mardi 30 novembre 2010

[conf'] «Les derniers Araméens chrétiens de Syrie : méandres de l’identité» par Frédéric Pichon

Mardi 30 Novembre 2010 à 20H00 :«Les derniers Araméens chrétiens de Syrie : méandres de l’identité» par Frédéric Pichon - F. Pichon dédicacera son livre «Maaloula, Voyage chez les Chrétiens de Syrie». - PAF 5€, tarif réduit à 2€ (étudiants, chômeurs, membres du clergé) - La conférence est suivie d’un verre de l’amitié.

Vive la Benoît XVI attitude !

"Faites un post, même court, sur le dernier livre du pape !". L'injonction de ce lecteur me paraît assez naturelle : c'est l'actualité après tout ce livre. et en même temps je résiste. Pourquoi ? Je cherche le "point" sur lequel focaliser les remarques. En y réfléchissant, je comprends pourquoi j'ai du mal à trouver une unité et un point fixe : le pivot autour duquel tourneraient les remarques augustes qui composent ce livre.

C'est une remarque de Daniel Hamiche, ce midi, qui me met sur la voie. "Je n'aime pas la forme du livre d'entretien pour un pape" me dit-il. On sait bien que Paul VI y a eu recours avec Jean Guitton, que Jean Paul II s'y est livré avec Frossard, puis avec Messori, que le cardinal Ratzinger en a écrit un avec Messori et un avec Peter Seewald, le journaliste qu'il a choisi de nouveau pour Lumière du monde. Mais je comprends Daniel et je le comprends spécialement pour ce livre, très dense au début, beaucoup plus rapide après 150 pages. Le pape a-t-il eu raison de commettre ces nouveaux Entretiens sur la Foi ?

Décidément je crois que oui, car il a confié à ces Entretiens une synthèse, qu'il lui est très difficile de livrer autrement que de manière fragmentaire, sermon après sermon. Il a voulu nous enseigner là une sorte de cathopride, faite d'humilité, de générosité, d'intelligence du présent et de pénétration de la foi. Nous avons une synthèse unique, qui n'est pas une synthèse intellectuelle, qui ne propose pas un diagnostic sur la crise de l'Eglise ou sur la catastrophe annoncée au niveau mondial (ça ce serait bon pour une encyclique), mais qui teste un certain nombre d'attitudes, qui propose un certain nombre de réponses concrètes et qui constitue, dans un dialogue loyal, une sorte de très longue prédication, une exhortation à l'usage de tous les chrétiens.

Benoît XVI se révèle un extraordinaire Maître d'attitudes, tant pis pour ceux qui seraient allergiques à son grand âge, à sa douceur, à sa fermeté, à son côté très personnel et méprisant les sentiers battus.

Exemples ?
  • Face à la crise de la pédophilie : humilité, sincérité, fermeté.
  • Face aux récriminations sur le rôle de Pie XII pendant le deuxième conflit mondial : ambition de la recherche, prenant à contre pied les stéréotypes que son exigence intellectuelle a ringardisés.
  • Face à l'islam : vérité sur les liaisons dangereuses entre violence et religion et charité inlassable envers les personnes.
  • Face à la modernité : dénonciation de la "contre-religion" rationaliste et laïque et souci de respecter "la bonne modernité", celle dont les valeurs viennent du christianisme.
  • Face à son propre enseignement : Spirituel d'abord ! Le problème n'est pas de faire Vatican III mais d'essayer de comprendre comment parler de Dieu au monde.
  • Face à la crise écologique imminente : apologie de la décroissance, dont le modèle est à chercher chez les moines.
  • Face à l'avenir : Souci d'une présence de l'Eglise au monde entier et volonté de constituer des îlots de foi, dans ce que Rémi Fontaine appelle dans Monde et Vie "un sain et légitime communautarisme"

Le dernier livre de Benoît XVI nous livre le secret d'un christianisme enfin décomplexé, qui saurait revenir à "la simplicité de la foi", en laquelle s'identifient la vérité et l'amour.

dimanche 28 novembre 2010

en ligne: des sermons de l'abbé de Tanoüarn

Vous trouverez en ligne (dans la colonne de droite) certains sermons récents de l'abbé de Tanoüarn. Et puisqu'on n'arrête pas le progrès, vous pouvez les télécharger sur votre iPod, qui est (m'a-t-on dit) une sorte de walkman perfectionné.

samedi 27 novembre 2010

Veiller avec le pape pour la vie

En union de prière avec le Saint Père: Adoration devant le Saint Sacrement, le 27 novembre 2010 - 20H00/22H30 au Centre St Paul

Au Centre Saint Paul, samedi prochain 27 novembre, nous veillerons avec le pape, devant le Saint Sacrement, en priant pour la Vie, c'est-à-dire d'abord en priant pour les femmes qui portent dans leur corps ce miracle renouvelé à chaque naissance d'un petit d'homme, en particulier pour toutes celles qui sont en difficulté au moment où s'annonce pour elles une grossesse, pour qu'elles sachent se respecter elle-mêmes en respectant la vie qu'elles portent, et aussi pour qu'elles puissent faire face, pour qu'on les aide à faire face.

