point : vous m'accusez de subjectivisme parce que j'aurais prétendu que le sentiment religieux de l'homme suffit à établir la présence d'une vertu de religion. Mais je n'ai jamais dit cela.

Vous donnez pour preuve de votre position une référence précise à saint Thomas : Somme théologique IIaIIae Q. 81 a3. Référence sans citation. La citation que vous ne donnez pas à l'appui de vos accusations, la voilà. Le corpus de l'article est tellement court que je peux le donner ici : "L'objet de la religion, c'est de rendre honneur au Dieu unique, sous cette raison unique qu'il est le principe premier de la création et du gouvernement du monde". Il me semble que loin de dénoncer avec vous mon prétendu "sophisme" subjectiviste, saint Thomas, invoqué par vous pourtant, va bien dans mon sens. Pour lui, la vertu de religion est une vertu naturelle, qui provient de la vénération que l'on a pour le Dieu créateur et providence, c'est-à-dire pour le Dieu accessible à la raison humaine, adoré par tous les hommes, ainsi que le répète Vatican I, et non pas d'abord pour le Dieu qui, historiquement s'est révélé en Jésus Christ comme le sauveur des hommes.

Vous m'accusez de "subjectivisme". Il n'y en a que dans votre tête. la vertu naturelle de religion, chez saint Thomas, est une relation entre l'homme et Dieu. Ce Dieu est le vrai Dieu, du moment qu'on le reconnaît, selon les pouvoirs de la raison humaine, comme créateur et providence. Tertullien explique par exemple : "Que vous le vouliez ou non, notre Dieu est le Dieu de tous les hommes. L'univers lui appartient" (Apologétique 24).

Deuxième point : vous m'accusez de "séparer l'ordre de la nature et l'ordre de la grâce ce qui est inacceptable" et vous avancez : "in concreto, chaque homme est placé dans un contexte surnaturel". Vous allez vite en besogne ! Jusqu'à l'hérésie ? C'est à voir.

Il est vrai qu'existentiellement chaque homme se trouve lancé sur le chemin de son salut. Mais cela ne signifie pas que sa nature ait disparu et ne doive plus être prise en considération. Seuls les gnostiques, pour lesquels la nature est mauvaise puisque matérielle) et les baïanistes (pour lesquels la nature est toujours pécheresse) ont pu soutenir cela. Comme le dit Cajétan, formulant admirablement l'orthodoxie catholique, actuellement, il y a une vérité de l'essence et une vérité de l'existence.
Vérité de l'existence ? Cette grâce suffisante donnée à chaque homme pour qu'il puisse se sauver, le plus souvent d'une manière que Dieu seul connaît. Cette grâce correspond à la vocation de chacun.
Vérité de l'essence ? Ce sont tous ces actes foncièrement naturels, ces actes de "la chair" (comprenez ces actes humains, trop humains) qui s'opposent à l'esprit (divin), ou qui, sans s'opposer à l'esprit de manière explicite, ne peuvent permettre de s'élever jusqu'à lui.
Dans cette dernière catégorie, je pose non pas tous les actes de la religion naturelle (car il existe un vice de religion et beaucoup de ces actes en dépendent : sacrifices humains etc.), mais au moins ceux que les hommes posent avec un coeur droit. Ce faisant, ils ne peuvent pas prétendre mériter leur salut, parce que les hommages qu'ils adressent à Dieu n'ont pas une valeur infinie. Ce sont des hommages purement humains. Ces actes naturels de religion ne sont donc pas méritoires pour le salut, mais, cela n'empêche, ils ne sont pas essentiellement mauvais, ils sont naturellement bons, et ils peuvent même avoir, vis-à-vis de la Miséricorde de Dieu, une valeur dispositive, qu'un Bon Pasteur pourra d'ailleurs discerner au cas par cas.

