lundi 30 septembre 2013

Le Centre Saint Paul se met en quatre

C'est la rentrée; au Centre Saint-Paul, il faut redessiner le dispositif et proposer du nouveau. Non pas par goût de la nouveauté, mais pour essayer de rejoindre les besoins des fidèles et les attentes de ceux qui cherchent obscurément à le devenir.

Nous proposons donc toujours cinq messes le dimanche (9H00, 10H00, 11H00, 12H30 et 19H00) et trois chaque jour (8H00, 12H30, 19H00), puisque nous sommes trois prêtres.

Le lundi, nous offrons à tous les débutants qui le souhaitent un vrai cours de latin. C'est à 19H30. Pour vous inscrire, il suffit de m'appeler (comme pour tous renseignements) au 06.15.10.75.82. Premier cours le 7 octobre.

Nous organisons des conférences d'actualité religieuse ou culturelle chaque mardi, avec cette année un fil rouge sur la mondialisation. Le 1er octobre je vous parlerai de la Rentrée littéraire sous le signe de la puissance du mal. Le 8 octobre, Jean-Claude Antakli viendra parler de Guerre et miracle en Syrie, en évoquant un miracle très récent. Le 15 octobre, comme chaque troisième mardi du mois nous organiserons une Table ronde sur la mondialisation. Premier thème : universalité catholique et mondialisme. Les conférences sont à 20H15.

Le mercredi, nous proposons quatre cycles de formation, revenant chacun une fois par mois. On peut donc s'inscrire à l'un ou à l'autre. Premier cycle, dont j'assume la responsabilité : la foi au jour le jour. Deuxième cycle : le mariage et la famille, sous la direction de l'abbé Baumann. Troisième cycle : Connaître la Bible sous l'égide de l'abbé Billot. Quatrième cycle : Maîtres et auteurs spirituels, où se succèderont des invités sous la direction de l'abbé Baumann.

Premier thème abordé dès le 2 octobre, fête des anges gardiens : le discernement spirituel, une école de vie. J'essaierai de montrer que la foi est cette liberté souveraine de l'amour qui pénètre toute la vie, en induisant une nouvelle perception des priorités quotidiennes.

Le jeudi, nous avons une heure sainte devant le Saint Sacrement

Le vendredi : nous proposons à l'instigation de l'abbé Billot, un cours de catéchisme pour adultes.

Le samedi sont organisés diverses sessions ou colloques.

Le dimanche à 18H00, précédant la messe du soir, l'abbé Baumann donnera un cours (trois fois une heure) sur la liturgie traditionnelle : comment la suivre et mieux la connaître ? Premier cours le 13 octobre. 

D'autres cours sont donnés, de grec, d'orgue, d'art de l'icône etc.

Le Centre Saint Paul n'est pas une paroisse mais un service culturel chrétien. Chacun est donc libre d'y venir, même s'il ne fréquente pas habituellement les offices et quelle que soit sa foi ou sa non-foi. Ces diverses activités sont gratuites, moyennant une adhésion de 20 euros, qui ouvre droit à toutes les activités. Pour ceux qui ne voudraient pas adhérer, les conférences sont ouvertes pour cinq euros (2 euros pour les chômeurs et les étudiants)

dimanche 29 septembre 2013

Demain Jeanne d'Arc

Chers amis, je veux partager avec vous ma joie : demain nous allons inaugurer à Domrémy la statue La vocation de Jeanne de Boris Lejeune. Certains d'entre vous ont donné pour que cette statue voit le jour : qu'ils en soient remerciés. Cette statue renouvelle complètement l'iconographoie johannique : au lieu d'une guerrière engoncée dans son armure, c'est une jeune fille qui s'élance et qui nous fait signe de la suivre. Non pas de la suivre pour elle-même, parce qu'elle serait la plus belle, mais de la suivre pour les combats de Dieu.

Comment peut-on parler de combats de Dieu ? demanderont certains d'entre vous. Les deux mots jurent. Ils sont incompatibles. Dieu ? C'est la paix... pense-t-on depuis les philosophes grecs : "Là tout n'est qu'ordre et beauté, luxe calme et volupté"... En sommes-nous si sûrs ? La raison nous rassure... Mais la foi ? "Je ne suis pas venu apporter la paix mais le glaive" avons nous lu ce matin dans l'extraordinaire rite que je célèbre avec joie. Dieu parfois nous sépare de ceux qui veulent vivre sans lui. Mais surtout Dieu nous sépare de nous-mêmes, comme par "le glaive de l'Esprit qui est la Parole de Dieu". Au lieu de nous laisser crever dans nos préjugés, dans notre moitrinerie, il nous aide à prendre toujours une distance par rapport à nous même (ce que nous montre très bien le pape François, insistant sur le discernement). Mais cette distance - il faut le dire - est vécue à un moment ou à un autre comme une coupure. Elle peut faire mal.

