mercredi 6 octobre 2021

Je crois en...

Si l'on récite le Je crois en Dieu, une chose frappe immédiatement ; le texte est entièrement commandé par un verbe utilisé  à la première personne du singulier ; Je crois. C'est toute la différence entre la loi et la foi. Une religion qui est pure religion de la loi, comme l'islam, ne passe pas par les sujets pris les uns après les autres. Nul n'est censé ignorer la loi.  La loi est une contrainte collective. Une contrainte religieuse collective, puisque le Coran est considéré comme quelque chose d'incréé, qui contient la parole même de Dieu. Remettre en cause la loi, vouloir l'adapter, c'est s'en prendre à la parole même de Dieu.

La foi, au contraire, correspond à une attitude foncièrement libre. Elle provient, en chacun, du moi le plus profond, en même temps que de la grâce de Dieu. C'est pour chacun "la première grâce" dit Saint-Cyran. Elle est constitutive du psychisme humain. Le prologue de saint Jean le déclare avec force ; "Le Verbe était la vraie lumière, qui  éclaire tout homme venant en ce monde". Tout homme quand ? Tout homme venant en ce monde : la foi a donc pour chacun et en chacun une dimension innée, autant qu'universel. Quand on y réfléchit, Descartes ne disait pas autre chose, expliquant que nous avions en nous l'idée de Dieu et que cette idée, infinie, ne pouvait pas venir de nous, qui sommes des êtres finis.

 Mais cette idée innée de Dieu est élémentaire. Elle demande à être précisée par la parole de Dieu, cet "évangile", cette bonne nouvelle qui retentit à nos oreille, si nous voulons l'entendre. "La foi dit saint Paul vient de ce que l'on entend". Fides ex auditu. Lorsque l'on veut connaître Dieu, il importe de découvrir sa parole. La Bible ? Sans doute mais la Bible est une bibliothèque, qui comprend des livres différents. Il importe de commencer la Bible par la fin. La Genèse, le Lévitique, l'Exode, bref les premiers livres de la Bible, c'est beau, mais en soi 'est difficile à comprendre/ Ces récits de l'Ancien Testament ne prennent tout leur sens qu'au prisme du Nouveau. Et le Nouveau Testament commence par les quatre Evangiles : l'Evangile selon saint Matthieu, l'Evangile selon saint Marc, l'Evangile selon saint Luc et l'Evangile selon saint Jean. Il n'y a qu'un seul Evangile, que saint Jean dans l'Apocalypse appelle "l'Evangile éternel'. Mais il y a quatre versions humaines de l'Evangile, adaptées aux différents types de lecteurs ou aux différents besoins du lecteur. Comment formuler l'Evangile éternel ? C'est tout le plan de Dieu sur l'humanité.. Les Pères de l'Eglise employaient cette simple formule : "Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu.". Et l'on peut préciser : "Dieu s'est fait homme dans un amour et une condescendance infinie envers les hommes,, pour qu'ils deviennent "participants de la nature divine (II Pierrre 1, 4) à pas d'humilité". C'est le leitmotiv de l'Evangile : on avance vers Dieu uniquement par l'humilité, par la reconnaissance de notre propre petitesse. Le Je du Je crois en Dieu s'oublie lui-même dans la foi qui se déclare en lui et qui le mène en Dieu, comme une sorte de second code génétique, celui de notre croissance surnaturelle. Les paroles de l'Evangile nous donnent à voir quelles sont "les moeurs divines". Elles nous aident à nous centrer sur Dieu, à nous situer en Dieu. 

Voilà la foi : une bienheureuse obsession de Dieu, tel qu'il se donne à nous. Je crois EN Dieu, ma foi me situe en Dieu. Il y a plusieurs forme du verbe croire : "Je crois QUE le temps sera beau demain matin : le verbe croire désigne une simple opinion. Je crois à l'homéopathie, je crois aux fantômes : cette fois on exprime une conviction, qui peut s'appuyer sur des indices positifs mais qui n'est pas une démonstration rationnelle. Je crois en Dieu : je me situe du point de vue de Dieu que je connais par sa parole. Je m'arrache à moi même et je me donne à lui/ Je lui donne toute ma confiance. Je crois en lui, je parie ma vie sur lui.

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