samedi 12 mai 2012

Jeanne d'Arc : sa fête demain

Chaque deuxième dimanche de Mai, fête national de Jeanne d'Arc. Nous célèbrerons la messe en son honneur demain à 11 H au Centre Saint Paul. Jeanne est la sainte qui nous fait garder l'espérance quelles que soient les difficultés, celle dont la vie nous fait dire qu'impossible n'est pas français.

jeudi 10 mai 2012

Mgr Fellay a mille fois raison

Riposte catholique vient de publier une magnifique réponse de Mgr Fellay aux trois autres évêques de la Fraternité. Je n'en avait pas connaissance au moment où j'ai rédigé le post précédent. Cette publication est trop importante pour que je n'ajoute pas un post-scriptum à ce que je viens d'écrire. On sent qu'il y a dans la position du supérieur de la FSSPX une véritable et surnaturelle docilité au Saint Père, vicaire du Christ sur la terre, en particulier lorsqu'il reconnaît qu'on aurait pu humainement préférer le statu quo. Cette lettre est une bouffée d'air pur !

J'ai particulièrement goûté la manière dont Mgr Fellay allie "le réalisme" et "le sens du surnaturel".
Deo gratias !

Je donne cent fois raison à l'abbé Pfluger...

"L'abbé veut-il plomber l'IBP ?" demande Caroline sur le Forum Fecit. Non Caroline. Je crois que l'Institut du Bon Pasteur, qui avait suscité tant d'espérance, a du plomb dans l'aile, et il me semble de bonne médecine et de nécessaire humilité de le reconnaître. Les causes? Ce n'est pas la cause unique, mais c'est celle sur laquelle on peut agir : le positionnement ecclésial de certains de ses membres n'est pas clair, comme on peut le voir sur un site qui s'intitule lui-même Disputes théologiques (au pluriel). Et ce manque de clarté, on veut en faire une norme pour l'IBP, par toutes intrigues à portée.

Je ne parle ici bien sûr que de la partie émergé de l'iceberg. Je ne révèle aucun secret, mais je réponds à des textes qui courent sur le net, sur des blogs et des forums. Lorsque l'intrigue s'empare d'un coeur de prêtre, cela peut devenir comme une religion de surcroît.

En quoi cela nous concerne, nous laïcs? direz-vous. Comme je l'explique dans Monde et Vie, les révélations aussi fracassantes qu'anonymes et au fond insignifiantes de certains voudraient compromettre l'accord qui est en train d'être finalisé entre Rome et Ecône. Ceux, parmi les traditionalistes, qui sourdement s'opposent à l'accord craignent un bouleversement du paysage ecclésial. Personnellement je donne cent fois raison à l'abbé Pfluger, assistant de Mgr Fellay, écrivant, d'après le dernier papier d'Andrea Tornielli (voir Tradinews) que pour la FSSPX, "refuser l'offre du pape, c'est être sédévacantiste". Pour la FSSPX, refuser l'offre du pape, c'est effectivement ne pas considérer le pape comme le seul chef légitime de l'Eglise, c'est confondre la suppléance que la FSSPX a été appelée à revendiquer dans le passé avec, aujourd'hui une véritable et durable substitution de structure à structure. Bref ce que l'on appelle le schisme.

Pour couper court à la polémique et éventuellement lancer un débat salubre, voici, avec l'accord de Jean-Marie Molitor, l'article que j'ai publié dans Monde et Vie sur les accélérateurs de polémiques

Rome-FSSPX - Les accélérateurs de polémiques

La fuite sur Internet du Compte rendu de la visite canonique effectuée par la Commission Ecclesia Dei à l’Institut du Bon Pasteur n’en finit pas d’alimenter la polémique entre Rome et les prêtres de la FSSPX, au moment où l'accord doit se conclure.