Sur ce point des rapports nature/grâce, vous avez des circonstances atténuantes, car les théologiens se sont souvent embourbés dans ces questions. Mais je suis surpris de constater que vous retrouvez les angles morts de la pensée du Père de Lubac et jusqu'au ton avec lequel il stigmatise sans cesse la "séparation" inacceptable des deux ordres. Quel paradoxe sous votre plume traditionaliste de retrouver ce ton ! Ce sont les avatars du baïanisme et de toutes les "antiphysies" que de nous balader d'un extrême à l'autre sans ancrage, de la négation de la nature [pseudosupernaturalismus disait le Père Garrigou] à la négation de la grâce et de la surnature [vrai naturalisme dirais-je].
Dans son livre testament, Mémoire et identité, Jean Paul II nous recommande, lui, de ne pas oublier la "nature", à laquelle on a fait si mauvaise presse depuis le Concile. En tant que thomiste, vous finirez par y venir, j'en suis sûr ! Et alors plongez-vous dans Cajétan. Je sais : ni Maurice Blondel, ni Lubac ne l'ont en haute estime. Mais il vous donne les instruments fins d'une ontologie respectueuse de la dualité fondamentale de tout sujet humain, à la fois essence et existence, nature et surnature, et se concevant comme une personne dans cette dualité non surmontable, qui fait notre statut de créature.

Et il y a un troisième point... Ce troisième point de votre critique vous inquiète, dites-vous... en m'assénant un passage de Mortalium animos, l'encyclique bien connu de Pie XI, passage auquel j'adhère sans aucun problème. Votre inquiétude repose en réalité sur la confusion que vous faites constamment dans votre papier entre les religions et les personnes, entre l'islam et les musulmans par exemple.

Benoît XVI répète à satiété que toutes les religions ne se valent pas. On a mis au pilon récemment 100 000 exemplaires de Youcat, parce qu'une "coquille" s'y était glissée, affirmant l'équivalence des religions. Le pape ne herche pas à rencontrer des religions (il ne vous a pas échappé que Benoît XVI avait même tenté de supprimé le secrétariat pour le dialogue interreligieux). Ceux qu'ils invitent sont des personnes, qui, d'ailleurs, en vertu de vos propres principes, se trouvent ordonnés à l'Eglise catholique, puisqu'ils sont comme nous tous, volens nolens, sur le chemin du salut ou de la damnation.

Dans votre premier point, vous faisiez déjà cette confusion "lourde de sens" dirais-je pour reprendre votre langage, entre les religions et les religieux. je vous cite : "Comment l'abbé de T. peut-il laisser entendre que les religions convoquées par Benoît XVI répondent à la définition de la religion naturelle?" Ce n'est pas ce que j'ai expliqué. J'ai simplement dit que Benoît XVI, au nom d'un pouvoir spirituel mondial, qui a quelque chose de maurrassien ou de comtien, entendait rappeler aux religieux, présents pour Assise III, le caractère normatif de la vertu naturelle de religion, au moins sous l'angle de la paix qu'elle doit promouvoir entre les hommes. Il ne s'agit pas, ni pour le pape ni pour moi, de dire que les religions "vérifient la définition de la religion naturelle". Bien sûr que non ! Le bouddhisme par exemple n'a pas une conception claire de Dieu... il n'est pas question de dire qu'il "vérifie la définition de la religion naturelle". Et on pourrait multiplier les exemples.

Patrick, vraiment là, où vous ne comprenez rien, ou vous voulez vraiment me faire passer pour un âne. Je dis simplement que le pape, en tant que souverain spirituel de l'humanité de facto a un rôle à jouer dans la pacification religieuse du monde, un rôle auprès des personnes, faisant appel à la vertu naturelle de religion qui est dans leur coeur, pour que cessent les guerres religieuses, guerre de l'islamisme contre le monde libre, guerre des Hindouistes contre les autres religions dans leur propre pays etc.

Il me semble avoir répondu clairement à votre mise en cause. Je vous reproche une fausse accusation de subjectivisme et une fausse référence à Thomas pour l'appuyer ; une théologie approximative de la nature et de la grâce, avec risque de pseudosupernaturalismus ; et enfin une confusion très dommageable entre les religions et les religieux, l'islam et les musulmans par exemple. Je suis tout à fait près à un débat public avec vous, au Centre Saint Paul ou ailleurs, à Nantes pourquoi pas, j'y ai d'excellents amis que je salue : à votre convenance nous pourrions nous retrouver sur ces sujets difficiles. Il me semble que la vérité n'avance pas masquée, qu'elle n'a pas besoin de se cacher dans des cénacles et qu'en un mot, comme dirait Pascal, "jamais les saints ne se sont tus". Quod in aure auditis, praedicate super tecta ! Dans cette discussion, nous pourrions contribuer à une critique constructive du Concile, ainsi que certainement le préambule doctrinal vous en donne le droit et nous préparerions l'avenir de cette Église que nous aimons, l'avenir qui n'est certainement pas Vatican II.