Jeanne n'a pu obéir à Dieu et extorquer à Baudricourt un cheval et une escorte qu'à partir du moment où elle a cessé de s'écouter elle-même. C'est pour cela qu'elle a eu besoin de ses voix : pour ne plus avoir à s'écouter elle-même. Sa raison lui disait bien qu'une jeune fille de 17 ans, dans le contexte de l'armée française, ça ne pouvait être qu'une fille à soldats. Son père le lui disait aussi. Elle a préféré ses voix et elle a délivré la France. Elle a appris à la France à être française. Tout ça ? Oui en vertu de la séparation qu'elle a su établir entre sa vie au souffle de l'Esprit et elle-même, ses légitimes aspirations, sa prudence, ce que lui disait le monde ce que lui criait son père.

Pour Charles Péguy (dans L'Argent suite) c'est ce qui fait de Jeanne quelque chose comme la mesure de la France. La France est française lorsqu'elle aspire à plus grand qu'elle-même. La France st française lorsqu'elle est conduite au combat par Jeanne d'Arc : "C'est dire que plus une bataille militaire est belle, militairement belle, plus elle est apparentée aux batailles de Jeanne d'Arc [qui sont des batailles "de vocation"]. Celui qui défend la France est toujours celui qui défend le Royaume de France. Celui qui ne rend pas une place peut être tant Républicain qu'il voudra et tant laïque qu'il voudra. J'accorde même qu'il soit libre penseur. Il n'en sera pas moins petit cousin de Jeanne d'Arc. Et celui qui rend une place ne sera jamais qu'un salaud, quand même il serait marguillier de sa paroisse (et quand même il aurait toutes les vertus)". Qui a été plus éloquent sur la France, notre bien commun à nous Français, non pas un sujet qui divise et idéologise, mais un amour qui rassemble. Cet amour qui rassemble tous les Français au delà de leurs appartenances idéologiques faisait dire à Péguy : "Valmy et Jemmapes sont les droites filiales de Patay [grande victoire de Jeanne sur Bedford]"

Mais je ne résiste pas à vous donner la suite du texte, même si il a moins de rapport avec ce qui nous occupe. Je crois quand même qu'il concerne aussi Jeanne, parce qu'il peut s'appliquer à chacun d'entre nous : "Et puis on s'en fout de ses vertus [les vertus de celui qui garde une Place]. Ce qu'on demande à l'homme de guerre ce n'est pas des vertus. Et ce que Jeanne demandait à ses hommes, ce n'était pas des vertus, c'était une vie chrétienne. Et c'est infiniment autre chose. La morale a été inventée par les malingres et la vie chrétienne a été inventée par Jésus-Christ" (qui n'était certes pas une petite nature : il suffit de regarder son image sur le Suaire).

Ce que Péguy a tant aimé en Jeanne ? Je me le suis souvent demandé. Pourquoi Jeanne ? Parce qu'elle manifestait dans sa geste la prégnance de Dieu, l'immanence du surnaturel sur notre terre ? Sans doute. Mais il y a une autre raison, une pensée de derrière. Laquelle ? Je crois que sa pensée de derrière sur Jeanne, c'est exactement ce qu'il est en train de nous dire là : Jeanne d'Arc n'était pas une grande observante de la morale bourgeoise, sinon elle ne serait pas allée aux armées avec ses dix-sept ans et son sourire : trop dangereux ! Elle aurait obéi à son père. Pourquoi a-t-elle désobéi ? Parce que l'Esprit l'a comme séparée d'elle-même d'une manière irrévocable. Sa vocation en elle a été plus forte que la précaution morale. C'est ce qui touche au coeur Péguy, c'est là qu'il se sent une fraternité d'âme avec la petite inflexible de Domrémy : lui non plus n'a jamais été un prudent. Il l'a payé assez cher sur le front en 14. Cette imprudence, c'était sa manière de dire à tous qu'il préférait sa vocation au courage, à la grandeur et au renoncement, plutôt que la morale de l'arrière et des planqués.

vendredi 27 septembre 2013

Le mystère du mal

A lire vos commentaires, je vois que certains ne comprennent pas l'article de mon camarade et néanmoins ami Joël Prieur. La question des serial killers est fondamentale, elle pose le Mal comme un mystère redoutable, un mystère d'endurcissement continuel, au-delà de toutes les motivations normales. Elle pose le problème non dicible de la puissance du mal. Puissance diabolique ? Pas seulement : puissance trop humaine.