Le 3 mai dernier, la Porte Latine diffusait largement un texte de l’abbé Petrucci, supérieur du district d’Italie, qui, s’appuyant sur la publication intempestive, via Internet, du rapport de la Commission Ecclesia Dei après la visite canonique de l’Institut du Bon Pasteur, soulignait « le problème de conscience »  qui se pose aux traditionalistes dans la conduite des négociations avec Rome. Pour ce prêtre, qui fut longtemps supérieur du Prieuré de Nantes, « la volonté de la Commission Ecclesia Dei » est de pousser à « l’acceptation au moins en principe de la liturgie moderne dans l’esprit du Motu proprio Summorum pontificum ». Il dénonce « des pressions progressives pour ramener les dissidents » - qui n’ont pas du tout envie qu’on les ramène.
 
Le rapport de la Commission Ecclesia Dei contenait en effet deux demandes sensibles : D’abord la suppression du terme « exclusivité »  dans les statuts de l’IBP à propos du rite traditionnel, qui serait considéré désormais comme « le rite propre » de l’Institut. On n’emploierait plus le terme « exclusif ». Ensuite, deuxième demande, à propos de la formation au Séminaire, l’idée qu’il faudrait désormais privilégier, par rapport à « une critique même sérieuse et constructive du concile Vatican II »  « l’herméneutique du renouvellement dans la continuité », telle qu’elle est exposée dans « le catéchisme de l’Eglise catholique ».

Ce même 3 mai, sur son site Disputationes theologicae, l’abbé Stefano Carusi, membre de l’IBP, insiste sur le fait que,  tout en marquant le plus grand respect à la Commission, il est possible de considérer ce Rapport non comme une succession d’ordres auxquels il faudrait obéir, mais comme l’exposition d’un certain nombre de demandes auxquelles il serait loisible de ne pas déférer. Parmi ces demandes, ajoute-t-il, il convient justement de refuser celles qui portent sur la messe traditionnelle et sur les changements à apporter dans l’enseignement donné au Séminaire sur le dernier concile.

Que veut l’abbé Carusi pour son Institut ? Il souhaite que l’IBP puisse « offrir un témoignage de la possibilité d’une position ecclésiale qui inclut les présupposés cités » à savoir « l’usage exclusif du rite traditionnel et la critique constructive du Concile ».

De façon très troublante, la position des deux prêtres italiens, celui qui est membre de la FSSPX, l’abbé Petrucci et celui qui est membre de l’Institut du Bon Pasteur, l’abbé Carusi s’identifient. Pour eux il est clair que, de façon maladroite, la Commission Ecclesia Dei fait pression sur une petite société religieuse pour mieux la « normaliser ». Rome dévoile ainsi à l’IBP les arrière-pensées que nourrissent les hiérarques à l’encontre de la FSSPX. L’IBP est en droit de refuser ces « conseils » romains en s’appuyant sur la lettre de ses propres statuts, apparemment mise en cause. La situation leur semblant grave, des prêtres de l’IBP considèreront qu’il est urgent d’aider la Fraternité Saint Pie X en rendant public l’exposé romain qui fait suite à la Visite apostolique.

Mais n’y a-t-il pas une autre lecture de ce document ? Je crois que, en particulier depuis que mons. Pozzo (et le cardinal Levada) ont remplacé le cardinal Castrillon Hoyos à la tête de la Commission Ecclesia Dei, on assiste à une lente prise de conscience de l’importance du problème doctrinal qui existe tout de même entre Rome et la FSSPX (et dans une moindre mesure entre Rome et l’IBP).

Quel est ce problème ? La reconnaissance de la légitimité de l’Eglise issue du Concile, du rite qu’elle célèbre et du catéchisme qu’elle enseigne. Comment peut-on être effectivement membre de l’Eglise catholique si l’on refuse en principe comme étant non-catholique, la forme rénovée du rite romain qu’elle célèbre ? Ou bien comment peut-on maintenir qu’il n’est jamais possible d’y assister, alors même qu’il s’agit d’un rite catholique et qu’on le reconnaît comme tel ? Il y a là une double incohérence qui compromet gravement l’intégration des traditionalistes dans l’Eglise et les fruits que doit porter cette intégration.

