mardi 12 avril 2011

Trentième billet de Carême : Mercredi de la Passion

"Les oeuvres que je fais au nom de mon Père, voilà ce qui rend témoignage de moi" Jean 10, 25

Quelles sont les oeuvres du Christ ? ce sont ses miracles, que Jean appelle aussi des "signes". Ces miracles manifestent la Puissance dont le Christ est investi "au nom de son Père". Elle pourrait suffir à le faire reconnaître comme le fils de Dieu : "Si je fais les oeuvres de mon Père, même si vous ne me croyez pas, croyez ces oeuvres afin que vous appreniez et reconnaissiez que le Père est en Moi et Moi dans le Père" (10, 38). Dans l'Evangile de saint Jean, les miracles du Christ sont en petit nombre, soigneusement choisis et abondamment développés. Outre Cana et la multiplication des pains, il y a la guérison de l'Infirme de la Piscine de Bethesda chapitre 5), la guérison de l'aveugle né (chapitre 9) et bientôt la résurrection de Lazare (chapitre 11).

On a trop tendance à prendre le Quatrième Evangile pour un évangile "intellectuel", un évangile "gnostique" même, qui insisterait plus sur le message que sur les miracles. De façon générale, on sous estime l'importance des miracles dans la Prédication du Christ. Il est vrai que Jésus se dérobe à ses admirateurs s'il tentent de le faire roi, comme on le voit dans les Synoptiques. il est vrai que dans saint Jean, on trouve cette considération de l'Evangéliste au chapitre 2 : "Jésus ne se fiaient pas aux gens qui l'écoutaient car ils croyaient en lui à cause des miracles qu'il faisait". Avec le miracle il y a un double risque pour Jésus : transformer sa mission spirituelle en une agitation politique ; et recevoir les applaudissements des voyeurs qui ne sont pas convertis en profondeur, car ils ne sont pas prêts à changer de vie.

Mais ce double risque de déformation et de superficialité une fois écarté, il reste que saint Jean attribue une grande importance aux signes du Christ. Il les traite très au long dans des textes qui sont des chefs d'oeuvre de finesse. Il en fait même la pointe de l'argument du Christ : "Bien qu'Il eût fait tant de signes sous leurs yeux, les Juifs ne croyaient pas en lui" (Jo 12, 37) lit-on après la Guérison de Lazare. C'est à ce moment que l'apôtre Jean cite Isaïe : Il a aveuglé leurs yeux et endurcit leurs coeur, de peur que leurs yeux ne voient et que leurs coeurs ne comprennent, qu'ils ne se convertissent et que je ne les guérisse". Il y a quelque chose de tragique en tout cela.

Le miracle ne suffit pas à donner la foi, mais il dispose l'esprit et le coeur à la recevoir. Pascal disait qu'"il est impossible de croire sans les miracles". Et il pouvait parler ainsi puisque c'est à la suite de la guérison de Marguerite Perrier, sa nièce et filleule, guérison qui eut lieu donc dans sa propre famille, cette jeune fille étant malade des yeux et ayant instantanément recouvré la santé après l'application d'une relique de la Sainte Epine, que Pascal entreprit sa grande Apologie du christianisme.

Le Miracle a mauvaise réputation parce que l'on accepte de croire si c'est comme on veut, quand on veut ce qu'on veut et ce qu'on veut. Mais on n'accepte plus cette mise en demeure du Ciel, dont on considère qu'elle constitue une atteinte à notre liberté. C'est par principe que l'on refuse de croire au miracle. Voyez la préface de la XIIIème édition de la Vie de Jésus de Renan : "Je ne crois pas au miracle, dit l'historien Ernest Renan, pour la même raison que l'on ne croit pas aux centaures ou aux hippogriffes et cette raison, c'est qu'on en a jamais vu. Ironie de l'histoire qui fait des cornes à l'historien : l'année même où il écrit cela, les miracles de Lourdes commencent à se multiplier. Il aurait suffi qu'il prenne le train, comme le fit Alexis Carrel au début du XXème siècle... La vérité, c'est qu'Ernest Renan avait des principes et que selon ces principes ("scientifiques") le miracle est réputé impossible a priori.

Si nous sommes assez fort pour faire sauter ce principe-là, il arrive toujours qu'un miracle nous touche et que nous ayons, personnellement, à subir cette mise en demeure du Ciel. Je garde quant à moi précieusement une petite fiole d'huile miraculeuse qu'un de mes amis m'a offerte en provenance d'une image de la Vierge gardée dans sa propre famille en Syrie. Il m'a montré le film qu'il a pu réaliser lui-même de ce miracle. Qu'importe que ce signe soit ou non reconnu un jour officiellement par l'Eglise. Lorsqu'elle déclare une telle chose, elle ne fait jamais qu'attester le caractère inexplicable en l'état actuel de la science de tel ou tel fait. Et je SAIS, moi, sur le témoignage de mon ami, que cette fiole d'huile est inexplicable.

Mais je suis sûr que vous pouvez ou pourrez multiplier ce genre d'exemples. Et je ne parle pas des intersignes et coincidences à travers lesquelles s'atteste merveilleusement la volonté de Dieu dans une vie... Nous croyons au Christ "à cause de ses oeuvres", et pas seulement parce que nous sommes séduits par sa sagesse. "Les juifs demandent des signes, les Grecs cherchent une sagesse" écrivait saint Paul aux Corinthien (I Co 1, 22). De ce point de vue, nous les chrétiens, nous sommes tous des juifs : nous demandons des signes. Nous croyons au Christ à cause de ses oeuvres !

2 commentaires:

  1. Pa d'accord, on croit au Christ à cause de son enseignement et de son engagement (crucifixion), les "miracles" ne parlent pas à nos contemporains. D'ailleur sJésus demandait de tenir ses miracles secrets, c'est donc qu'il n'y attachait pas une très grande importance. En fait il faut décrypter les miracles pour en découvrir le sens caché (par ex. les noces de Cana sont l'annonce de l'Eucharistie, la résurrection de Lazare l'annonce de la résurrection de Jésus etc...)

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  2. A l'anonyme de 20h22: précisément, l'evangile de saint-Jean est un décryptage, une exégèse de quelques "prodiges, signes" et miracles choisis!

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