C'est le titre d'un livre du Père Biju-Duval, paru en avril dernier aux Editions de l'Emmanuel. Je l'avait laissé passer. C'est un ami curé de paroisses qui me l'a indiqué, je l'en remercie. Attention ! Ce livre, que j'ai pu feuilleter est un livre de haute théologie, l'auteur revenant sur la doctrine - oubliée - du péché originel et ferraillant avec Karl Rahner sur la notion du "chrétien anonyme" [chrétien qui ne sait pas qu'il l'est et qui ne se reconnaît pas dans ce nom].
Je vous reparlerai de ce livre certainement essentiel quand je l'aurai lu (très vite : il me faut le temps de m'approvisionner) et j'en resterais pour ce soir simplement à la question qu'il pose publiquement... Comme on lance un pavé dans la mare : faut-il se soucier du salut des âmes ?
Beaucoup d'entre nous, obscurément, nous avons la "théologie de Polnareff" : on ira tous au paradis, oui, même moi. Il nous paraît invraisemblable que Dieu puisse s'abaisser à jouer les maîtres d'école, distribuant bons points et punitions. S'il y a salut... pour nous, il est forcément universel. Il touche tout le monde.
Réponse ? il me semble qu'il faut revenir sur la doctrine du jugement particulier. Il y a le jugement général, à travers lequel Dieu rétablit la Justice bafouée par les hommes pécheurs. Mais avant, il y a le jugement particulier. De l'autre côté du voile, chacun se retrouve devant Dieu. Pour lui dire oui et l'aimer éperdument. Ou pour lui dire non et le haïr. Cette haine, qui engendre logiquement la privation de Dieu (qu l'on appelle le dam ou la damnation), n'est pas quelque chose qui vient de Dieu, mais qui vient du pécheur. En enfer, il n'y a que des volontaires.
Et comme l'avaient très bien vu les Médiévaux aux Porches de nos cathédrales, les damnés ce ne sont pas forcément ceux qui ont vécu le plus loin du Christ (cet éloignement peut très bien être sans faute de leur part, que ce soit un éloignement géographique - au XVIème siècle on se posait gravement la question du salut des Américains - ou un éloignement idéologique : qui dira la barrière d'un certain athéisme culturel dans nos sociétés ?). Aux porches des cathédrales les damnés portent souvent tonsure et parfois même on distingue une mitre dans le tohu-bohu infernal. L'enfer est avant tout un état de l'âme qui refuse viscéralement Dieu, sa lumière, sa bonté, l'humilité qu'elle provoque chez ceux qui sont capable de l'aimer.
Saint Augustin (encore lui) a tout synthétisé. Il y a bien deux amour : un amour de Dieu qui va jusqu'au mépris de soi... Et un amour de soi qui peut aller (c'est l'enfer !) jusqu'au mépris de Dieu (cf. Cité de Dieu 14, 1).
Une autre citation ? "Nous combattons l'Eglise et le christianisme parce qu'ils sont la négation du droit humain et qu'ils renferment un principe d'asservissement humain" disait Jean Jaurès en mars 1903 (merci Serge pour la citation que l'on trouve sur le site athéisme.com).
Attention, je ne damne personne ! Les rodomontades de ce bas monde ne sont pas la vérité intérieure d'un individu, et Jaurès, Bernard Antony vient de le montrer dans son livre Jean Jaurès du mythe à la réalité (éd. Fol'fer), est quelqu'un d'éminemment complexe. Mais clairement cette révolte contre Dieu (ou contre l'ordre divin), qui provient d'un refus de constater notre impuissance métaphysique à nous autres pauvres humains, peut très bien caractériser l'état d'un individu, mis en face de Dieu et qui décide, avec toute sa vie passée, de SE préférer à Dieu.