Il ne s’agit donc pas un instant pour la Commission Ecclesia Dei d’empêcher que l’IBP ne possède « comme rite propre » le rite traditionnel. Il ne s’agit pas non plus de lui interdire toute critique du rite rénové ou du Concile. Il s’agit de faire en sorte que, selon la formule de Cajétan, l’Institut du Bon Pasteur puisse « agir comme une partie dans l’Eglise » et non cultiver un esprit qui, quelles que soient les intentions, serait de facto schismatique. Pour agir comme une partie dans l’Eglise, l’Institut, nous dit-on, doit former ses séminaristes avec le Catéchisme de l’Eglise Catholique et doit jouir de son rite propre sans lancer l’anathème sur la nouvelle forme du rite romain (qu'elle garde néanmoins le droit et le devoir de critiquer). Est-ce trop demander ? Il me semble que c’est le minimum…

Au-delà du pilpoul doctrinal, la concomitance des derniers événements permet de remarquer une rencontre d’intérêt entre la branche « radicale » de l’IBP, représentée ici par l’abbé Carusi et ceux qui à la FSSPX ne veulent pas d’accord avec Rome. En effet, ceux qui, à l’IBP, ont l’ambition, le plus sérieusement du monde, de représenter « la Fraternité Saint Pie X dans l’Eglise » s’accordent spontanément avec ceux qui, au sein de la FSSPX, ne veulent pas que cette Fraternité puisse revenir dans le périmètre visible de la catholicité. Comme souvent, ici le billard est à trois bandes et une rencontre d’intérêt ne signifie pas des intérêts vraiment communs.

 Abbé G. de Tanoüarn IBP

 PS : Je me sens d’autant plus fondé à vous livrer mon analyse que celle de l’abbé Carusi a été publiée sur son site.

mercredi 9 mai 2012

Vertiges

A une époque ‘la route de la soie’ était longue et dangereuse – et d’un coût exorbitant. Ne venaient de Chine que des produits précieux : épices, porcelaines… et soie. On a depuis inventé les vraquiers – les plus gros transportent 330.000 tonnes. Soit, à chaque voyage, la charge portée par 5 millions de baudets. Et nous recevons de Chine jusqu’aux pavés de nos rues. Le vraquier, voilà qui explique la mondialisation, bien plus directement que l’«affaiblissement des États nations» ou que la «diabolisation» du colonialisme. Le vraquier (ou internet, ou tout autre moyen accélérateur de la mondialisation) dépend de la technique – et non de la politique.

Ensuite on peut discuter de savoir si la technique est bénéfique, ou néfaste… ou neutre, comme le pense Gorgias. Parlant de la rhétorique et de ses dangers, Gorgias dit qu’elle peut être mal employée, que cependant: «les criminels, ce ne sont pas les maîtres, ce n'est pas l'art non plus - il n'y a pas lieu à cause de cela de le rendre coupable ou criminel». Mais peu importe au fond que la technique soit neutre ou pas – ce qui compte c’est qu’elle soit.

Dennis Gabor est un physicien qui a travaillé par exemple sur les lampes à mercure, sur les réseaux neuronaux et sur les hologrammes, ce qui lui a valu le prix Nobel. Il a aussi laissé quelques pensées, dont celle qui veut que tout ce qui peut être fait, techniquement parlant, sera fait un jour ou l’autre. Autrement dit, vous pouvez mettre toutes les barrières légales que vous voulez, pour interdire par exemple… le clonage reproductif des mammifères. Mais si les connaissances se diffusent, de plus en plus de personnes sauront cloner, et quelqu’un finira bien par le faire. Nous pouvons aussi interdire la pilule abortive? Dans les jours qui suivraient, elle serait disponible sur internet. La politique peut l’interdire mais pas l’empêcher.

Restent les barrières morales - j'espère que vous en avez de solides. Nous vivons dans un monde de plus en plus ouvert – dont les possibilités techniques sont folles, et encore: elles s’accroissent de manière exponentielle. Il n’est pas certain que la morale suive au même rythme. C’est alors que plus d’un humain ouvre (ouvrira?) des yeux hagards, comme le fou dont parle Nietzsche, et se demande (demandera?) avec lui : «Dans quelle direction nous dirigeons-nous? … En arrière, en avant, de tous côtés? Y a-t-il encore un dessus et un dessous?»