Le serial killer sexuel qu'est Fourniret, d'après tous les témoignages, n'est au fond qu'un "peine à jouir". Ses crimes sont mentaux ou cérébraux d'abord et non pulsionnels ou fondamentalement sexuels. Il instrumentalise et scénarise le sexe, mais c'est une fantastique impression de puissance qui le fait tuer ses victimes dans les circonstances atroces que l'on sait, après avoir voulu les salir par tous les moyens. Le sexe est ici un moyen ou un lieu de son orgueil. Souvenez-vous que durant son procès, la seule fois où Fourniret sort de ses gonds, c'est lorsqu'il aperçoit la jeune chrétienne qui disait son chapelet dans sa voiture du tueur, dont les liens se sont défaits et qui a pu lui échapper. Il ne supporte pas... son échec ! Le coup est trop dur pour son mental de taré. De la même façon, lorsque l'on tue 69 ou 77 personnes, après une préméditation de 9 ans et en ayant consulté tous les cas de serial killers existant pour "faire mieux qu'eux" (en quoi Breivik a réussi d'ailleurs), même si on est possédé par la pire des idéologies, le crime est d'abord une monstrueuse transgression personnelle qui implique un extravagant culte du Moi. On peut fantasmer sur les vikings armés de hache et qui de temps en temps tueraient tout le monde pour se refaire une santé, on peut mettre en cause les brumes du nord ou les idéologies mortifères (et qui le sont en réalité, il ne s'agit pas de le nier, comme la brume est brumeuse) : le problème de fond n'est pas là. Le problème vient d'un sentiment de toute puissance qui envahit la personne. Ce n'est pas de la haine d'ailleurs. C'est simplement du mépris. Un mépris incommensurable, alimenté par l'idéologie.

Dans l'Ancien Testament, le mal est constamment présenté ainsi : "Dieu endurcit le coeur de Pharaon" (Cf. Exode 4, 31, 7, 3 etc.). Cet endurcissement d'ailleurs n'est pas le fait de Dieu, qui n'a que patience pour le pécheur, mais il marque que le péché, d'abord simple faiblesse, devient vite, dans une logique subjective qui nous échappe, rébellion et révolte. Comme dit saint Jean, le péché (amartia) c'est l'iniquité (anomia) (I Jean 3, 4). La faiblesse initiale (amartia) rencontre, finit par rencontrer l'ivresse de la transgression (anomia), et voilà l'endurcissement [sur l'importance de l'endurcissement comme concept biblique voir l'article de Xavier Léon Dufour dans le dictionnaire biblique. Une autre formule de Jean marque le caractère comme infinie de la logique pécheresse, logique de transgression et de révolte : "Celui qui commet e péché est du diable, car le diable est pécheur dès le commencement". Oh ! évidemment soi on lit ces textes dans une perspective d'actualisation, on peut très bien les considérer comme négligeables. Mais si on les lit comme inspirés par l'Esprit saint, si on les scrute, ils ont un sens caché, qu'il ne faut pas se cacher. Et ce sens, c'est que l'on ne joue pas impunément avec le péché. Je ne dis pas que nous devenons tous des serial killers. Mais je dis que si nous n'y prenons pas garde, nous allons toujours beaucoup plus loin dans le mal que nous ne l'aurions voulu. "Celui qui commet le péché est esclave du péché" dit Jésus en saint Jean. Celui qui pense que le péché, "c'est pas grave", risque, à son corps défendant (disons à son coeur défendant) de se laisser entraîner beaucoup plus loin qu'il l'aurait voulu, un péché en amenant un autre, en quelque sorte.

Cette puissance du mal, nous avons... du mal à l'admettre parce qu'elle n'est pas rationnelle. Mais nos choix moraux sont ils réductibles à la raison raisonnante ? Descartes ne le pensait pas. Il semble en effet que le choix du bien relève  d'une intelligence plus profonde que la raison, non pas l'intelligence qui démontre par des principes supérieurs (y en a-t-il, des principes supérieurs au bien ? ) mais l'intelligence qui médite et qui prie, l'intelligence habitée par "cette lumière qui éclaire tout homme venant dans le monde". C'est cette intelligence là qui, si elle ne s'ouvre pas au bien, s'endurcit dans le mal, d'une manière parfois simplement effrayante, en prenant le Moi pour sa lumière personnelle et son dieu.