Vous parlez - c'est un peu mélo - de "ces confrères que nous avons aimés", comme si ce sentiment d'estime devait se conjuguer au passé. Quant à moi Patrick, je vous le dis, avec le seul bénéfice de l'âge : je vous ai eu comme élève en philosophie à l’École saint-Michel. Vous aviez déjà ce brio et cette audace qui sont les vôtres aujourd'hui. Vous êtes un bon combattant ! Acceptez de rentrer vraiment dans le débat théologique et vous verrez que Vatican II, texte flou, long, ambigu, est derrière nous et que, selon l'appel de Benoît XVI au n°19 de Spe salvi, l'essentiel aujourd'hui est de revenir au ressort profond de la foi, qui doit sauver non pas une chapelle crispée sur des thématiques mal verrouillées, mais tous les hommes de bonne volonté. C'est à cette tâche et à rien moins que nous conduit notre sacerdoce. Je vous le dis avec toute mon amitié.

Comment vivre 2012 avec Jeanne

Le MetaBlog reprend ce texte paru dans Monde&Vie

Chaque année qui vient nous réserve son lot de commémoration. Cela finit par devenir lassant. Mais en 2012, il y a un anniversaire que l’on n’a pas le droit de manquer, c’est le sixième centenaire de la naissance de Jeanne d’Arc. Ils l’ont brûlée vive, mais elle parle encore !
Irène Saint-Georges : L’association Avec Jeanne, dont vous êtes le porte parole, s’est donné pour but de rassembler les Français pour prier, réfléchir et s’engager avec Jeanne d’Arc, pouvez-vous nous la présenter?
Abbé Guillaume de Tanoüarn: 2012 sera une année politique. L’élection présidentielle en avril prochain polarise déjà l’attention et cache – comme un train peut en cacher un autre – les élections législatives qui suivront. A l’heure où la mondialisation est en crise, où les technostructures mises en place par une super-classe mondiale craquent de toutes parts, il est important que les Français puissent se recentrer sur ce qui est leur essentiel en tant que Français : la France. On a beaucoup glosé sur le slogan «la France pour tous». Il faudrait envisager l’attitude opposée: comment peut on tous s’unir… pour la France.  Les querelles inexpiables entre la droite et la gauche s’estompent, mais les Français sont loin de s’être réconciliés avec eux-mêmes. C’est que l’unité d’une nation ne s’effectue pas par un partage plus ou moins avantageux du gâteau commun, mais par la prise en compte collective d’un héritage commun. Il y a, au long de l’histoire de France, non seulement des journées qui ont fait la France, mais des hommes et des femmes qui ont incarné cette construction historique. Et parmi ces hommes et ces femmes, Jeanne d’Arc a une importance toute particulière. Or nous célébrons justement le 6 janvier 2012 le sixième centenaire de la naissance de cette petite paysanne, envoyée par Dieu dans la grande Pitié du Royaume de France. Un tel anniversaire, en de telles circonstances, cela ne se rate pas. Nous avons donc créé, sous la présidence d’Eric Letty, par ailleurs directeur de la rédaction de Monde et Vie, une association Loi 1901, l’association Avec Jeanne pour célébrer à notre manière cet événement.
ISG: Il existe déjà des défilés annuels ainsi que des messes en l’honneur de Jeanne d’Arc, n’est-ce pas suffisant?
GT: Pour marquer cet anniversaire, il ne faut pas céder à la «commémorationite» et se contenter de faire de l’histoire, comme si les faits, par ailleurs amplement documentés, qui constituent la geste de Jeanne d’Arc, étaient prescrits et ne nous concernaient plus que de loin, comme ces «faits historiques», dont on se contente de regarder le déroulement brillant ou noir dans le grand manège du temps. Rien de tel dans cette aventure! L’intervention de Dieu – à travers Jeanne – dans l’histoire de la France est une donnée immédiate, une donnée permanente de la conscience française. Cela est vrai d’ailleurs que l’on soit chrétien ou pas!