Lutte des classes

D'abord vous dire que je reviens d'une très belle conférence de Mgr Athanasios au CSP. Quel charisme a cet évêque ! Les coptes au fond nous ramènent en quelque sorte à l'Eglise primitive. Un exemple à méditer.

Mais revenons à mon dernier post et à l'abondant courrier qu'il me vaut. J'ai sans doute abordé trop de thèmes trop vite dans ce Que faire dont le titre plagiait gentiment Lénine comme l'un d'entre vous s'en est avisé. Juste quelques réponses à vos premières réponses.

Sur Marine Le Pen : j'apprécie son naturel politique. Ecoutez-la face à Apathie sur RTL le 30 avril (de mémoire). C'est sublime. Même un vieux routier de la question tordue et un adversaire politique comme Apathie est obligé de subir le discours de Marine. C'est une femme (mesdames, vous savez bien que vous êtes les plus terribles). Elle a 44 ans. Elle fera certainement une grande carrière politique, si elle continue à travailler ses dossiers comme elle les travaille. Je trouve dommage qu'elle ne parvienne pas à comprendre que ce qui doit réunir tous les Français ce n'est pas je ne sais quelle conscience populaire (qui aujourd'hui tient du mythe ou du magot de brocante), mais tout simplement, comme le pensait son père, une sorte de nationalisme chrétien qui est le contraire de l'agressivité nationalitaire : la conscience, qu'on ait la foi ou non, de partager un trésor de culture et d'humanité qui vient du christianisme et qui nous définit comme Français. Que voulez-vous, quand Marine cite Robespierre (l'an dernier) ou Rousseau, moi ça ne me parle pas. Elle peut jouer la conservatrice du musée républicain, ça sent la poussière. C'est ringard (dans le meilleur des cas) et dangereux dans le pire, car une sémantique s'empare facilement de votre discours plutôt que votre discours ne s'empare d'elle.

Sur la Lutte des classes : cher Rudy, votre Warren Buffet est plein d'humour, c'est pour cela qu'il a découvert la vérité. La lutte des classes est une invention de la bourgeoisie. D'une certaine bourgeoisie, celle qui a abrogé les corporations par la Loi Le Chapelier... C'est -en France- la bourgeoisie voltairienne et au fond matérialiste, antichrétienne dans tous les cas. Pour elle les ouvriers sont... le matériel (Aujourd'hui DSK parle lui aussi du matériel à propos de ce qu'il est convenu d'appeler les travailleuses du sexe).

L'anonyme de 6H56 a donc raison de souligner que Marx n'invente pas la lutte des classes et qu'il la constate. Mais il ne fait pas que la constater, il l'utilise pour construire une réalité sociale nouvelle, en en faisant de cette lutte le moteur de la conquête du pouvoir et de l'abolition des classes le coeur de l'action politique communiste. Marx avait une conception de la vérité qu'il avait tiré du judéo-christianisme et laïcisé (en passant par Hegel). C'est sa première proposition sur Feuerbach, à laquelle il faut revenir sans cesse : "Il ne suffit pas de comprendre le monde, il s'agit désormais de le changer". Marx ne constate pas la lutte des classes, il s'en sert, comme les trotskistes aujourd'hui. Aller faire l'apologie de ce moteur douteux au nom de je ne sais quelle posture révolutionnaire, c'est absurdement ringard. On sait bien maintenant que les patrons ont intérêt à enrichir leurs ouvriers puisque ce sont leurs premiers clients. Je crois en outre que ceux qui aujourd'hui déterrent le cadavre de la lutte des classes comme les Indiens leur hache de guerre, ne font que manifester l'envie qui est au fond du coeur de tout homme (ce que saint Jean appelle la concupiscence des yeux). L'idée communiste, chère à Alain Badiou, n'a pas d'autre ressort, parce qu'il 'existe plus ni moujiks ni Lumpenproletariat - au moins dans nos pays.