mercredi 25 septembre 2013

Anders Breivik : après le sang

Mon alter ego Joël Prieur a pensé que ce texte, publié dans Minute la semaine dernière, vous intéresserait. Nous en reparlerons mardi 1er octobre au Centre Saint Paul  à 20 H 15, durant ma conférence sur la Rentrée littéraire.
L'ïle d'Utopya: rien ni personne
n'y arrive jamais (normalement).
Nous sommes le 22 juillet 2011 en Norvège : deux actions ont lieu le même jour. Deux faits divers mais tragiques : l’explosion d’une bombe de 1100 kg au cœur de la Ville d’Oslo. Huit morts mais on n’a pas encore fini, aujourd’hui, de relever les ruines produites par l’explosion ; puis une fusillade dans l’île d’Utoya, où avait lieu la traditionnelle Université d’été des jeunes travaillistes : 69 morts. C’est le plus important massacre opéré par un seul homme. Son nom ? Anders Breivik.

Richard Millet avait écrit un contestable Eloge littéraire d’Anders Breivik… Ce n’est pas cette perspective qu’épouse Laurent Obertone dans Utoya. Il ne s’agit pas d’un éloge, même littéraire. Le brillant auteur de La France orange mécanique, cherchant à explorer les conséquences sociales du multiculturalisme cultivé en France, a sans doute découvert dans ce jeune Norvégien de 32 ans qui a tué en une journée 77 personnes l’un des cas clinique de la destruction psychique qu’opère notre société désarticulée sur ceux qui croyaient en ses valeurs. Avec cette plume qu’on lui connaît, il ne nous fait grâce de rien : ni des arguments racialistes de Breivik se prétendant chevalier du Temple et défenseur de l’Occident blanc, ni de la mégalomanie du personnage, de sa farouche volonté de puissance, de son fantasme – devenir celui dont tout le monde parle - et de l’isolement psychologique dans lequel il l’enferme. Vous prenez toute cette enquête dans la figure. Sans trier. Elle commence ainsi : « Quand je pose le pied sur le quai, l’île s’empare de moi… » Et vous vous demandez : qui parle ? L’auteur ? Le tueur ? Vous mettez quelques minutes à comprendre qu’Utoya de Laurent Obertone se présente comme un journal tenu par Breivik. Notre auteur a compulsé les premiers interrogatoires, ceux dans lesquels Breivik se souvient de tout et raconte chaque meurtre, à sa manière, brève et directe, ne nous épargnant ni « le panache de cervelle jaune et rouge » qui jaillit après un tir à la tête, ni « la paresse, la résignation et la minable estime de soi » des victimes désignées. On est dans la tête du tueur, on vit à son rythme, au gré de ses obsessions. On l’entend répéter : « Tuer, ça donne du pouvoir ». Quand il réalise qu’il en est à 69 morts sur l’île, il se salue lui-même : il est le commandeur des Templiers. Plus question de prendre le moindre risque. Commandeur, il doit le rester. Les policiers sont sur l’Ile. Il faut se rendre sans casse. Pacifiquement. Parce qu'il faut vivre après tous ces morts pour jouir du pouvoir qu’ils vous confèrent dans l’imagination de ceux qui vous regardent. Surtout ne pas céder à l’emballement de la mort, et comme tant d’autres à la place d’Anders, à la fascination du suicide.

Dans cette enquête, on apprend que Breivik est un pur produit de la société qu’il dénonce, mais qui l’a fabriqué. Il est fils de travaillistes, ses parents ont divorcé, il vit très mal le départ de son père ; entretient une relation qui a dû être fusionnelle avec sa mère, chez qui il habitait encore un an avant le drame, à 30 ans passés ; considère les femmes avec suspicion et mépris ; passe parfois seize heures par jours dans des jeux de rôle sur Internet ; est un geek assumé ; possède une dizaine d’adresses Internet et plusieurs compte en banque ; a fait beaucoup d’argent ; a (presque) tout perdu en Bourse ; se passionne pour son apparence physique ; fait du body-buiding sans exclure le dopage aux stéroïdes ; se glorifie d’un QI très supérieur à la moyenne, cultive un antichristianisme très ordinaire et ne veut à aucun prix passer pour un raciste, raison pour laquelle il tue des Blancs, lui qui dénonce l’islamisation de la Norvège… Laurent Obertone nous donne tout cela au fur et à mesure de l’enquête dans laquelle on découvre qu’Anders Breivik n’est pas d’abord ce qu’il prétend être : le produit d’une idéologie mortifère, « d’extrême droite », mais plutôt, comme en témoigne le spécialiste Stéphane Bourgoin dans sa préface, un serial killer peut être un peu plus intelligent et surtout encore plus moitrinaire que les autres. Il aura porté neuf ans son dessein assassin. Neuf ans de préméditation dont le principal sujet est : comment devenir quelqu’un. Et la réponse : en en supprimant quelques uns ; au dessus de 50, l’acte aura forcément une notoriété planétaire remarque-t-il en lui-même. Oh ! Il n’a pas de haine pour les autres, non, aussi surprenant que cela puisse paraître, mais seulement un mépris vertical pour ce qui n’est pas lui, ce mépris pour « la viande » que l’on retrouve chez les grands prédateurs sexuels comme Michel Fourniret par exemple et qui a pu naître au cours d’une de ces interminables partis de World of Warcraft : le vrai monde n’est-il pas totalement virtuel ?