Pour marquer cet anniversaire, il ne suffit pas non plus de défiler, de discourir ou de pétitionner. Jeanne n’appartient à aucun parti. En ce sens sa vérité est universelle, en grec on dit : catholique. Son histoire est notre histoire et notre bien commun. Cette très jeune femme, morte à 19 ans après deux ans de campagne militaire, représente par sa destinée fulgurante tous les Français qui s’en réclament.
ISG: Que proposez-vous?
GT: Ce que nous proposons? Tout de suite, un site Internet pour mieux connaître la figure de Jeanne et donner un carnet des principales manifestations en son honneur. L’information est fondamentale dans ce domaine – l’histoire de Jeanne – où le révisionnisme, à base d’antichristianisme, a particulièrement sévi. Par ailleurs, dès la fin de cette année, nous voulons lancer plusieurs colloques de réflexion et de rencontre autour de Jeanne, pour faire mieux connaître l’élan qui l’a animée, en en prolongeant le mouvement jusqu’à nos jours. Si «l’histoire, parce qu’elle ne traite que du passé, est cette petite science conjecturale» dont parlait Renan, l’histoire de Jeanne peut encore se conjuguer au présent, autour de thématiques qui jaillissent aujourd’hui comme hier de l’évidence chrétienne. C’est ce que Benoît XVI a appelé récemment «le témoignage lumineux de Jeanne d’Arc». Nous parlerons sans peur, avec Jeanne, avec sa simplicité et sa franchise sans détour, de l’identité française, de l’héroïsme chrétien, du féminisme chrétien ou encore de l’immense trésor de culture que l’aventure johannique a inspiré jusqu’à nos jours. Cette veine n’est pas tarie; un film est en préparation sur Jeanne en prison. Nous voulons aussi nous retrouver dans des voyages sur les hauts-lieux de son combat. Et nous travaillons sur un projet éditorial pour garder trace de ce millésime exceptionnel.
ISG: Nous sommes en période de crise. Morale, politique, financière. En quoi Sainte Jeanne d’Arc peut nous aider dans cette traversée du désert?
GT: J’appellerais volontiers Jeanne d’Arc la Sainte de toutes nos crises. Elle démontre ce que peut faire une personne investie de l’esprit divin lorsque toutes les structures craquent, lorsque l’anarchie s’étale, lorsque chacun ne semble préoccupé que de lui-même, et cela alors même que ni son sexe ni son âge ni sa formation, ni son niveau social ne semblait la prédestiner au rôle politique qui fut le sien dans la France du XVe siècle. En cela, dans le prodigieux et l’harmonieux développement de sa personnalité au service de tous, elle a donné à chacun jusqu’aujourd’hui une leçon qui n’a pas fini de faire rêver les plus entreprenants d’entre nous. Elle a su prendre par la main la petite fille espérance dont parlait Charles Péguy. Encore aujourd’hui, face à tous les grincheux et à tous les hargneux, méditer avec Jeanne, c’est sentir s’éveiller en soi l’espérance. Mais ne peignons pas ce tableau trop en rose! Le plus touchant, Bernanos l’a bien vu, c’est que jamais elle ne donne l’impression d’être juste une superwoman, qui gagne à tous les coups. D’ailleurs durant le terrible procès de Rouen, à force d’interrogatoires, elle craque, dit ce que l’on veut qu’elle dise, reconnaît tout ce que ses accusateurs ecclésiastiques veulent qu’elle reconnaisse… Elle est elle-même en crise. Puis elle se reprend, revient à ses voix, retrouve son Conseil et finalement défie ses juges. Mais ce défi ne va pas de soi. Jeanne n’est ni une fanatique, ni une sainte de carton pâte. C’est une Française de 19 ans, fière de son roi, sûre de sa foi et qui n’a, par ailleurs, aucun goût pour la souffrance. Ce n’est pas un hasard si le sensible Jean Anouilh, dans L’alouette, imagine une Jeanne qui ne meurt pas. En réalité son histoire, qui témoigne de l’amour de Dieu pour les Français, n’est jamais finie. Nous voudrions comprendre comment elle continue par nous.
ISG: Comment peut-on vous aider?
GT: C’est la question cruciale. Pour que nous puissions entreprendre pour Jeanne, il faut que nous soyons soutenus. Je l’ai expérimenté depuis quelques semaines: fréquenter Jeanne, c’est l’aimer. Si vous voulez vivre cette année 2012 avec Jeanne, sur le plan spirituel, sur le plan de l’amitié chrétienne, sur le plan culturel… vous pouvez adhérer à l’association « Avec Jeanne », selon les barèmes proposés dans l’encadré ci-dessous. En tout état de cause, votre carte de membre vous ouvrira droit à 50 % de réduction dans les colloques que nous organiserons. Et puis nous avons quelques idées encore que nous vous dévoilerons au fil de cette année.