Si maintenant les délocalisations ont été rendues possible, c'est d'abord à cause de l'affaiblissement des Etats nations, parce que l'on a au préalable diabolisé l'idée de colonisation (qui aurait pourtant empêché l'esclavage industriel) et parce qu'une dérèglementation mondiale s'est imposée. Le problème est ici politique d'abord. C'est à la politique de représenter une responsabilité face à l'économique. Aristote l'expliquait déjà. L'économie ne vivant que du gain, des désirs qu'il suscite avant et qu'il satisfait après, ne peut pas s'organiser elle-même. Sa mesure est l'infini propre au désir : apeiron disent les Grecs, chaos. La Crise économique a montré la nécessité d'un volontarisme politique (et, soulignons-le, dans ce volontarisme même il faut savoir s'arrêter)

Sur Remi Fontaine et sa défense d'un communautarisme chrétien, je ne comprends toujours pas pourquoi il utilise ce mot barbare si il ne veut parler que de la communauté chrétienne ouverte sur le monde (ce que j'ai appelé l'arche après Maurras, l'arche riche de tous les animaux de la création). Mais c'est à lui de nous l'expliquer. Il peut l'expliquer ici d'ailleurs. Je tiens moi, avec Ivan Rioufol, que le communautarisme c'est la guerre. Je tiens que ce que l'on a appelé absurdement le clash des civilisations n'est qu'une guerre des communautarismes. Je tiens que le nationalisme chrétien (principe de la civilisation européenne) est source d'harmonie et d'humanisation et qu'en lui se trouve le secret de la véritable laïcité (parce que la laïcité n'est pas compatible avec toutes les religions).

mardi 8 mai 2012

Que faire ?

"Il faut voter Hollande parce que cela va faire bouger la droite molle". Ce message d'un internaute en commentaire à notre post Voter n'est pas tuer, j'aurais bien envie de le reprendre maintenant en disant : alors ? François Hollande est élu avec 1 139 000 voix de plus que Nicolas Sarkozy. Il y a eu 2 130 000 votes blancs et nuls. Les Français ont préféré une culture de mort assumée, la lutte contre la famille, et toute l'idéologie d'un socialisme ringard aux mensonges les yeux dans les yeux du Petit Nicolas. Très bien. Et maintenant ?

Faut-il, comme Marine Le Pen, faire appel au Peuple avec une majuscule pour bousculer et pour détruire le Système ? Faut-il croire à une sorte de pureté du Peuple "souvent trompé mais corrompu jamais" comme Marine le fait dire à Jean-Jacques Rousseau dans son discours du 1er mai ? Pour certains, cela apparaît comme la solution. Le peuple fera le travail que les élites ne veulent pas faire, il reprendra son destin en main, il éliminera les corrompus, il reprendra le pouvoir abandonné au technocrates... Il changera enfin la situation, en nous faisant sortir de l'Europe et en nous permettant de retrouver notre liberté.

Calcul de révolutionnaires en charentaises ! Je ne crois pas à ce scénario et je suis réticent à utiliser ces catégories rousseauistes du discours politique. Le cher Thierry m'écrit que c'est parce que je méprise le Peuple. Pas du tout. Il n'y a pas l'ombre d'un mépris éventuellement "aristocratique" chez moi... Je ne crois pas aux aristocraties qui sont toujours des oligarchies et qui comme tels ne savent que se sucrer. Je ne crois qu'à la noblesse quand son honneur est de servir (fermez le ban).