Le héros de ce livre a été reconnu absolument normal par tout le corps médical d’une seule voix. D’où vient sa folie meurtrière ? Sa terrible préméditation ? Sa fantastique désinvolture ? Son sourire lorsqu’il tue ? Quand on ferme le livre d’Obertone, après une lecture qui est difficile par moment, on réalise que Anders Breivik est peut-être le symptôme le plus accablant du grand nihilisme contemporain. C’est la raison pour laquelle, dans la « Correctitude » ambiante, il vaut mieux ne plus jamais parler de lui, continuer à dire que c’est un terroriste d’extrême droite, mais ne pas chercher à le connaître, pour ne pas reconnaître dans cette figurine de mode l’horrible visage du Néant qui triomphe partout.

Joël Prieur

Laurent Obertone, Utoya, éd. Ring 2013, 430 pp. 20 euros

lundi 23 septembre 2013

Un débat sur le projet du pape

"E se voi vedete che una volta l'ho perso, per favore, ditemelo, ditemelo, e se non potete dirlo privatamente, ditelo pubblicamente, ma ditelo: ''Guarda, convertiti!'."
Ainsi s'exprimait François le 16 septembre dernier à Saint-Jean de Latran : "Si vous voyez qu'une fois j'ai perdu l'humilité, dites le moi et si vous ne pouvez pas me le dire en privé, dites le moi en public... Dans l'avion qui le ramenait de Rio, il invitait aussi à discuter avec lui.

S'il est vrai qu'enfin François nous dit tout, dans l'entretien de 30 pages qu'il a donné aux revues jésuites du monde, il nous faut recevoir sa pensée avec la plus extrême attention et ne pas hésiter à en débattre.

Comme dit l'un d'entre vous sur Metablog (et Sam Gamegie sur le Forum catholique), le pape François semble rejeter les tradis aux marges de l'Eglise. Mais il ne cesse de nous inviter à aller aux marges. Alors ? Qu'en conclure ?

C'est dans cette perspective et en portant ces questions, que je donnerai mardi à 20 H 15 la première conférence au Centre Saint Paul (12 rue Saint-Joseph, 75 002. Métro Bourse ou Grands Boulevards) sur la nouvelle pastorale du pape François et sur les principes qui l'animent. Je serais heureux, comme sur ce blog, de discuter avec vous de l'avenir de notre Eglise. Mais cette fois de vive voix!

samedi 21 septembre 2013

L'abbé de Tanouarn dans La Croix: «En parlant de “vieille messe”, le pape semble nous condamner au musée»

Propos recueillis par Céline Hoyeau pour le journal La Croix - 20 septembre 2013
« Les traditionalistes peuvent avoir des raisons d’être inquiets puisque, dans ce long entretien, le pape François taxe d’idéologie toute crispation restaurationniste. Il émet par ailleurs un jugement, très implicite certes, mais guère valorisant, de Benoît XVI, lorsqu’il dit que le choix de son prédécesseur d’accorder aux traditionalistes le motu proprio fut “un choix prudentiel, lié à quelques personnes de son entourage”…
Son allusion claire au discours du pape émérite du 21 décembre 2005 sur l’herméneutique de rupture et l’herméneutique de continuité n’est guère plus encourageante : il y a dans ce texte, me semble-t-il, une véritable prise de position du pape François, pour qui le concile Vatican II induit une nouvelle épistémologie du christianisme, fondée sur l’actualisation.
La question est de savoir maintenant si les traditionalistes sont restaurationnistes ou non. Le pape peut leur donner une leçon opportune. À eux de prouver qu’ils sont fils de leur temps et participent à l’élan de la nouvelle évangélisation. Se montrer restaurationniste serait suicidaire. En revanche, si les traditionalistes ne sont pas partie prenante de la révolution chrétienne que le pape veut instiller, je pense qu’elle manquera de structures, de formes. En parlant de vetus ordo, de “vieille messe”, le pape semble nous condamner au musée : c’est à nous de faire la preuve de notre jeunesse.»