Jeanne d’Arc par Benoît XVI

L’un des aspects les plus originaux de la sainteté de cette jeune fille est précisément ce lien entre l’expérience mystique et la mission politique. Après les années de vie cachée et de maturation intérieure s’ensuivent deux brèves, mais intenses années de sa vie publique: une année d’action et une année de passion.
(…)
A la différence des saints théologiens qui avaient illuminé l’université de Paris, comme saint Bonaventure, saint Thomas d’Aquin et le bienheureux Duns Scot, dont j’ai parlé dans plusieurs catéchèses, ses juges sont des théologiens auxquels manquent la charité et l’humilité pour voir chez cette jeune femme l’action de Dieu. Les paroles de Jésus viennent à l’esprit, selon lesquelles les mystères de Dieu sont révélés à qui possède le cœur des tout-petits, alors qu’ils restent cachés aux sages et aux savants qui n’ont pas d’humilité (cf. Lc 10, 21). Ainsi, les juges de Jeanne sont radicalement incapables de la comprendre, de voir la beauté de son âme : ils ne savaient pas qu’ils condamnaient une sainte.
(…)
Le Nom de Jésus invoqué par notre sainte jusqu’aux derniers instants de sa vie terrestre, était comme le souffle incessant de son âme, comme le battement de son cœur, le centre de toute sa vie. Le «Mystère de la charité de Jeanne d’Arc», qui avait tant fasciné le poète Charles Péguy, est cet amour total pour Jésus, et pour son prochain en Jésus et pour Jésus. Cette sainte avait compris que l’Amour embrasse toute la réalité de Dieu et de l’homme, du ciel et de la terre, de l’Eglise et du monde. Jésus est toujours à la première place dans sa vie, selon sa belle expression : «Notre Seigneur premier servi».
(…)
Avec son témoignage lumineux, sainte Jeanne d’Arc nous invite à un haut degré de la vie chrétienne : faire de la prière le fil conducteur de nos journées; avoir pleinement confiance en accomplissant la volonté de Dieu, quelle qu’elle soit ; vivre la charité sans favoritismes, sans limite et en puisant, comme elle, dans l’Amour de Jésus un profond amour pour l’Eglise.
(…)
Que le témoignage lumineux de sainte Jeanne d’Arc, patronne secondaire de la France avec sainte Thérèse de Lisieux, soit un appel à aimer le Christ et à vous engager, avec foi et détermination, au service des autres dans la charité.

Extraits de l’audience générale du mercredi 26 janvier 2011.

« La vraie fin de l’histoire de Jeanne, la vraie fin qui finit bien, celle qu’on se redira toujours quand on aura oublié ou confondu tous nos noms, ce n’est pas dans sa misère de bête traquée à Rouen, c’est l’alouette en plein ciel, c’est Jeanne à Reims dans toute sa gloire… la vraie fin de l’histoire de Jeanne est joyeuse. Jeanne d’Arc c’est une histoire qui n’en finira plus ! ».
L’Alouette de Jean Anouilh

Plusieurs formules d’adhésion sont proposées : 15€ (moins de 15 ans), 30€ (simple), 50€ (foyer), 100€ (soutien), 150€ (bienfaiteur). On adhère en envoyant ses coordonnées (nom, prénom, adresse complète) à:
AVEC JEANNE
C/O Monde et Vie
23 avenue Rapp
75007 PARIS
06 75 84 88 63
Les chèques sont à libeller à l’ordre d’«Asso AVEC JEANNE».

mercredi 28 septembre 2011

Mieux que l’obéissance : Faire confiance à son évêque

Chacun remue ce qu’il peut! sur un forum catholique, le pseudo Grèzes entend montrer que la FSSPX serait «en contradiction avec la Tradition de l'Eglise». Il cite en appui une lettre du Cardinal Hoyos, reprochant notamment des «manques de charité» de la part de la FSSPX – Son Éminence cite comme exemple un texte de… l’abbé de Tanoüarn, qui écrivait que «le récent message du cardinal Sodano aux pèlerins de Paris à Chartres insiste deux fois en dix lignes sur l’obéissance aux évêques, sur la nécessaire docilité des catholiques traditionalistes à l’égard de leurs persécuteurs de 30 ans. Pour ceux qui s’imaginaient que Rome ouvrait grand ses bras, c’est un camouflet. Un de plus.»