Où nous mène aujourd'hui cette invocation au Peuple avec une majuscule ? A un nouvel avatar de l'idéologie. C'est tout le problème du populisme. Le peuple a ses marionnettistes. On le fait parler et très vite d'ailleurs il y a "le vrai peuple" (les jacobins, les membres du Parti etc.) qui a droit à la parole et le "faux peuple" vendu au système. J'ai très peur que ceux qui utilisent cette phraséologie (en poussant la sincérité jusqu'à nous donner leurs sources, en citant Rousseau) soient victimes de leur langage. Aujourd'hui ils ont gagné, comme le montre le chiffre des abstentions comparé au chiffre de la différence des partisans de Nicolas Sarkozy et de François Hollande. Que vont-ils faire de cette victoire ? Ils ne peuvent même pas la revendiquer publiquement. Où cela mène-t-il ? A une surenchère verbale destinée à masquer l'inefficacité du procédé. Pourquoi parlé-je déjà d'inefficacité ? Parce qu'en démocratie, on ne peut se dire "le peuple"avec une petite chance de l'emporter, qu'à partir de 51 % des voix.

Ce populisme revendiqué peut aussi mener tel ou tel à la vieille lune de la lutte des classes. Ainsi mon ami Alain de Benoist, dans son avant dernier livre Au bord du gouffre, réévalue-t-il hélas ce vieux concept qui porte la haine. Certes la différence entre les pauvres et les riches est en train de se creuser. Certes certains patrons du CAC 40 se font voter par leur Conseil d'administration des salaires mirobolants (à charge de revanche dans d'autres conseils d'administration). Certes ces salaires contrastent avec l'inefficacité de ceux qui se les octroient (voyez l'histoire de Tchuruk et d'Alcatel par exemple). Mais enfin il y a une chose que Marx n'avait pas comprise : le christianisme a définitivement aboli l'esclavage. Il n'y a plus dans les pays chrétiens de dialectique du maître et de l'esclave qui soit possible, qui soit envisageable. Les choses ne se passent pas forcément au mieux entre riches et pauvres, mais elles ne sont pas radicalisables. La lutte des classes n'a jamais porté de fruits. Ce sont les patrons chrétiens du Nord (dont Boussac prenant sur sa fortune personnelle pour payer ses employés est un ultime exemple) qui ont inventé les assurances sociales. En Allemagne itou. Et en Belgique.

Face au populisme, face à la tentation de gauchir l'irrépressible mouvement droitier qui s'empare de la société tout entière (un exemple paradoxal de ce mouvement droitier ? François Hollande refusant de descendre dans la rue avec les syndicats et leurs drapeaux rouges le 1er mai), que faut-il faire ?

"Quand les catholiques se mettront à travailler la France s'éveillera". Hervé Rolland, le patron du pèlerinage de Chrétienté entre Paris et Chartres dit bien l'urgence d'une entrée en résistance. Les catholiques ont commencé à se rendre audibles (de différentes manières) à l'occasion des deux spectacle christianophobes du Théâtre de la Ville et du Théâtre du Rond Point à la fin de l'année dernière. L'intensification prévisible des pressions en faveur de la culture de mort devra trouver les catholiques en ordre de bataille. La vraie radicalisation est là et non dans une invocation impuissante à la Lutte des classes.

Comment faire face au triomphe "du pire et des pires" ? Comment vivre cette radicalisation apocalyptique ou ce qui est en question, selon l'intuition formidable de Jean-Paul II c'est la vie et la mort, la culture de vie et la culture de mort ?

Au point où nous en sommes, il y a me semble-t-il trois issues, pour un catholique conscient de vivre en société en France au XXIème siècle.

La première, c'est la pratique au coup par coup du moindre mal en politique ; c'est ce que j'ai essayé de défendre à l'occasion de cette élection présidentielle. Il nous faudra sans doute continuer, alors que les législatives s'approchent. Le but : ralentir le triomphe mortel de l'individualisme mondialiste et consumériste.