Les femmes portent la vie. Mais les hommes direz-vous ? En réfléchissant à cette question, me revient le mot de l'Infante dans la Reine morte de Montherlant : "Lâcheté, c'est un mot qui m'évoque irrésistiblement les hommes". Les hommes n'ont pas moins besoin de prière que les femmes lorsque l'enfant paraît. Ce qu'on leur demande ? Ne pas la jouer Ponce Pilate.

Une humanité qui ne sait plus spontanément accueillir la vie, une humanité dans laquelle l'accueil de la vie devient un problème est une humanité blessée au coeur, selon la formule de Jean Madiran. Cette blessure, j'y insiste, n'est pas quelque chose qui atteindrait telle personne et non telle autre. C'est notre civilisation qui est blessée au coeur et d'une certaine façon, si nous ne sommes pas des cosmonautes isolés dans je ne sais quelle combinaison de survie, dans la mesure où nous participons de cette civilisation et de ses fausses valeurs, nous sommes nous mêmes blessés, soit que nous ayons été blessé dans notre histoire personnelle soit que nous hésitions devant l'engagement que représente la transmission de la vie, soit que nous restions fermés aux difficultés de nos prochains et de nos prochaines.

Au Centre Saint Paul Odile et Virginie cherchent à protéger la vie naissante, en essayant d'aider les mamans en difficulté. D'autres peuvent les rejoindre. Je pense aussi à mon ami Winnie Wuermeling et son organisation à SOS Mamans, qui tous les ans sauve une quinzaine d'enfants, en proposant une aide concrète. Je pense de conscientisation que l'on peut faire, ne serait-ce qu'en intervenant sur certains Forums où des femmes disent leur angoisse et leur solitude. La prière, cela sert à cela aussi : libérer notre imagination, mettre de côté nos peurs, apprendre à agir, même si au début cela paraît ardu.

Il y a plusieurs églises à Paris où l'on prie pour la vie. N'oubliez pas cette soirée du 27 novembre, au cours de laquelle on entrera dans le temps de l'Avent, en passant d'une année liturgique à une autre. Venez prier avec nous car la prière "couvre une multitude de péchés". Pour beaucoup de gens qui ont commis ou encouragé des avortements, j'en ai eu l'expérience maintes fois au Confessionnal, cet acte peut constituer une sorte d'électro-choc, qui les réveille de leur tiédeur. Il ne sert à rien de se désoler. L'expérience du mal porte en elle, si elle produit le repentir, une promesse de salut. Voilà encore une intention de prière !

vendredi 26 novembre 2010

Immigration : Benoît XVI sort de l’ambiguïté

Article repris de Monde et Vie n°834 - novembre 2010


Chaque année la Journée des Migrants revient, et avec elle, un discours du pape, que l’on connaît longtemps à l’avance. Pour le 16 janvier 2011, le texte de la lettre de Benoît XVI vient de paraître. Il comporte quelques lignes de bon sens, qui montrent que les papes n’adhèrent pas au « transnationalisme » cette nouvelle idéologie obligatoire, vantant le mixage à tout prix, dont Michèle Tribalat, dans Les yeux grand fermés (Denoël 2010), nous a montré l’émergence mondiale.

Benoît XVI écrit dans cette Lettre: « les Etats ont le droit de réglementer les flux migratoires et de défendre leurs frontières, en garantissant toujours le respect dû à la dignité de chaque personne humaine ». L’Etat doit faire en sorte que les diversités culturelles des populations présentes sur son territoire ne s’opposent pas à l’identité nationale. En ce sens, la notion de « frontière », n’en déplaise à l’Europe de Schengen, n’a rien perdu de sa pertinence. Dans l’affaire des Roms, on s’en souvient, notre pape avait évoqué « la préservation des légitimes différences ». Il reprochait sans doute discrètement à Nicolas Sarkozy de se servir des Roms comme d’un alibi politique, pour faire semblant de traiter le problème de l’immigration, dans une de ses plus faibles composantes, au lieu de le traiter « en grand ».