Ce que ne cite pas Grèzes, c’est l’adresse de cette lettre («Cher Frère dans le Seigneur») ni sa formule finale («je vous reste uni et dévoué») ni sa date: 5 avril 2002 – les propos de l’abbé datant d’il y a plus de 10 ans. Mais peu importe: la question que je me suis posée en relisant ce texte, c’est : Comment des gens intelligents et de bonne volonté, ayant a priori les mêmes bases et le même but, peuvent-ils s’opposer autant alors même que leurs points de vue respectifs sont légitimes? – J’ai réfléchi, et je me suis dit que:

1. Il est perceptible en 2011 que Rome «ouvre grand ses bras», et ce depuis un certain temps. Pour autant, pouvait-on le savoir dès le départ? Permettez-moi une analogie: vous êtes à la campagne, un point apparaît à l’horizon. C’est votre vieil ami mais vous ne le reconnaitrez pas avant qu’il ne s’approche un peu… ou beaucoup. Cela varie d’une personne l’autre, selon la qualité des yeux (et l’état d’esprit) de chacun. Certains le reconnaitront à 600 mètres (bravo!), d’autres à 200, d’autres à 50 mètres. Quand il sera à 10 mètres, la plupart des gens auront reconnu le vieil ami – mais pas tous. Il est pourtant présent dans le paysage depuis le départ, mais vous ne pouviez le reconnaitre avant qu'il se soit approché – à 600, 200, 50 ou 10 mètres.

2. Reste la question des évêques. L’abbé de Tanoüarn ne peut pas (en 2001) constater autre chose qu’une certaine discrépance entre l’attitude de l’épiscopat d’une part, et de l’autre l’idée que Rome «ouvr[irait] grand ses bras» aux traditionalistes. Il en conclut (à tort, puisque dans les conditions de l’époque) qu’il n’y a pas d’ouverture.
Mais le cardinal Hoyos de son côté choisit de fermer l’œil sur le constat («évêques … persécuteurs de 30 ans») – et les propos de l’abbé sont effectivement «pas très respectueux»… une fois privés de leur objet. Sauf à se mettre tout le monde à dos, le cardinal Hoyos pouvait-il faire autrement que d’ignorer la partie sur l’épiscopat?
Qu’on me permette une anecdote personnelle – j’avais écrit à mon évêque, dans les dernières années du 20ème siècle. J’avais pensé malin de formuler ma demande dans les termes les plus neutres, demandant «quelle est la valeur des messes célébrées par les prêtres de la Fraternité Saint Pie X?». La réponse avait été rapide, crayonnée au dos de mon courrier froissé: «Quand on va à St Nicolas du Chardonnet on prend ses responsabilités. Vous êtes excommunié. Salutations». Un peu sceptique j’avais écrit à la Commission Ecclesia Dei pour lui demander de confirmer – ou d’informer? Mgr Perl m’avait répondu (outre la mise en garde contre les dangers de schisme et le rappel du motu proprio de 1988) «Faites confiance à votre évêque ; effectivement vous n’êtes pas excommunié, seuls le sont les évêques de cette communauté». Je cite de mémoire, mais c’était aussi clair et net – je m’étais alors dit qu’à Rome, on était vraiment très fort.

lundi 26 septembre 2011

Le christianisme selon Fra Angelico

Magnifique exposition sur Fra Angelico et les Maîtres de la lumière au Musée Jacquemart-André (158 bd Haussmann à Paris). Si vous aimez la peinture italienne vous avez déjà dû errer dans les salles italiennes du Musée, avec, en particulier le célèbre Saint Georges terrassant le Dragon de Uccello. On retrouve ce tableau dans l'exposition, car ce ne sont pas seulement des oeuvres de Fra Angelico que l'on nous montre, mais l'élan de toute une époque - le Quatrocento - vers la lumière.