La deuxième issue me semble impraticable, c'est celle dite d'un communautarisme chrétien. Les mots ont un sens. Le communautarisme n'est pas la communauté. Les communautés chrétiennes nous aident à vivre, le communautarisme tue parce qu'il enferme toute valeur à l'intérieur de la communauté. Ce n'est pas un hasard si d'un point de vue géopolitique aujourd'hui, le communautarisme, cela signifie prendre son parti de la guerre entre les communautés. Il y a 50 ans, au vue des exploits allemands, on pouvait dire "le nationalisme c'est la guerre". Aujourd'hui, la guerre entre les nations a presque disparu. Ce qui reste ? C'est la guerre entre les communautés. C'est la libanisation, la balkanisation du monde. Pourquoi transformer le christianisme qui foncièrement est un universalisme (un catholicisme comme disent les Grecs) en un communautarisme ? Pourquoi revendiquer un exclusivisme de la communauté chrétienne, dans laquelle se trouverait toute valeur, toute culture et tout avenir ? Que les islamistes revendiquent le communautarisme, c'est conforme au code génétique coranique, comme l'a démontré autrefois Alain Besançon. Mais cela n'a rien à voir avec la liberté évangélique. Nous les chrétiens, nous répétons après saint Ambroise : "toute vérité, quel que soit celui qui la profère vient du Saint Esprit". Du Saint Esprit au dessus de nous tous et en nous tous, et pas de la communauté X Y ou Z.

La troisième issue est celle qu'envisageait un certain Charles Maurras, dans une célèbre lettre à Pierre Boutang. Elle répond aux mêmes impératifs qui ont fait naître le communautarisme catholique. Mais elle y répond autrement. Dans l'atmosphère diluviale qui est la nôtre, nous pouvons dire comme Noé que "nous bâtissons l'arche hiérarchique, catholique, classique, humaine". L'arche, ce n'est pas le communautarisme parce qu'elle se sait elle-même provisoire et parce qu'elle est ouverte à toutes les sortes d'animaux que comprend la Création du Bon Dieu. Il n'y a dans l'arche aucun enfermement mais un salut à obtenir "à travers l'eau" comme dit l'apôtre saint Pierre lorsqu'il parle de Noé. Il faut faire comprendre aux catholiques et aux autres qu'il y a urgence si nous voulons transmettre, qu'il y a urgence à ce que sans nostalgie inutile, les transmetteurs actifs se regroupent.

La messe du dimanche matin, c'est cela : se regrouper, grâce la liturgie, pour mieux transmettre ce que l'on a reçu et non pas s'enfermer dans un communautarisme. Le Père Festugière, éminent helléniste, disait dans un petit ouvrage intitulé De la tragédie grecque : "Si on me demandait mon avis de vieil helléniste sur les raisons de la rapidité avec laquelle le monde romain se convertit au christianisme, je dirai que c'est à la charité qui animaient les premières communautés que l'on doit cela".

De plus en plus il apparaîtra historiquement que le christianisme vécu est la seule alternative vrai au consumérisme, au mondialisme, au matérialisme - bref : à la culture de mort.

NB : Sur "l'arche nouvelle" qu'il nous faut bâtir, voyez cet extrait de lettre de Charles Maurras à Pierre Boutang, un des plus beaux textes du Maître de Martigues et un des plus actuels.
"Nous bâtissons l'arche nouvelle, catholique, classique, hiérarchique, humaine, où les idées ne seront plus des mots en l'air, ni les institutions des leurres inconsistants, ni les lois des brigandages, les administrations des pilleries et des gabegies, où revivra ce qui mérite de revivre, en bas les républiques, en haut la royauté et, par-delà tous les espaces, la Papauté ! Même si cet optimisme était en défaut et si, comme je ne crois pas tout à fait absurde de le redouter, si la démocratie était devenue irrésistible, c'est le mal, c'est la mort qui devaient l'emporter, et qu'elle ait eu pour fonction historique de fermer l'histoire et de finir le monde, même en ce cas apocalyptique, il faut que cette arche franco-catholique soit construite et mise à l'eau face au triomphe du Pire et des pires. Elle attestera, dans la corruption universelle, une primauté invincible de l'Ordre et du Bien. Ce qu'il y a de bon et de beau dans l'homme ne se sera pas laissé faire. Cette âme du bien l'aura emporté, tout de même, à sa manière, et, persistant dans la perte générale, elle aura fait son salut moral et peut-être l'autre. Je dis peut-être, parce que je ne fais pas de métaphysique et m'arrête au bord du mythe tentateur, mais non sans foi dans la vraie colombe, comme au vrai brin d'olivier, en avant de tous les déluges."