Le devoir de s’intégrer

« Légitimes différences »? Cela signifie que la différence des Roms peuple nomade chrétien est « légitime », mais c’est aussi avouer à demi mot qu’il y a des différences qui ne le sont pas. Angela Merkel, chancelier allemand, s’est exprimée récemment là-dessus à la surprise générale. Elle aussi semblait insister sur les différences légitimes et celles qui ne le sont pas, en déplorant le « multiculturalisme » qui a prévalu jusqu’à maintenant dans son pays. "Le multiculturalisme a échoué, complètement échoué", a-t-elle constaté dans un discours prononcé devant le congrès des jeunes de la CDU (Union chrétienne-démocrate), le 16 octobre. L’idée que toutes les cultures peuvent et doivent cohabiter du moment qu’elles se respectent entre elles est une idée morte. La nation, qu’on le veuille ou non, reste le creuset qui unifie les cultures, dont il ne faut pas dénier les incompatibilités fondamentales. La chancelière allemande a justement insisté sur la nécessité de se montrer "exigeant" à l’égard des immigrés. Respecter la dignité des personnes: bien sûr. Respecter les « différences légitimes »: comment faire autrement ? Mais, comme le fait le pape dans sa récente Lettre, rappeler « en outre, que les immigrés ont le devoir de s’intégrer dans le pays d’accueil, en respectant ses lois et l’identité nationale ».

C’est à ma connaissance, la première fois que Benoît XVI emploie l’expression « identité nationale ». Le fait est important. Il faut reconnaître que, jusque-là, Jean Paul II avait été le seul (même un Pie XII ne l’a pas fait) à défendre une théorie de l’identité nationale. On la trouve dans Mémoire et identité, le livre qu’il a écrit en 1993, et qu’il n’a publié qu’à titre posthume… J’invite nos lecteurs à se procurer cet ouvrage et à le lire. Il contient, mieux que bien des documents officiels, les linéaments d’une politique nationale chrétienne.

Joël Prieur

Légionnaires du Christ : le pape entend peser de tout son poids

Article repris de Monde et Vie n°834 - novembre 2010

Parmi les nouveaux cardinaux, dont la nomination vient d’être annoncée, il en est un dont la fiche biographique est presque vide et dont onne sait rien, sinon qu’il est depuis longtemps l’un des hommes du pape, Mgr Velasio de Paolis. C’est son mandat actuel de délégué pontifical auprès des Légionnaires du Christ qui justifie son chapeau. Dans ce qu’il faudra bien nommer une « ténébreuse affaire », le pape entend donc peser de tout son poids en faisant cardinal son homme de confiance.

Les « légionnaires » se relèveront-ils des révélations qui ont été faites sur les turpitudes épouvantables de leur fondateur mexicain, le Père Marcial Maciel, dont on découvre qu’il fut père de plusieurs enfants, mais aussi pédophile, sollicitant de jeunes séminaristes de son propre Institut (en particulier entre 1940 et 1960), et, comme si tout cela ne suffisait pas, incestueux avec ses propres enfants. Jean-Paul II, on le sait, avait toujours refusé de s’occuper de ce problème, comptant sans doute sur la discipline interne de cet Institut pour que tout, progressivement, rentre dans l’ordre. Cette attitude, qui peut ressembler à une compromission, soit dit en passant, est en train de coûter au prédécesseur de Benoît XVI cette béatification « subito » que demandaient les fidèles massés sur la Place Saint-Pierre, lors de ses obsèques. Mais Benoît XVI arrivant au souverain pontificat en avril 2005, les choses changent du tout au tout. Dès 2005, le Père Marcial Maciel avait dû laisser sa place de supérieur à un autre prêtre mexicain, le Père Alvaro Corcuera. En mai 2006, le fondateur des Légionnaires avait été relevé de tout ministère public et invité par l'instance vaticane de la Congrégation pour la doctrine de la foi, avec l'aval de Benoît XVI, à « se retirer età mener une vie discrète de prière et de pénitence ». Le Père Maciel mourra à 87 ans, en 2008. Mais le problème n’est pas résolu pour autant. La démesure du fondateur, qui apparaît comme une sorte d’ange du mal, jouant le jeu ecclésial toute sa vie mais refusant au dernier moment les sacrements de l’Eglise, n’a pas pu ne pas transpirer sur les supérieurs actuels de la Congrégation…

Fallait-il supprimer les Légionnaires du Christ et envoyer les 800 prêtres et les 2500 séminaristes que compte cet Institut dans d’autres Congrégations ? L’ordre est installé dans 22 pays. Son mouvement de laïcs, Regnum Christi, regrouperait quelque 50 000 personnes dans le monde. Ce mouvement de clercs et de laïcs s’est toujours voulu une phalange internationale au service du pape. Il était impossible, pour le Vatican, dans l’état de faiblesse où se trouve l’Eglise, que tout cela disparaisse. Comment dissiper le malaise?