De cet élan, Fra Angelico apparaît comme l'initiateur et le symbole. Né en 1400 à Florence, il meurt en 1455 à Rome. Il est dominicain, c'est-à-dire, surtout à l'époque, membre d'un ordre prestigieux, dont l'analogue pourrait être les jésuites... ou l'Opus Dei, si l'on cherche dans le contemporain. Un ordre symbole de la catholicité de son temps : "Qu'y a-t-il de plus furieux que ces Moines ?" demandait Erasme vers 1520, s'inquiétant du schisme luthérien et du fanatisme des Catharin, Prieras etc. qui multipliaient les condamnations. C'est frappant : il disait cela comme d'autres aurait dit : quoi de plus fou qu'une jésuitière ?

Seulement voilà : tous les dominicains ne se ressemblent pas ; il y a dominicains et dominicoquins... Savonarole (à la fin du Quatrocento) est un furieux, quand il prend le pouvoir et organise à Florence des "bûchers de vanités" où les femmes sont invitées à brûler ce qui fait leur gloire... Fra Angelico, lui, n'a rien à voir avec son terrible confrère. C'est un homme d'émotions. Vasari dans sa Vie des peintres, sculpteurs et architectes, dit qu'il ne pouvait pas peindre le Christ en croix sans pleurer.

Je pense que sa peinture n'était pas l'expression de cette émotion ni non plus son dérivatif, mais d'abord une manière pour lui d'y résister... en lui donnant forme et contour. Dans le christianisme, ce qui frappe l'Angélico, c'est avant tout les formes justement et les couleurs. Tout se passe comme si la vocation du christianisme était de donner sa couleur au monde.. Il y a les ors, les rouges, les bleus, autant de couleurs bien tranchées qui manifestent la beauté du monde et surtout la beauté des personnes, la beauté des saints qui sont dans le monde. Beauté qui n'est ni celle des visages ni celles des corps, mais celle des attitudes, empreintes de douceur, de réceptivité, de charité. C'est la vie - je veux dire la vie chrétienne - qui est belle pour Fa Angelico, et en particulier la vie monastique dans ces deux beaux tableaux de la Thébaïdes que l'on voit en début d'exposition. On a l'impression, souvent, à contempler ses tableaux, que les personnes s'estompent dans ce qui feraient leur singularité ou leur puissance individuelle... Ce qui reste, c'est leurs attitudes, c'est-à-dire leur coeur. Typique d'une telle reductio ad cor [qui nous change de la trop fameuse reductio ad Hitlerum], le beau saint Thomas d'Aquin que je ne connaissais pas : On dirait... un moine de Lagrasse...

Cette abstraction-là me semble typiquement chrétienne, elle est d'un saint, ou plus exactement d'un Bienheureux, car Fra Angelico a été déclaré bienheureux par le pape Jean Paul II. Toutes proportions gardées, je pense à l'art d'Albert Gérard, au Barroux. Il aime peindre la même abstraction, sans parvenir néanmoins à saisir le secret de la douceur des personnages de l'Angelico. N'était-ce pas l'ambition picturale d'Henri Charlier, si altière qu'elle peut inquiéter ?

J'avoue que tout en me laissant transporter par l'élan de l'Angélique vers la lumière, je préfère parfois tel de ses contemporains, disciples ou continuateurs immédiats. Vous me direz des nouvelles par exemple de la pièce n°32, la Vierge à l'Enfant de Giovanni di Francesco da Ravezzano : quelle personnalité cachée ! J'ai aimé aussi la force du Saint Françpis recevant les stigmates de Gentile da Fabriano (pièce n°15). Vous pourrez le comparer avec un tableau de l'Angélico sur le même thème (n°18). Il me semble que la palme va incontestablement à Gentile...

Suis-je iconoclaste ? Je ne le crois pas. J'aime trop les images. Mais je voulais souligner l'importance des continuateurs et suiveurs du Bienheureux, qui, ayant reçu du dominicain la lumière, y ajoutent une expressivité qui n'est pas monastique...

Dernier point : vous ferez attention, dans la dernière des huit salles au Christ bénissant, avec calice et patène. Cette oeuvre très abimée est de Fra Angelico. Elle montre combien la théologie catholique la plus profonde, la théologie sacramentelle en l'occurrence, n'est jamais loin des grandes réalisations du peintre. Représenter le Christ avec un calice et une patène, c'est affirmer que de manière invisible, la messe, chaque messe, est bien une continuité du Ministère du Christ. Et rien de moins.