Benoît XVI, qui a toujours suivi avec une vigilance particulière, les affaires de la Légion, a voulu peser personnellement dans la balance, en nommant, en juillet dernier, un homme à lui, Mgr Velasio de Paolis, comme délégué pontifical auprès des Légionnaires du Christ, chargé d’organiser, dans les meilleures conditions, un chapitre général extraordinaire, au cours duquel on procèderait à une nouvelle élection des Supérieurs. Pour l’instant, cependant, les supérieurs actuels, soupçonnés d’allégeance étroite à Maciel, restent en place. Le Vatican ne souhaite pas révolutionner la Congrégation, en imposant a priori sa propre équipe dirigeante (comme cela avait été le cas en 2000 pour la Fraternité Saint Pierre). En revanche, une véritable structure parallèle est mise en place; elle n’a pas pour but de se substituer aux Supérieurs, mais de vérifier que la longue marche de la Congrégation vers la normalité se passe dans les meilleures conditions. La route sera longue, prévient le représentant du pape.

Le 19 octobre dernier, alors quel’on apprenait qu’il faisait partie de ceux qui recevront le chapeau cardinalice au prochain consistoire, le délégué pontifical a envoyé une longue lettre à tous les membres de la Congrégation, définissant les perspectives d’avenir dans lesquelles devront se tenir les Légionnaires. Qu’il ait attendu que la nouvelle de sa nomination cardinalice soit connue pour rendre public son plan d’action auprès des intéressés, cela montre bien les résistances que l’envoyé du pape doit rencontrer à l’intérieur de cette communauté fortement charpentée et qui se défend pied à pied contre toute ingérence.

Le nouveau cardinal nommé est prudent. Mais il ne se réfugie pas dans la langue de buis: « Une difficulté persiste, explique-t-il, et elle est ressentie par certains pour qui les supérieurs actuels ne pouvaient pas ne pas connaître les fautes du Fondateur. En les taisant, ils auraient menti ». En quelques mots tout est dit du drame que vit cette congrégation.

Mgr Velasio de Paolis n’est pas là pour aggraver une situation déjà très lourde. Il tente donc de défendre l’équipe en place : « On sait que le problème n'est pas si simple. Les différentes dénonciations publiques dans les journaux, à partir des années 90, étaient bien connues, et aussi par les supérieurs de la Congrégation. Mais, avoir les preuves du fondement de telles accusations et en avoir la certitude, est une autre chose. Ceci est venu beaucoup plus tard et graduellement ». Mais en même temps il annonce une mutation profonde de cette Communauté, dont il est responsable devant le pape.

Est-ce à dire que les Légionnaires du Christ, communauté très traditionnelle dans le panel actuel, vont être obligés de subir, en 2010, un véritable aggiornamento, en se mettant à l’heure du Concile? Le délégué pontifical se veut rassurant : « Pour les instituts religieux en général on se lamente parce qu'au nom de la rénovation postconciliaire demandée par le Concile, la discipline et le sens de l'autorité se sont perdus, suivis par un certain relâchement dans la pratique des conseils évangéliques et d'une crise vocationnelle importante, malgré la richesse de la théologie sur la vie religieuse qui se développe en cette période. Pour les légionnaires, par contre, il s'agit de s'ouvrir davantage à cette rénovation postconciliaire de la discipline et de l'exercice de l'autorité. Le danger d'aller trop loin et de déclencher un mécanisme de manque d'engagement dans la discipline et dans la vie spirituelle est réel ; il serpente particulièrement entre quelques prêtres et religieux. Ce danger est redouté y compris par le Supérieur Général qui, exprimant son engagement d'obéissance et de fidélité au Pape, a demandé, cependant, que l'institut, tout au long de ce chemin de rénovation, soit préservé de ce péril, c´est-à-dire, du danger que l'engagement pour la rénovation se transforme en indiscipline et relâchement ».

L’affaire Maciel, au vu des moyens que le pape met en œuvre, est sans doute la plus importante du pontificat actuel, celle où l’on attend l’Eglise au tournant. Il s’agit à la fois de nettoyer de fond en comble les écuries d’Augias et de conserver à cette jeune Congrégation l’esprit profondément traditionnel qui a fait son succès. Benoît XVI entend bien tenir les deux bouts de la chaîne, comme le souligne son envoyé. En d’autres temps, on aurait sans doute profité des graves dysfonctionnements de cet Institut pour le « normaliser » ou le « conciliariser ». Dans cette lettre du 19 octobre le futur cardinal Velasio de Paolis, délégué pontifical auprès des Légionnaires, s’est engagé au nom du pape pour que l’Eglise conserve le meilleur de ce qui a fait la renommée des Légionnaires du Christ, sans pour autant manifester la moindre complaisance pour les graves dérapages du fondateur. La marge de manœuvre de Rome est étroite. Mais déjà la lumière brille au bout du chemin.

Claire Thomas